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15/09/2015 03:44 EDT | Actualisé 15/09/2016 01:12 EDT

France: d'ex-légionnaires devant la justice pour la mort d'un camarade à Djibouti

Coups, gourde renversée, pause en plein soleil: quatre anciens légionnaires, dont deux en fuite, sont jugés par la justice française à partir de jeudi pour la mort d'un camarade lors d'un exercice en 2008 à Djibouti.

La victime, Joszef Tvarusko (allias Matus Talas), un Slovaque du 2e régiment étranger de parachutistes (REP), est mort le 5 mai 2008 d'un "coup de chaleur" après avoir reçu plusieurs coups et été privé d'eau en dépit de ses plaintes répétées.

Quatre de ses supérieurs sont poursuivis pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises en réunion". Ils encourent 20 ans de prison au terme de leur procès qui doit s'achever le 25 septembre devant les assises à Paris.

Le lieutenant français Médéric Bertaud, le caporal roumain Petru Sabin Suciu (allias Adrian Steanu), le sergent chilien Omar Andrès Martinez et le caporal mexicain Wigberto Hernandez Canceco ont été radiés de la Légion. Un mandat d'arrêt a été lancé contre les deux derniers, en fuite.

Le drame est survenu au deuxième jour de l'exercice "Bour Ougoul 2008". Il fait alors 38°, sans un souffle d'air: les légionnaires devaient progresser vers un pic rocheux et Tvarusko s'était plaint dès le matin de douleurs au genou.

Le Slovaque, considéré comme un élément faible voire tire-au-flanc par plusieurs camarades et l'encadrement, est poussé à continuer: il reçoit, notamment du caporal Suciu, plusieurs coups et est contraint de rester au soleil pendant les pauses.

Pour les avocats des accusés, il n'avait "rien à faire à la Légion, qui est un corps d'élite", amené à être déployé lors des plus importantes opérations extérieures de la France, comme le Mali, la Centrafrique ou ces dernières années l'Afghanistan.

- 'Erreur d'appréciation' -

"L'examen de son genou n'a montré aucune inflammation, ce qui a convaincu l'encadrement qu'il simulait encore pour arrêter l'exercice", affirme à l'AFP Alexandre Varaut, l'avocat de Médéric Bertaud.

Après le déjeuner, la victime se plaint encore, tombe à deux reprises. Le caporal Hernandez suggère de l'abandonner là. Le lieutenant Bertaud renverse sa gourde et aurait alors interdit qu'on lui donne de l'eau.

Tvarusko reprend la marche en titubant, avant de quitter son poste pour se précipiter vers les légionnaires d'un autre groupe, qui lui donnent de l'eau.

Ramené sans ménagement dans son groupe, il est contraint à entamer la dernière ascension de la journée: une pente à 70%. Il s'effondre sur un arbuste vers 16H20. Son décès est prononcé deux heures plus tard.

Les quatre militaires avaient d'abord été poursuivis pour "actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner", avant que les faits soient requalifiés.

La juge d'instruction avait reconnu que le décès, dû à un coup de chaleur, ne trouvait pas sa cause dans la déshydratation relative de Tvarusko, mais dans la prolongation d'un effort disproportionné par rapport à ses capacités. Un effort fatal, prolongé par les violences subies, selon une source proche du dossier.

Eric Morain, avocat de M. Siciu, reconnaît "une erreur d'appréciation" quant à l'état de la victime, mais "conteste la qualification de violence", rappelant que "l'autopsie ne fait état d'aucune trace de coups".

"Ce jour-là, tout le monde avait chaud, tout le monde avait un paquetage. L'exercice de Bour Ougoul, c'est l'exercice même de la violence et quelqu'un qui ralentit le groupe représente un danger."

Quant au jeune lieutenant Bertaud, il "entraîne ses hommes à la réalité de la guerre", explique Me Varaut. "Le fait de faire un exercice par 38°, aux pires heures de la journée, de déclarer apte un légionnaire en surpoids et qui renâcle: soit c'est la responsabilité de dix personnes, soit d'aucune", assène-t-il.

La Légion étrangère est une unité d'élite unique au monde de quelque 6.800 hommes relevant de l'armée de Terre française. Elle est formée quasi-totalement d'étrangers, sauf pour le commandement.

Leur formation dure au moins six mois et comprend plusieurs séries de tests physiques et mentaux. Le légionnaire peut prétendre à la nationalité française après cinq ans de services, et même avant en cas de blessure.

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