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15/09/2015 12:13 EDT | Actualisé 15/09/2016 01:12 EDT

Crise agricole: l'UE répartit son aide, sans lever les doutes

Répartition des aides par pays et amélioration des mesures pour soutenir les marchés, la Commission européenne a détaillé mardi son programme d'aide de 500 millions d'euros aux secteurs agricoles en crise, dont les résultats seront scrutés par des Etats membres inquiets et parfois sceptiques.

"Il me semble que la plupart des participants accueillent favorablement dans l'ensemble les mesures annoncées, comme une première réponse à la situation", s'est félicité le ministre luxembourgeois de l'Agriculture, Fernand Etgen, à l'issue d'une réunion avec ses 27 homologues européens à Luxembourg.

Sur le paquet de 500 millions d'euros annoncé le 7 septembre par l'exécutif européen, 420 millions seront versés directement aux Etats membres, selon une répartition prenant en compte les niveaux de production de lait et les impacts conjoncturels comme l'embargo russe ou la sécheresse.

L'Allemagne va ainsi recevoir 69,2 millions d'euros et la France 62,9 millions d'euros, le Royaume-Uni 36,1 millions, pour les principaux bénéficiaires.

La Commission européenne a décidé d'accorder "un maximum de flexibilité" aux Etats membres sur la façon dont ils alloueront ces aides aux différents secteurs touchés par la crise, selon le commissaire à l'Agriculture Phil Hogan.

Ainsi les Néerlandais utiliseraient ces aides plutôt pour un abattage précoce des porcs, les Allemands pour des prêts préférentiels aux agriculteurs, a avancé une source proche du dossier.

Les aides directes pourraient être versées dès la mi-octobre. Le reste des sommes avancées, 80 millions d'euros, se répartit dans des mesures de soutien aux marchés.

Concession apportée par rapport aux annonces précédentes, l'aide au stockage privé (APS) va désormais toucher également le lard sur le marché du porc.

Par ailleurs, un nouveau programme d'APS va être mis en place pour le lait écrémé en poudre, faisant plus que doubler l'aide financière et allongeant la durée de stockage. La Commission table sur quelque 100.000 tonnes qui seraient ainsi tenues éloignées du marché, a précisé une source à la Commission, soit 10% de la production totale, afin de tenter de redynamiser des prix en chute.

Enfin, sur les avances possibles aux aides de la PAC accordées par chaque pays membre aux agriculteurs, la Commission va alléger les contrôles pour permettre de faire jusqu'à 70% des avances dès la mi-octobre.

- Du lait pour les réfugiés -

Parmi les autres mesures déjà sur la table, la Commission prévoit un budget de 30 millions d'euros pour intensifier la promotion des produits agricoles européens à l'export.

Actualité oblige, la même somme de 30 millions va être allouée à un programme visant à assurer la distribution de lait européen à des réfugiés.

Les 28 Etats membres "n'ont pas approuvé le paquet sans réserves", a précisé M. Etgen.

Selon une source européenne, plusieurs Etats se sont interrogés sur la somme qui restait allouée aux aides au stockage privé, non précisée sur le papier --20 millions d'euros par simple soustraction--, à la fois pour le lait en poudre, le porc, mais aussi le fromage.

Pour le ministre français Stéphane Le Foll, la problématique aurait dû être inversée: d'abord des mesures de marché, ensuite des aides directes.

"Un certain nombre de pays continuent de considérer que s'il n'y a pas un redressement sur le marché du lait il faudrait envisager (...) le relèvement du prix d'intervention", a-t-il insisté.

L'Irlande ou l'Espagne notamment n'écartent pas cette option en l'absence de sortie de crise, selon une source européenne.

La Commission a jusqu'à présent écarté cette mesure qui agit sur le prix à partir duquel l'UE décide d'acheter des stocks de lait en poudre et de beurre pour soutenir les cours du lait.

Les agriculteurs européens ne relâchent pas la pression sur leurs ministres depuis l'été. Mardi encore à Luxembourg, une cinquantaine de tracteurs belges se sont postés dans le calme sous les fenêtres des ministres, une semaine après une puissante manifestation paysanne à Bruxelles.

"Toujours pas suffisant", en particulier face aux problèmes posés par l'embargo russe et les pratiques des distributeurs, a tranché le principal syndicat agricole européen, le Copa-Cogeca, dans un communiqué.

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