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15/09/2015 00:45 EDT | Actualisé 14/09/2016 01:12 EDT

Chine: test pour le gouvernement, la réforme des sociétés d'Etat prendra son temps

La Chine s'est engagée à réformer son lourd et puissant secteur étatique en fusionnant des entreprises et en fermant d'autres, mais le flou entourant ces réformes destinées à aiguillonner la croissance vacillante de la deuxième économie mondiale suggère que leur mise en oeuvre pourrait prendre des années.

Dimanche, Pékin a dévoilé les grandes lignes du projet, censé rendre ces entreprises qui "somnolent" plus compétitives à l'international, à accroître leur transparence et à "faire d'elles des entités du marché complètement indépendantes", selon l'agence officielle Chine nouvelle.

Si la Chine s'est éloignée depuis des années d'une économie strictement planifiée, ses grandes entreprises d'État dominent encore largement des secteurs entiers, absorbant ressources et finances qui manquent cruellement au développement du secteur privé.

Mais l'heure est au ralentissement des investissements et des exportations --tirés en bonne partie jusque là par ces entreprises étatiques-- et l'onde de choc est forte sur les marchés mondiaux.

Les chiffres tombés ce weekend sont venus souligner l'urgence des réformes : la production industrielle chinoise du mois d'août n'a augmenté que de 6,1%, nettement en-deçà des attentes. Et, de janvier à août, les investissements en capital fixe, qui mesurent les dépenses gouvernementales dans les infrastructures, n'ont progressé que de 10,9%, leur plus faible augmentation depuis 2000.

Publié dimanche sous l'égide du Parti communiste chinois (PCC) et du Conseil d'État (gouvernement), le document intitulé "Directives pour l'approfondissement de la réforme des entreprises d'État" ambitionne de faire d'elles des entités moins dépendantes des autorités et plus tournées vers le marché.

Quelque 150.000 entreprises chinoises sont ainsi concernées, et plus particulièrement une centaine d'entre elles, entièrement administrées par le gouvernement central.

Mais le document ne dévoile aucune mesure particulière ni ne cite d'entreprise. Surtout, il appelle à des fusions et à l'introduction d'une mixité de capitaux public-privés, sans mentionner de quelconque privatisations, relèvent les analystes.

"De nouvelles fusions et acquisitions des actifs des sociétés d'État vont probablement donner lieu à des entreprises d'État plus grandes et plus puissantes", a estimé Claire Huang, économiste à la Société Générale à Hong Kong.

"Mais n'attendez pas que ce document ait un quelconque impact positif prochainement sur l'économie", a-t-elle prévenu.

"Le ralentissement actuel provoqué par la transition structurelle de l'économie n'en est qu'à mi-chemin, et l'objectif de ces directives est d'améliorer l'efficacité des sociétés d'État, ce qui prendra beaucoup de temps à se réaliser".

La croissance chinoise en 2014 a été de 7,3%, la plus faible depuis 24 ans, et de 7% au premier semestre, un ralentissement officiellement qualifié de "nouvelle normalité".

- Les investisseurs déçus -

Le flou du projet a visiblement déçu les investisseurs, la Bourse de Shanghai terminant lundi sur une baisse de 2,67%.

Mais les directives publiées dimanche "sont en général en ligne avec les attentes du marché", a commenté pour l'AFP Ma Xiaoping, économiste chez à HSBC à Pékin.

"Beaucoup de sociétés d'État sont déjà engagées dans des processus de fusion et attirent du capital privé", souligne-t-il.

Deux groupes ferroviaires chinois, China Railway Group et China Railway Erju, ont ainsi annoncé lundi qu'ils préparaient une "intégration d'actifs" et suspendaient leur cotation, entraînant des spéculations sur leur fusion prochaine.

Les deux mastodontes du secteur, China CNR Corp. et CSR Corp., avaient déjà annoncé leur fusion l'an dernier pour donner naissance à un "géant mondial" de l'industrie du rail.

La diversification du capital des entreprises d'État pourrait comprendre des capitaux privés aux côtés du capital de l'État, a indiqué le vice-président de la puissante Commission d'État pour la réforme et le développement, Lian Weiliang, lors d'une conférence de presse lundi.

Mais l'État conservera une majorité dans les sociétés des secteurs concernés par la "sécurité nationale" ou "l'économie de la sécurité", a-t-il prévenu. Des formulations qui inquiètent déjà les entreprises étrangères.

Ces réformes annoncées font suite à un plénum du PCC tenu fin 2013 sous la direction du président Xi Jinping, qui s'était engagé à laisser aux forces du marché un "rôle décisif" et au secteur privé une place accrue, en vue de rééquilibrer le modèle de croissance économique du pays.

Mais "à court terme, l'influence de ces réformes est très limité", a insisté Liu Xuzhi, analyste à la Bank of Communications.

bxs/slb/ple/jug/jr

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