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15/09/2015 11:59 EDT | Actualisé 15/09/2016 01:12 EDT

Automobile: Tesla dans la ligne de mire des marques allemandes

De puissants constructeurs allemands travaillent à des concurrentes des automobiles électriques de luxe Tesla, au moment où cette entreprise américaine, vedette de la Bourse, ambitionne de s'étendre en démocratisant son offre.

Au salon automobile de Francfort, qui a ouvert ses portes mardi à la presse, Audi présente un prototype baptisé "e-tron quattro" préfigurant un "crossover" (4x4 urbain) électrique attendu en 2018. La marque sportive Porsche, également adossée au groupe Volkswagen, a fait sensation avec un concept-car électrique aux formes fluides et futuristes, la "Mission E".

Volkswagen promet des autonomies de 500 km pour ces deux voitures et l'Audi a déjà été surnommée "tueuse de Tesla" par la presse spécialisée.

La marque aux anneaux l'utilise "clairement pour montrer qu'elle ne va pas se laisser marcher dessus par Tesla" qui jusqu'ici n'a pas de concurrent sur le segment haut de gamme, juge François Jaumain, du cabinet PwC.

De fait, l'Audi est dévoilée peu avant la commercialisation par la société californienne de son nouveau modèle, le crossover "Model X", qui ne fait pas le déplacement en Allemagne.

Cette auto doit permettre à la société de monter en cadence, après la berline "Model S" lancée en 2012 et qui revendique jusqu'à 500 km d'autonomie.

Mais, vendus entre 70.000 et 140.000 dollars, les Model S et X sont réservés aux plus nantis. Le PDG de Tesla, Elon Musk, a promis pour dans deux ans la "Model 3", une berline à quelque 35.000 dollars (soit 31.000 euros).

Malgré des incitations fiscales généreuses, la part des voitures électriques n'a pas dépassé 1% du marché du neuf aux Etats-Unis ni dans l'Union européenne au premier semestre 2015. Désavantagé par le pétrole bon marché, le segment connaît pourtant des taux de croissance à deux voire trois chiffres dans certains pays.

Tesla a parié sur une expansion durable en lançant au Nevada (ouest des Etats-Unis) la construction d'une usine géante de batteries pour la Model 3, et M. Musk a assuré que son entreprise serait en mesure de produire un demi-million de voitures en rythme annuel en 2020, soit dix fois ses objectifs de vente pour 2015.

- BMW et Mercedes en embuscade -

Il a aussi prédit que Tesla pourrait enfin dégager un bénéfice net dans cinq ans, alors que la marque a brûlé environ un milliard de dollars au premier semestre.

Cela n'empêche pas le titre d'être l'une des coqueluches de Wall Street où son cours a été multiplié par huit depuis début 2013, valorisant l'entreprise à plus de 30 milliards de dollars et alimentant des critiques sur une bulle spéculative.

"C'est une start-up. La valorisation d'une start-up est celle d'un business model", observe Yann Lacroix, expert du secteur automobile chez l'assureur Euler Hermes. Il émet toutefois des doutes quant à une forte croissance de l'électrique. "Sauf à subventionner, sauf à mettre des contraintes, tant qu'on n'aura pas une offre concurrentielle, je ne vois pas le marché exploser", affirme-t-il.

Luca De Meo, patron des ventes d'Audi, prédit pourtant pour 2018 ou 2019 une progression suffisante de la technologie électrique et d'infrastructures de recharge. A cet horizon, "on commencera à ne plus demander aux clients de faire des compromis dans l'usage de la voiture" électrique par rapport aux modèles classiques, assure-t-il. Sans confirmer que Tesla est une cible, il estime que les nouveaux acteurs de ce genre "stimulent l'industrie pour accélérer certaines choses, c'est bien".

Mercedes-Benz (Daimler) fourbit aussi ses armes anti-Tesla. Son patron Dieter Zetsche a confirmé mardi à Francfort que son groupe travaillait à une voiture électrique dotée d'une autonomie de 400 à 500 km et attendue avant la fin de la décennie. Son concurrent BMW semble lui aussi décidé à étoffer sa gamme électrique, après la sportive hybride i8 et surtout la citadine tout-électrique i3.

Tesla est-il en train de manger son pain blanc? Dans l'automobile, "c'est la prime aux gros", prévient Flavien Neuvy, directeur de l'observatoire Cetelem de l'automobile, "les concurrents auront certainement des capacités en termes de volumes qui permettront d'avoir des coûts de production compétitifs".

tq/esp/abk

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