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14/09/2015 09:30 EDT | Actualisé 14/09/2016 01:12 EDT

Malcolm Turnbull, un conservateur aux vues progressistes

Malcolm Turnbull, qui doit devenir le prochain Premier ministre australien, est un ancien banquier multimillionnaire dont les vues progressistes sur des sujets de société comme le mariage gay sont à contre-courant de celles d'une partie de ses collègues conservateurs.

Malcolm Turnbull, 60 ans, qui pèserait d'après la presse plus de 100 millions de dollars australiens (62 millions d'euros), avait déjà dirigé le Parti libéral conservateur, entre septembre 2008 et décembre 2009.

Le parti était alors dans l'opposition et Malcolm Turnbull en avait perdu la direction lorsqu'il avait refusé d'abandonner un programme d'échanges de quotas d'émissions de carbone destiné à lutter contre le changement climatique, une politique à laquelle était hostile une bonne partie de sa formation.

Ses opinions modérées sur certains sujets de société comme son soutien au mariage gay, qui n'est pas légal en Australie, ont également fait des vagues. Sans toutefois lui aliéner les milieux d'affaires où il est très populaire en raison de son expérience dans les domaines du droit, de la banque et des communications.

C'est avec sa suavité coutumière que Malcom Abbott a annoncé lundi son intention de briguer la tête du parti et de croiser le fer avec Tony Abbott, qu'il avait pourtant soutenu sans failles pendant plusieurs mois.

Si le parti libéral ne veut pas perdre les prochaines élections législatives, a-t-il dit, il lui faut un style de gouvernance plus en finesse que celui à l'oeuvre sous le gouvernement Abbott afin de mieux faire face à un monde complexe.

Ses ennemis dénoncent son arrogance. Sa grande richesse peut le couper des préoccupations d'une grande partie des Australiens, disent d'autres détracteurs.

Dans une interview révélatrice parue en 2012 dans le Sydney Morning Herald, Malcolm Turnbull avait reconnu qu'il était quelqu'un d'ambitieux. "Je ne voudrais pas devenir Premier ministre de l'Australie à n'importe quel prix", avait-il cependant souligné.

S'il a décidé de se jeter dans l'arène, c'est que le changement est nécessaire "pour le bien du pays, le bien du gouvernement et le bien du parti".

-Des débuts modestes-

Malcolm Bligh Turnbull a été élevé par son seul père après le départ de sa mère lorsqu'il était âgé de neuf ans.

Il fut scolarisé dans un établissement d'élite, la Sydney Grammar School, après avoir obtenu une bourse d'études, avant de poursuivre son éducation à l'université d'Oxford, également grâce à une bourse.

Il a d'abord travaillé comme journaliste, puis est devenu avocat. Au barreau, il a conquis ses lettres de noblesse en défendant dans les années 1980 l'ancien agent du renseignement britannique Peter Wright lors de la bataille qui l'avait opposé au gouvernement britannique après la publication de son livre "Spycatcher".

Puis, il était entré dans le monde des affaires, devenant banquier d'affaires et investissant dans les start-up technologiques.

Il est entré en politique en menant campagne pour que l'Australie coupe les ponts avec la couronne britannique et se métamorphose en République. Si cette initiative est resté infructueuse, il a réussi en octobre 2004 à faire son entrée au Parlement fédéral. En 2007, il a été nommé ministre de l'Environnement du Premier ministre John Howard.

Lorsqu'il avait perdu le Parti libéral en 2009 à une voix près au profit de Tony Abbott, il avait failli renoncer à la politique. Mais finalement, M. Abbott l'avait convaincu de rester et il était devenu son ministre des Communications.

Malcom Turnbull est considéré comme un modéré et ses amis apprécient son esprit et son éloquence. Son parti est au plus mal dans les sondages et certains analystes estiment qu'il serait à même de convaincre le marais de la politique australienne à voter pour les conservateurs lors des prochaines élections. Celles-ci doivent se tenir avant janvier 2017.

Le Parti travailliste a décrit Malcolm Turnbull comme un "Tony Abbott en costume de luxe", un millionnaire dont la villa luxueuse du port de Sydney et l'égo surdimensionné le mettent en porte-à-faux par rapport à une partie de son camp politique.

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