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14/09/2015 10:11 EDT | Actualisé 14/09/2016 01:12 EDT

La nouvelle législation anti-migrants hongroise

La Hongrie, principal pays de transit en Europe centrale pour les migrants cherchant à rejoindre l'ouest de l'Europe, met en oeuvre mardi une législation controversée destinée à endiguer le flux de réfugiés passant en majorité par la frontière serbe.

QUESTION : Dans quel contexte intervient cette batterie de mesures ?

REPONSE : La Hongrie a vu transiter près de 200.000 migrants, en provenance majoritairement du Moyen-Orient, depuis le début de l'année. La quasi-totalité de ceux-ci ont poursuivi leur route vers l'ouest. Le Premier ministre populiste hongrois Viktor Orban estime que la vie de ces migrants n'est plus en danger dès lors qu'ils ont quitté les zones de conflit, et qu'ils sont donc des "réfugiés économiques" à leur arrivée en Europe. M. Orban souligne par ailleurs qu'il est du devoir de la Hongrie de protéger sa frontière, qui marque aussi celle de la zone Schengen.

Q: En quoi consistent les nouvelles mesures ?

R: La nouvelle législation prévoit de rendre passible de trois ans de prison ferme le franchissement de la clôture barbelée que Budapest a fait ériger sur les 175 km de sa frontière avec la Serbie. Elle autorise également un déploiement massif de l'armée dans le secteur frontalier, officiellement pour aider à l'enregistrement des migrants qui se présenteront aux points de passage légaux. Des journalistes de l'AFP ont toutefois constaté que dès à présent des militaires escortaient certaines patrouilles de police le long de la frontière. Un projet de loi, qui doit être voté prochainement, prévoit explicitement que l'armée pourra être affectée à la protection de la frontière et qu'elle pourra même ouvrir le feu si nécessaire. Par ailleurs, la police a été déclarée en "état d'alerte" dans le sud et l'ouest du pays.

Q : Quelle sera l'efficacité de la nouvelle réglementation ?

R : C'est la grande inconnue. Certains observateurs estiment qu'elle peut détourner le flux de migrants, en particulier si la police procède à des "arrestations" médiatisées. D'autres estiment que le dispositif serait rapidement débordé en cas de franchissement de la frontière par un grand groupe de réfugiés.

Q : Cette réglementation est-elle conforme au droit européen ?

R : A priori oui, malgré les réserves du Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU. Les pays possédant une frontière extérieure de la zone Schengen sont tenus de protéger celle-ci. D'autres clôtures ont ainsi été érigées entre la Grèce et la Turquie et entre l'Espagne et le Maroc, au niveau des enclaves de Ceuta et Melilla. La Bulgarie, qui aspire à devenir membre de l'espace Schengen, a également construit une clôture à sa frontière turque. "Le renforcement des frontières de l'UE reste dans la logique de l'UE, même si la technique de M. Orban peut être contestée", souligne le politologue autrichien Peter Pelinka.

Q : Quelle sera l'impact des mesures sur les flux migratoires ?

R : Si la nouvelle législation dissuade effectivement les migrants de transiter par la Hongrie, l'itinéraire le plus probable pour eux passera par la Croatie puis la Slovénie, un autre pays de la zone Schengen jouxtant l'Autriche, comme la Hongrie. Il est également possible que les nouvelles mesures de Budapest, combinées au rétablissement des contrôles frontaliers par l'Allemagne et l'Autriche, dissuadent certains migrants de chercher à se rendre en Europe, après l'appel d'air provoqué par l'annonce allemande, en août, d'un assouplissement des conditions d'accueil pour les Syriens.

Q : Comment ces mesures sont-elles considérées par les partenaires européens de la Hongrie ?

R : Certains dirigeants européens ont exprimé leurs réserves, comme le secrétaire d'Etat français Harlem Désir, qui a estimé qu'"avec ses barbelés, (la Hongrie) se met clairement hors des valeurs de l'Union européenne". Mais les critiques se sont fait plus discrètes, plusieurs pays européens renforçant eux-mêmes leurs contrôles aux frontières au sein même de l'espace Schengen.

bur-phs/alc