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14/09/2015 12:31 EDT | Actualisé 14/09/2016 01:12 EDT

GB: Corbyn attaque le gouvernement Cameron sur le droit de grève

Sitôt élu à la tête du Parti travailliste britannique, le radical Jeremy Corbyn s'est lancé lundi dans la bataille contre le gouvernement conservateur en ferraillant contre son projet de limiter le droit de grève, examiné au Parlement dans l'après-midi, qui enrage les syndicats.

Le vétéran barbu a troqué sa traditionnelle veste beige flottante pour un costume sombre et une cravate rouge, au moment de s'asseoir, pour la première fois de sa longue carrière politique, au premier rang de l'opposition au Parlement.

Il était entouré des membres de son cabinet fantôme fraîchement désignés, dont son numéro deux, le controversé John McDonnell, que beaucoup estiment encore plus radical et à gauche que lui.

Alors que la Chambre des Communes devait se prononcer dans la soirée sur un projet de loi conservateur relatif au droit de grève en deuxième lecture, le nouveau leader du Labour l'a d'ores et déjà accusé de tous les maux dans une tribune au Daily Mirror, tabloïd orienté à gauche.

"La Grande-Bretagne a déjà les lois syndicales les plus restrictives d'Europe occidentale", a-t-il fustigé, allant jusqu'à évoquer indirectement le spectre "d'une dictature fasciste".

Elu triomphalement samedi à la tête du Labour, M. Corbyn a trouvé en ce projet de loi l'entrée en matière idéale pour imposer sa ligne et son style: clairement à gauche et pugnace, de plus sur un sujet qui fait l'unanimité au sein d'un parti qu'il tente de rassembler.

Le projet de loi sur les syndicats comporte diverses réformes, dont un renforcement du contrôle sur les fonds qui leur sont versés. Mais surtout, il durcit les conditions préalables aux arrêts du travail, quelques semaines après deux grèves massives qui ont paralysé le métro londonien.

Il prévoit que toute grève soit précédée d'un vote auquel la majorité des salariés concernés participe, alors qu'aucun quorum n'est imposé actuellement. La majorité des votants doit donner son feu vert à la grève, comme c'est déjà le cas aujourd'hui.

Dans certains secteurs jugés stratégiques (dont les transports), au moins 40% de l'ensemble des salariés devraient se prononcer pour la grève dorénavant pour qu'elle puisse avoir lieu.

"Les gens qui travaillent ont besoin de savoir qu'ils peuvent vivre normalement sans des perturbations injustifiées", a argué le ministre de l'Emploi, Nick Boles.

-"Assassiner Margaret Thatcher"-

Pour Brian Bell, professeur d'économie à Oxford, la présentation de cette loi est une question d'opportunité politique. "Les conservateurs ont été historiquement favorables à une diminution du pouvoir des syndicats mais n'ont pu agir entre 2010 et 2015 car ils gouvernaient en coalition avec les libéraux-démocrates qui n'en voulaient pas", souligne-t-il. Maintenant qu'ils gouvernent seuls depuis leur large victoire électorale en mai dernier, "ils ont les mains libres".

Selon lui, la loi n'aura toutefois pas "d'effet économique important", le nombre de jours de grèves dans le pays était infiniment moindre que celui enregistré pendant les années 1970.

Les syndicats, dont les principaux sont affiliés au Parti travailliste, sont, eux, vent debout contre ces changements. La secrétaire générale de la confédération TUC, Frances O'Grady, a fustigé la pire attaque contre le mouvement syndical depuis les années 1980 et la politique très à droite de la Première ministre conservatrice Margaret Thatcher.

Ce premier vote intervient alors que Jeremy Corbyn a complété lundi son cabinet fantôme. S'il a nommé l'un de ses rivaux malheureux pour la direction du parti, Andy Burnham, au poste de ministre de l'Intérieur du cabinet d'opposition, il s'est surtout entouré de proches qui partagent sa ligne anti-austérité.

C'est surtout la nomination de John McDonnell au poste clé de chancelier de l'Echiquier (ministre des Finances) qui fait jaser. Ce défenseur de la nationalisation des banques est une figure particulièrement controversée au Royaume-Uni et il a notamment déclaré un jour qu'il aimerait pouvoir "retourner dans les années 1980 pour assassiner Margaret Thatcher".

Jeremy Corbyn a également été critiqué pour n'avoir placé que des hommes dans sa garde rapprochée. L'intéressé s'est défendu en assurant que le cabinet fantôme était composé pour la première fois d'une majorité de femmes, notamment aux postes de la Défense, de l'Education et du Commerce.

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