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14/09/2015 06:42 EDT | Actualisé 14/09/2016 01:12 EDT

En Thaïlande, un éditorialiste antijunte envoyé en "rééducation"

Un éditorialiste critique de la junte militaire au pouvoir en Thaïlande est détenu depuis dimanche dans un lieu inconnu par les militaires, qui ont fait des séances de "rééducation" de leur détracteurs une de leurs priorités.

Pravit Rojanaphruk, journaliste vedette du journal anglophone The Nation, est aux abonnés absents depuis sa convocation dimanche à un entretien avec des militaires.

"La liberté ne peut être maintenue si nous n'avons pas la volonté de la défendre", écrivait le reporter dans un dernier tweet dimanche.

Interrogé par l'AFP, le porte-parole de la junte, Winthai Suvaree, a confirmé que "l'invitation" à laquelle le journaliste avait été convié dimanche se prolongeait lundi, Pravit Rojanaphruk n'ayant "pas respecté les recommandations destinées à maintenir l'ordre et la paix", leitmotiv des militaires.

Thepchai Yong, rédacteur en chef du groupe Nation, a dénoncé cette détention comme "une menace directe à la liberté d'expression" et le club des correspondants de la presse étrangère a exigé sa libération.

Pavinee Chumsri, de l'ONG Thai Lawyers for Human Rights, a confirmé n'avoir réussi à obtenir de la junte "aucune information" sur le sort du journaliste.

Dans les jours ayant suivi le coup d'Etat de mai 2014, les militaires avaient détenu pendant des jours, sans contact avec l'extérieur, des centaines d'opposants, intellectuels et hommes politiques de premier plan, de Pravit à l'ex-Première ministre Yingluck Shinawatra.

Depuis, tout débat politique est interdit en Thaïlande, plusieurs étudiants risquant notamment des années de prison pour avoir manifesté pacifiquement.

Les convocations pour "rééducation", ou "ajustement d'attitude" selon la terminologie de la junte, sont devenues routinières.

Mais depuis quelques jours, les militaires haussent le ton, le chef de la junte allant jusqu'à menacer vendredi de poursuivre toute personne le critiquant.

Pichai Naripthaphan, ancien ministre de l'Energie ayant critiqué sa politique économique, se trouve ainsi depuis plusieurs jours en détention pour être "rééduqué".

Un ancien député du parti Pheu Thai, au pouvoir avant le coup d'Etat, Karun Hosakul, est également détenu pour des critiques "non constructives contre le gouvernement".

Ces séances d'"ajustement d'attitude" peuvent durer jusqu'à sept jours. D'après l'ONG iLaw, plus de 700 personnes ont été ainsi "convoquées".

La junte au pouvoir, qui a pris le pouvoir au nom de la défense de la royauté, multiplie les signes de nervosité, à mesure que la santé du roi Bhumibol Adulyadej, 87 ans, hospitalisé depuis mai, se dégrade.

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