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14/09/2015 18:36 EDT | Actualisé 14/09/2016 01:12 EDT

Contre la crise, le Brésil réduit le nombre de ministères et les programmes sociaux

Le Brésil a annoncé lundi des coupes budgétaires et hausses d'impôts pour économiser 17 milliards de dollars et éviter de boucler le budget 2016 avec un déficit primaire, après avoir été relégué parmi les emprunteurs "spéculatifs" par Standard & Poor's.

Le ministre de la Planification Nelson Barbosa a expliqué devant la presse à Brasilia que le plan d'austérité se monterait à 64,9 milliards de réais (17,03 milliards de dollars) et impliquera un gel des salaires et des embauches dans le secteur public. Il restaure aussi un vieil impôt sur les transactions financières.

Alors que la septième économie mondiale est entrée en récession au deuxième trimestre, ce plan supprime également 10 des 39 ministères, ce qui va entraîner 1.000 suppressions de postes. Il taillera aussi dans les dépenses sociales comme le logement et la santé au risque d'alimenter la grogne sociale.

Les programmes sociaux sont la vitrine du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir depuis 12 ans et l'un des piliers du boom brésilien qui a sorti 40 millions de personnes de la misère.

"Ce sont des réductions importantes qui touchent les fonctionnaires de façon importante, le fonctionnement de l'appareil" de l'État, a reconnu lundi le ministre de l'Économie Joaquim Levy.

Le géant sud-américain cherche à équilibrer les comptes en "coupant dans la chair" des dépenses publiques, avait-il prévenu récemment.

L'objectif est de passer de l'actuel déficit primaire de 0,5% du PIB pour 2016 qui a fait perdre au Brésil son sceau de "bon payeur" à un excédent de 0,7% du PIB, ce qui implique une économie supplémentaire de 17 milliards de dollars.

"L'austérité est annoncée pour le marché, pour maintenir une stabilité dans le marché et maintenir un excédent comme le veulent les agences de notation, mais cela va contracter encore plus l'activité économique", a déclaré à l'AFP l'analyste économique Felipe Queiroz.

"S'il y a une détérioration, si une autre agence baisse la note brésilienne, il est probable qu'il y aura une fuite des capitaux, surtout sur le marché à court terme", a-t-il ajouté.

D'ailleurs, les marchés ont bien réagi aux annonces. La Bourse de Sao Paulo a clôturé en hausse de 1,89% et le réal s'est apprécié de 1,68% face au dollar.

- Epée de Damoclès -

La présidente Dilma Rousseff a déjà ordonné en mai des économies de 80 milliards de réais (21,6 milliards de dollars), mais le panorama reste sombre et le gouvernement table sur une contraction de 1,49% du PIB en 2015. Cependant, les marchés se montrent plus pessimistes et tablent sur un recul de 2,55%. La récession devrait se poursuivre en 2016.

La crise a fait chuter drastiquement la popularité de Mme Rousseff, dauphine politique de l'ancien président charismatique Luiz Inacio Lula da Silva, sept mois seulement après le début de son deuxième mandat à seulement 8% d'opinions favorables.

"Il y a des mesures très impopulaires qui affectent le soutien qu'a encore le gouvernement dans les classes populaires", a estimé M. Queiroz.

Le Brésil est passé en moins de cinq ans de la position de géant émergent, alléchant pour les investisseurs du monde entier, à celle de pays en pleine déconfiture accumulant les mauvaises nouvelles à moins d'un an des jeux Olympiques à Rio.

Avec un modèle de croissance essentiellement basé sur la consommation interne, le Brésil n'a progressé à ce rythme accéléré qu'en 2010, un boom renforcé par la hausse des prix des matières premières. Ont suivi quatre années de maigre croissance et au deuxième trimestre 2015, le Brésil est entré en récession.

Les opposants à Mme Rousseff, 67 ans, ancienne guérillera emprisonnée et torturée sous la dictature, l'accusent d'avoir perdu le cap: elle est empêtrée dans une crise politique et économique et le vaste scandale de corruption au sein de la compagnie pétrolière Petrobras éclabousse sa coalition de centre-gauche.

La chef de l'Etat a une épée de Damoclès sur la tête: la menace d'une procédure de destitution réclamée par certains secteurs de l'opposition et de la population lors de manifestations dans le pays.

Mais les analystes politiques jugent cette option peu vraisemblable dans l'immédiat.

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