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14/09/2015 17:12 EDT | Actualisé 14/09/2016 01:12 EDT

Abattage rituel: le gouvernement aurait dû aller plus loin, selon une juriste

QUÉBEC — Un projet de loi qui doit améliorer la situation juridique des animaux aurait dû interdire formellement l'abattage rituel sans insensibilisation, a déclaré lundi une juriste dans une commission parlementaire.

Martine Lachance, directrice du Groupe de recherche international en droit animal (GRIDA), a ainsi nuancé les assurances données par le ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis.

M. Paradis a amorcé lundi les travaux en commission parlementaire sur le projet de loi 54, qui doit modifier le Code civil afin d'y inscrire notamment que les animaux sont doués de sensibilité et ont des impératifs biologiques.

Dans un échange avec la presse parlementaire, M. Paradis a affirmé que les exemptions religieuses ne permettent pas de faire souffrir un animal.

Selon le ministre, les dispositions du projet de loi 54 feront en sorte que l'abattage d'animaux suivant des rituels religieux devra se faire avec des techniques d'insensibilisation.

Le projet de loi 54 prévoit que la méthode d'abattage ou d'euthanasie «doit produire une perte de sensibilité rapide, suivie d’une mort prompte. La méthode ne doit pas permettre le retour à la sensibilité de l’animal avant sa mort.»

Aux députés qui étudient le texte de loi, Mme Lachance a cependant affirmé qu'une interdiction formelle aurait été préférable, comme dans certains pays européens, au lieu d'une simple référence à la nécessité d'épargner souffrance et anxiété aux animaux.

«Ce que je préconise, c'est qu'on interdise l'abattage sans insensibilisation, a-t-elle dit. Le projet de loi a décidé de ne pas parler de méthodes d'abattage. Ce qu'il dit c'est l'abattage et l'euthanasie, donc animaux de ferme et animaux de compagnie, doit se faire dans tous les cas en minimisant douleur et anxiété.»

Mme Lachance a affirmé que même s'il est adopté, le projet de loi n'empêchera pas l'abattage cacher ou halal, qui suivent les rituels juif ou musulman sans recourir à l'insensibilisation.

«Demain matin, le projet de loi est adopté, il n'y a rien qui interdit l'abattage rituel sans insensibilisation, il n'y a rien, sous réserve qu'on vienne soulever que cette méthode-là va causer anxiété et douleur», a-t-elle dit.

Dans un point de presse, M. Paradis s'est pour sa part montré confiant que les dispositions de son projet de loi répondront à cette préoccupation.

«L'insensibilisation doit se produire pour que l'animal, je vais emprunter une expression à un autre projet de loi, meure dans la dignité, autant que faire se peut», a-t-il dit. 

Selon le ministre, l'objectif du projet de loi est de trouver un équilibre entre les motifs religieux et le bien-être des animaux.

«Présentement, l'animal est considéré comme un bien meuble, a-t-il dit. Ce que l'on propose, c'est un être qui devient sensible, ça demande un changement de comportement, quelle que soit votre religion.»

Alexandre Robillard, La Presse Canadienne