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10/09/2015 06:36 EDT | Actualisé 10/09/2015 06:37 EDT

Syrie: le régime perd du terrain, la Russie défend son soutien

Jordan Pix via Getty Images
AL-ROQBAN, JORDAN- SEPTEMBER 10: Syrian refugees arrive at the area of Al-Roqban in the desert north-east Jordan, at the border with both Syria and Iraq, on September 10, 2015, 580km away from Amman, Jordan. Refugees are transported through the desert by Jordanian Border Guard vehicles to Rabbaa Al-Sarhan gathering point where they are being registered as refugees and then taken to either Azraq or Zaatari camps. (Photo by Jordan Pix/Getty Images)

La Russie a défendu jeudi l'envoi de matériel militaire à la Syrie de Bachar al-Assad, dont l'armée est en grande difficulté à la fois face à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique (EI) dans le nord-ouest et l'est du pays.

Moscou a rejeté des accusations américaines faisant état d'un déploiement récent de matériel et de soldats près de Lattaquié, le fief du président Assad.

"Nous avons aidé, continuons d'aider et aiderons le gouvernement syrien pour fournir à son armée tout ce dont elle a besoin", a affirmé le chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov. Mais il ne s'agit pas de "mesures supplémentaires" par rapport aux accords existants entre les deux pays, a-t-il précisé.

Moscou, allié indéfectible de Damas, défend son soutien alors que les forces du régime subissent défaite après défaite depuis le mois de mars, et notamment dans la province d'Idleb, désormais entièrement sous le contrôle d'une coalition composée d'Al-Qaïda et de rebelles islamistes.

Dans l'est, au moins 54 combattants ont été tués mercredi au cours d'intenses combats entre les forces du régime et l'EI qui s'approche de l'aéroport militaire de la ville de Deir Ezzor, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Il s'agit de l'une des attaques les plus violentes lancées par l'EI contre l'aéroport. Dix-huit soldats ont été tués ainsi que 36 membres de l'EI", a indiqué Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH.

Les jihadistes ont mené deux attentats suicide à la voiture piégée, selon lui.

Riche en pétrole, la province de Deir Ezzor est en grande partie entre les mains de l'EI, qui tente depuis un an de s'emparer de l'aéroport et de la totalité de la ville de Deir Ezzor, dont il contrôle déjà plusieurs secteurs.

«Soldats exécutés»

S'il réussit, cette dernière deviendrait la deuxième capitale provinciale à tomber aux mains de l'EI, après Raqa, qui a été désignée "capitale" du califat proclamé par l'EI à cheval sur la Syrie et l'Irak.

Le Front al-Nosra et d'autres groupes rebelles islamistes qui se sont eux emparés fin mars de la capitale provinciale d'Idleb, ont pris mercredi dans cette même province l'aéroport d'Abou Douhour qu'ils assiégeaient depuis plus de deux ans.

"Il y a eu au moins 56 morts hier et au moins 40 prisonniers et des dizaines disparus", a affirmé jeudi M. Abdel Rahmane à l'AFP. "Certains soldats ont été exécutés".

Al-Nosra a publié de son côté sur Twitter des photos d'une quinzaine d'hommes présentés comme des soldats d'Abou Douhour "aux mains des moujahidine". Ils apparaissent torse nus, un peu malingres, la barbe et les cheveux hirsutes.

Dans la province d'Idleb, seuls les villages chiites de Foua et Kafraya restent assiégés par les rebelles et sont défendus par des milices pro-régime et des combattants du Hezbollah chiite libanais.

C'est à partir de la province d'Idleb que, depuis fin juillet, les jihadistes et leurs alliés ont pu avancer plus au sud et lancer une offensive qui menace la province de Lattaquié (ouest), un des principaux fiefs du régime.

Démenti russe

Des responsables américains ont affirmé ces derniers jours avoir observé dans cette province côtière une dizaine de véhicules blindés de transport de troupes et des dizaines de soldats venus de Russie.

Selon ces responsables américains, l'arrivée ces derniers jours de deux avions cargos géants et d'un avion de transport de passagers suggère la construction d'une "base aérienne avancée" à Lattaquié.

M. Lavrov a admis pour la première fois que les avions russes à destination de la Syrie transportaient non seulement de l'aide humanitaire, mais aussi "des équipements militaires conformément aux contrats existants" signés avec Damas.

Des diplomates ont indiqué en outre que, suite à la levée des objections de Moscou, l'ONU allait finalement pouvoir lancer une enquête sur de récentes attaques chimiques en Syrie attribuées par les Occidentaux au régime.

Le conflit en Syrie a été déclenché en mars 2011 par la répression sanglante de manifestations antigouvernementales pacifiques qui ont dégénéré en révolte armée puis en guerre civile. Les combats opposent désormais régime, rebelles, Kurdes et jihadistes sur un territoire de plus en plus morcelé.

La guerre a fait plus de 240 000 morts et poussé la moitié de la population à la fuite.