Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Stephen Harper refuse toujours de blâmer des sénateurs dans le scandale Duffy

Stephen Harper semble avoir exonéré de tout blâme des sénateurs de haut rang dans le scandale Mike Duffy, même si des documents présentés en preuve au procès décrivent comment ils ont manoeuvré secrètement pour tenter d'expurger un rapport de vérification externe.

Au procès du sénateur Duffy pour fraude, abus de confiance et corruption, qui a été ajourné jusqu'en novembre, on a appris cet été qu'au début de 2013, l'influent sénateur conservateur Irving Gerstein avait demandé à des connaissances haut placées au sein du cabinet Deloitte de lui révéler certains détails du rapport de vérification, confidentiel. Des membres du cabinet du premier ministre voulaient savoir si la firme d'experts comptables accepterait de ne pas évoquer le cas de Mike Duffy dans le cas où le sénateur acceptait de rembourser certaines réclamations de dépenses jugées inappropriées.

Dans son témoignage, Nigel Wright, alors ex-chef de cabinet du premier ministre Harper, a soutenu que c'est le sénateur conservateur David Tkachuk, président du tout puissant comité sénatorial de régie interne, qui avait d'abord suggéré que la demande d'audit externe formulée par le Sénat soit discrètement annulée, si les dépenses étaient remboursées.

M. Harper a toujours martelé qu'il n'était pas question de faire porter le chapeau à des subalternes de Nigel Wright dans l'affaire Duffy. Même si on ne peut pas dire que des sénateurs soient des subalternes de qui que ce soit, le premier ministre sortant a répété encore mardi que seuls MM. Duffy et Wright devaient assumer l'entière responsabilité de ce scandale.

"La firme elle-même a attesté de la propriété du rapport, a indiqué M. Harper. C'est sa responsabilité, et celle du Sénat."

Un dirigeant chez Deloitte, Michael Runia, a dit à la police que le sénateur Gerstein lui avait effectivement demandé ce qu'il adviendrait de la vérification externe si M. Duffy remboursait les sommes contestées. Les deux hommes se connaissent parce que le Parti conservateur est un client de la firme Deloitte. Le contenu du rapport de vérification était strictement confidentiel _ quelques personnes seulement y avaient accès, et le sénateur Gerstein n'était pas de ce nombre.

On ignore ce que le sénateur Gerstein a appris exactement de M. Runia, mais des membres du personnel politique du premier ministre ont ensuite échangé des courriels dans lesquels ils estiment pouvoir compter sur la collaboration de Deloitte.

"Je viens d'avoir des nouvelles de Gerstein. Voici les informations les plus récentes et les plus pertinentes provenant de Deloitte", écrivait ainsi l'adjoint aux affaires parlementaires du premier ministre, Patrick Rogers. "Un remboursement ne changera rien aux conclusions de Deloitte, parce qu'ils doivent statuer sur la notion de résidence. Par contre, ils ne peuvent se prononcer sur la résidence de Duffy parce que son avocat ne leur a rien fourni."

Chris Woodcock, qui était à ce moment-là responsable de la gestion des enjeux auprès du premier ministre, a témoigné le mois dernier que toutes ces manoeuvres l'avaient mis "mal à l'aise".

Ce sera finalement Nigel Wright qui remboursera en secret les réclamations de dépenses de M. Duffy, en lui remettant un chèque personnel de 90 000 $, en avril 2013, après des négociations entre le sénateur, son avocate et des membres du cabinet du premier ministre. Cet arrangement à l'amiable était connu, en tout ou en partie, de plusieurs personnes.

Les subalternes

M. Harper a aussi toujours refusé de jeter quelque blâme que ce soit sur les membres de sa garde rapprochée qui ont été mêlés à cette affaire. Dans une entrevue récente accordée au chef d'antenne de la télévision anglaise de Radio-Canada, Peter Mansbridge, diffusée lundi soir, il a répété encore une fois que mis à part Nigel Wright, personne n'avait agi de façon irresponsable ou contraire à l'éthique dans cette affaire. Le chef conservateur a maintenu le cap, mardi, en campagne électorale à Mississauga.

Pendant ce temps, la candidate néo-démocrate Françoise Boivin a soutenu que la Direction des poursuites criminelles et pénales devrait examiner les gestes posés par les membres du cabinet du premier ministre. Nigel Wright a révélé au procès qu'il avait été en contact avec son remplaçant au cabinet, Ray Novak, deux semaines seulement avant son témoignage. Et on a vu Chris Woodcock discuter avec son successeur dans les couloirs du palais de justice.

La députée sortante de Gatineau, qui était porte-parole de l'opposition officielle en matière de justice, a demandé au ministre Peter MacKay de confier le dossier aux procureurs fédéraux. "(Le ministre de la Justice) a la responsabilité de s'assurer que toute possibilité d'ingérence politique à l'égard d'un témoin assermenté fasse l'objet d'une enquête du DPCP et soit référée aux autorités compétentes", a estimé Mme Boivin.

Plusieurs membres du personnel politique du premier ministre au sein de son cabinet occupent toujours des postes d'importance dans l'appareil conservateur. En plus de succéder à Nigel Wright au poste de chef de cabinet, Ray Novak est actuellement directeur principal de campagne.

Le sénateur Gerstein est toujours président du Fonds conservateur et du comité sénatorial des banques et du commerce. Lors d'un congrès conservateur, en 2013, il avait rejeté la suggestion de Nigel Wright de rembourser les dépenses de Mike Duffy, même si le parti était prêt à assumer une facture réduite de 32 000 $.

Mike Duffy Trial: Artist's Sketches

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.