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Le Parti conservateur est-il en train de s'effondrer?

La longue campagne électorale souhaitée par Stephen Harper risque de lui coûter cher.

Le Parti conservateur, qui menait une lutte serrée au NPD, se retrouve maintenant au troisième rang des intentions de vote. La probabilité que Stephen Harper conserve son poste de premier ministre s’amenuise de jour en jour, même si son équipe reste dans la course grâce à un fort appui dans l’Ouest canadien.

En y regardant de plus près, les conservateurs se classent au troisième rang dans trois des quatre sondages nationaux menés depuis la fin d’août (soit ceux des firmes Forum, Léger et Nanos). Le sondage Forum leur donne aussi peu que 24 % des intentions de vote.

Pendant ce temps, les néo-démocrates perdent du terrain au profit des libéraux, plus particulièrement en Ontario.

L’analyse de ces sondages et des résultats de l’élection précédente nous a permis de faire les prédictions suivantes. Le vainqueur de chacune des 338 circonscriptions a été déterminé en tenant compte des variations régionales et locales. L’intervalle de confiance et la probabilité qu’un parti remporte le plus grand nombre de sièges ont été obtenus à partir de 5000 simulations reflétant l’incertitude des sondages, la répartition inégale du vote et la nature de notre système électoral. Tous les scénarios possibles ont été envisagés.

Vous pouvez constater que les néo-démocrates de Thomas Mulcair restent en tête. Le nombre de sièges qu’ils peuvent espérer gagner a toutefois diminué depuis la semaine dernière. Vous pouvez également constater que les conservateurs ont cédé leur place aux libéraux. En effet, la cote de popularité de Justin Trudeau est en hausse, plus particulièrement en Ontario, où certains sondages lui donnent un avantage de 10 points. Trudeau peut maintenant espérer remporter 60 sièges dans cette province, contre 42 dans notre simulation précédente. Ces gains seraient effectués au détriment des conservateurs (qui perdraient 10 sièges) et des néo-démocrates (8 sièges).

Ces données suggèrent que l’Ontario a basculé dans le camp libéral après plusieurs semaines de course à trois. La seule autre province où nous avons observé un changement notable est la Colombie-Britannique, mais celle-ci ne pèse pas lourd comparativement à l’Ontario et ses 121 sièges.

Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces résultats? Assistons-nous à un effondrement des conservateurs et au début d’une course à deux entre le Parti libéral et le NPD? Il est vrai que les troupes de Stephen Harper ont déjà perdu 10 points de pourcentage par rapport à l’élection de 2011, ce qui les rapproche des 16 points perdus par les progressistes-conservateurs de l’Alberta au mois de mai. Or, tous les sondages ne disent pas la même chose.

Jusqu’à tout récemment, les firmes Ekos, Abacus et Innovative plaçaient le Parti conservateur au second rang, juste derrière le NPD. Et l’on est en droit de s’interroger sur la cause du revirement observé en Ontario. Nik Nanos l’attribue à la crise migratoire, or le fait que l’économie canadienne soit tombée en récession ne manque pas d’interpeller plusieurs électeurs. Il est possible que nous assistions à un effet cumulatif et à retardement.

La glissade des conservateurs est d’autant plus étrange que leurs partisans sont systématiquement les plus fidèles. Le sondage Léger, par exemple, constate que 67 % des électeurs favorisant le Parti conservateur ont l’intention d’appuyer ce parti quoi qu’il arrive. Seuls 54 % des électeurs favorisant le Parti libéral et 47 % des électeurs favorisant le NPD se disent aussi convaincus. En formulant la question différemment, Forum a constaté que le Parti conservateur est moins exposé à la volatilité de l’électorat. Son plafond est très bas (ce qui signifie qu’un maximum de 35 % à 40 % des électeurs pourraient éventuellement l’appuyer), mais sa base reste la plus solide.

Un véritable effondrement des conservateurs, tel qu’annoncé par le sondage Forum, reste donc hypothétique. En revanche, une chute sous le seuil de 30 % est tout à fait envisageable. À l’heure actuelle, il est impossible de dire si ces résultats sont dus à des variations de la marge d’erreur ou à une tendance claire. Seule la remontée des libéraux prend un caractère tangible. Justin Trudeau peut envisager la fin de la campagne avec optimisme.

Nous devrons approfondir nos recherches, puisque trois sondages ne suffisent pas à établir une tendance. La seule chose que nous pouvons affirmer avec certitude est que nous sommes toujours en présence d’une course à trois, dans laquelle deux partis ont changé de trajectoire.

Le NPD reste en tête, et nous avons démontré par le passé que ce parti peut prendre le pouvoir sans dominer totalement l’Ontario. Or, un recul trop prononcé dans cette province lui nuirait énormément. Thomas Mulcair ne pourra pas compter uniquement sur le Québec.

Pour sa part, Stephen Harper devra rectifier le tir en seconde moitié de campagne s’il veut conserver son poste de premier ministre. Sa formation semble se diriger vers un précipice.

Enfin, Justin Trudeau n’a qu’à continuer sur sa lancée. Les Canadiens et les Ontariens en particulier semblent très réceptifs à son message.

Méthodologie des sondages :

Le sondage Forum a été effectué du 30 août au 1er septembre auprès de 1384 répondants contactés par téléphone au moyen d’un système de réponse vocale dialoguée (RVD). Sa marge d’erreur est de 2,53 points de pourcentage, 19 fois sur 20 pour le NPD et moins pour les autres partis. La question posée était : « Une élection fédérale doit avoir lieu le 19 octobre. Pour quel parti êtes-vous le plus susceptible de voter dans cette élection? »

Le sondage Léger a été effectué du 31 août au 2 septembre auprès de 2119 répondants du groupe en ligne Léger. Sa marge d’erreur est de 1,97 point, 19 fois sur 20 pour le NPD et moins pour les autres partis. La question posée était : « Si une élection fédérale avait lieu aujourd’hui, pour quel parti politique seriez-vous le plus susceptible de voter? »

Le sondage Nanos a été effectué les 4 et 5 septembre auprès de 1200 répondants contactés par téléphone. Sa marge d’erreur est de 2,76 points, 19 fois sur 20 pour le NPD et moins pour les autres partis. La question posée était : « Pouvez-vous classer par ordre de préférence les deux partis fédéraux pour lesquels vous êtes le plus susceptible de voter? »

Bryan Breguet a un baccalauréat ès sciences en économie de la politique et une maîtrise ès sciences en économie de l’Université de Montréal. Il a fondé en 2010 TooCloseToCall.ca où il fournit des analyses et projections électorales. Il a collaboré avec le National Post, Le Journal de Montréal et l’Actualité.

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