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08/09/2015 04:13 EDT | Actualisé 14/09/2015 03:01 EDT

Ruth Ellen Brosseau fait campagne... cette fois (VIDÉO)

LOUISEVILLE - Ruth Ellen Brosseau a bien l'intention de se faire réélire dans la circonscription de Berthier-Maskinongé, qu'elle représente depuis qu'elle est devenue le visage de la vague orange en 2011. Et cette fois, la «candidate fantôme» fait campagne sur le terrain.

«Pas de voyage, pas de congés, pas de vacances» jusqu'au 19 octobre, promet la députée néo-démocrate qui s'était fait élire il y a quatre ans sans jamais avoir mis les pieds dans sa circonscription. Son voyage à Las Vegas, en pleine campagne électorale, avait aussi fait couler beaucoup d'encre.

Il est loin ce jour de mai 2011 où la jeune anglophone de Gatineau s'est présentée, fébrile, devant ses nouveaux concitoyens «pure laine». Après avoir été introuvable pendant quelques jours, elle était venue répondre aux questions des médias nationaux en français, une langue qu'elle maîtrisait mal. L'expérience, admet-elle, a été éprouvante.

Aujourd'hui, Ruth Ellen Brosseau mène ses entrevues dans un français quasi impeccable. Il faut dire que son père est francophone et qu'elle a grandi à Hudson, à l'ouest de Montréal. La base était là.

Députée et mère monoparentale

La vague orange a changé la vie de cette mère monoparentale de 31 ans qui cumulait les petits boulots pour élever son garçon. «Je travaillais deux, trois emplois, dont le bar le soir, en plus d'être maman à temps plein», raconte-t-elle.

Aujourd'hui, le jeune Logan, 14 ans, vit avec ses parents à Gatineau lorsque la députée se trouve dans sa circonscription à trois heures de route de la maison, entre Joliette et Trois-Rivières. «Je suis vraiment chanceuse d'avoir ma famille qui m'appuie. Sans ma famille, je ne pourrais pas faire la job comme il faut parce que ça prend du temps et c'est beaucoup de voyagement», confie-t-elle.

La situation serait encore plus difficile avec un bébé naissant, comme ce fut le cas pour certaines de ses collègues néo-démocrates élues avec la vague orange. Avec 75% d'élus masculins, le parlement demeure un «boys club» mal adapté aux jeunes mères, estime-t-elle. «Il faut s'adapter, il faut changer avec les temps. Surtout si on veut avoir l'équité à la Chambre des communes», plaide Ruth Ellen Brosseau.

Elle donne en exemple la garderie de l'édifice de la Confédération qui ferme à 18h, alors que les travaux parlementaires se prolongent parfois en soirée. «On pourrait offrir des heures prolongées, dit-elle. Non seulement pour les députés, mais aussi pour les employés.» Les travaux parlementaires tenus en soirée pourraient également être remis au lendemain pour accommoder les jeunes familles, suggère-t-elle.

Plusieurs initiatives ont tout de même permis aux jeunes mères de siéger. Des tables à langer ont été installées, et le Parlement compte désormais une salle pour allaiter.

L'oléoduc de la discorde

Selon plusieurs témoignages, la candidate-poteau de 2011 est rapidement devenue une députée très présente sur le terrain. «Elle est très impliquée dans la population», affirme Jean-Pierre Giguère, un passant interrogé au centre-ville de Louiseville, où la députée tient son local de circonscription. Un mois après son élection, la jeune femme s'était intégrée à sa nouvelle circonscription, dit l'homme d'âge mûr. «La fille, elle a du guts», lance-t-il.

«Elle se mêle bien aux gens, elle s'est bien intégrée», dit une autre citoyenne, Barbara Lamy. Je suis surprise, pour une personne dont on n'avait jamais entendu parler, qui ne vient pas de notre milieu.»

Ruth Ellen Brosseau a sa propre explication pour cette intégration rapide. Serveuse et députée sont des métiers de contact humain, souligne-t-elle. «Je pense que mon expérience dans la restauration et les bars m'a vraiment aidé dans mon travail de députée à la Chambre des communes», dit-elle.

Toutefois, le débat sur le projet Énergie Est est un caillou au soulier de la députée néo-démocrate. La population de ce milieu agricole est fortement opposée au passage de cet oléoduc de TransCanada sur ses terres. À l'épicerie, une femme lui lance: «Si vous dites non à Énergie Est, je vais voter pour vous».

Le NPD tient une position ambiguë sur Énergie Est. Le chef Thomas Mulcair affirme que le Canada doit mener une étude environnementale fiable avant de prendre position sur le sujet. Il accuse le gouvernement Harper d'avoir abaissé les standards environnementaux, notamment en modifiant les lois sur la protection des lacs et rivières.

«Il faut avoir un processus [d'évaluation environnementale] digne de confiance et une acceptabilité sociale, dit la députée en reprenant la position de son parti. En ce moment, on n'a pas une acceptabilité sociale dans la MRC D'Autray. Il y a des gens vraiment inquiets.»

Son parti «n'a pas dit oui et n'a pas dit non», rappelle-t-elle. «Si le projet démontrait qu'il y aurait des retombées importantes pour le Québec, et peu de risques, ça peut être gagnant», dit Ruth Ellen Brosseau.

Présentement, Énergie Est ne prévoit aucun projet de raffinerie au Québec, rappelle la candidate néo-démocrate, le pétrole albertain étant destiné à l'exportation. «Le projet comme tel, on ne peut pas l'appuyer, dit-elle. Dans le contexte actuel, on ne peut pas aller de l'avant avec un tel projet.»

Une popularité qui agace

La popularité de Ruth Ellen Brosseau auprès des médias agace son rival du Bloc Québécois, Yves Perron.

«Je trouve qu'on se construit des vedettes un peu rapidement au Québec», lance-t-il. Le candidat bloquiste assure qu'il n'a rien de «personnel» contre la députée. Mais il met un bémol sur ses réalisations, notamment sa présence sur le terrain. «Ce qu'elle a fait, dans le fond, ça fait partie du travail d'un député», dit Yves Perron.

«Au fond, sa célébrité vient du fait qu'elle n'était pas là durant la campagne la dernière fois, ajoute-t-il. Si elle avait été présente, objectivement, est-ce qu'elle serait aussi célèbre? Je n'en suis pas certain.»

En effet, Ruth Ellen Brosseau a reçu la visite de nombreux médias nationaux depuis le début de la campagne électorale, dont le National Post et La Presse, une attention inusitée pour une simple députée. «Elle a fait la première page de La Presse, s'indigne Yves Perron. Elle avait les pages A2 et A3, alors que moi et le candidat libéral avions à peu près une ligne chacun.»

Le candidat bloquiste croit avoir de bonnes chances de reprendre la circonscription de Berthier-Maskinongé, représentée par le Bloc québécois depuis 1993. «On a une bonne base qui est souverainiste, indépendantiste ou nationaliste. Est-ce qu'on a dit à ces souverainistes-là que Thomas Mulcair était un avocat d'Alliance Québec et qu'il a contesté en cour la loi 101? Quand je dis ça sur le terrain, il y a des gens qui changent d'idée.»

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