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06/09/2015 04:29 EDT | Actualisé 06/09/2015 04:31 EDT

L'Allemagne accueille 10 000 réfugiés en une seule journée (VIDÉO)

Un nombre record de migrants sont encore arrivés dimanche en Allemagne sous les applaudissements et des chants dans les gares au terme d'un périple semé d'embuches à travers l'Europe, Berlin et Vienne prévenant cependant que la situation devait rester «temporaire» et exceptionnelle.

La police allemande prévoyait dimanche 10 000 nouveaux arrivants venant d'Autriche, après en avoir recensé 7000 la veille, dont une majorité de Syriens fuyant la guerre. En fin d'après-midi, 14 000 personnes avaient déjà été enregistrées pour le week-end.

Bloqués en Hongrie dans des conditions chaotiques, après avoir traversé la Méditerranée puis les Balkans, ces demandeurs d'asile ont transité par l'Autriche avant d'affluer dans les gares allemandes, partout accueillis par des pancartes «Bienvenue!».

«Les gens nous traitent tellement bien ici, ils nous traitent comme des êtres humains, ce n'est pas comme en Syrie», confiait à Munich (sud) Mohammad, un réfugié de 32 ans de la ville syrienne dévastée de Qousseir, les larmes aux yeux.

Toute la journée, les quais de la gare bavaroise ont reçu des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants épuisés par leur périple, aussitôt dirigés vers des tables chargées de vêtements et nourriture puis conviés, par bus, vers les centres de premier accueil.

Débarqués d'un wagon, deux garçons de 7 ou 8 ans, torse bombé et visage illuminé d'un large sourire, traversaient la foule au milieu des applaudissements. Un peu plus tôt, une femme avait glissé à une famille syrienne un sac rempli de chocolats, de jouets et d'«un peu d'argent».

À Francfort (ouest), dans la nuit de samedi à dimanche, la foule chantait «Voilà la solidarité internationale !» ou «Dites-le haut et fort, les réfugiés sont les bienvenus ici !», au milieu des vivats, à l'entrée de chaque train.

Lara Sabbagh, bénévole venue comme traductrice, devait même écarter les badauds souhaitant immortaliser la scène. Les réfugiés «ont peur (...) Ils m'ont demandé: «Que font ces gens ? Que veulent-ils ?» Ils n'ont pas compris qu'ils étaient venus les accueillir», expliquait-elle.

Attaques à Lesbos

Alors que l'Europe, divisée, connaît une de ses pires crises migratoires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Berlin a assoupli ses règles d'accueil pour les ressortissants syriens, renonçant à les renvoyer vers leur point d'entrée en Europe.

Dans une décision sans précédent, l'Autriche a accepté dans la nuit de vendredi à samedi, en concertation avec Berlin, de faciliter l'accueil et le transit vers l'Allemagne de milliers de migrants coincés en Hongrie, qui a vu affluer quelque 50.000 personnes pour le seul mois d'août.

Mais cette décision ne peut être que «temporaire», a prévenu dimanche le chancelier autrichien Werner Faymann, soulignant qu'«une mesure de ce type ne peut pas être une solution».

Lors d'un entretien téléphonique samedi, la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre hongrois Viktor Orban ont de même convenu que leurs deux pays «devaient respecter leurs obligations européennes», et que le flux observé ce week-end était exceptionnel.

En Hongrie, le trafic ferroviaire a été pleinement rétabli dimanche pour les réfugiés, qui ne sont plus contraints d'arpenter à pied routes et autoroutes vers l'Autriche.

En Méditerranée aussi, les arrivées par centaines en provenance des côtes turques proches se poursuivent à un rythme soutenu sur les îles grecques d'Egée orientale. Des renforts policiers et l'armée ont dû être mobilisés dimanche sur l'île égéenne de Lesbos, où deux attaques au cocktail Molotov ont visé des Syriens dans la nuit.

Initiatives solidaires

Les initiatives solidaires se sont multipliées en Europe, alors que le calvaire de 71 migrants morts étouffés dans un camion en Autriche, puis les images du petit Aylan échoué sur une plage turque, ont déclenché une vague d'émotion populaire et poussé certains dirigeants à changer de discours.

À Vienne, un convoi d'une cinquantaine de voitures particulières est parti à la mi-journée à la suite d'un appel sur les réseaux sociaux pour tenter d'acheminer des migrants depuis la Hongrie.

Le pape François a, de son côté, souhaité dimanche que «chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d'Europe accueille une famille», à l'occasion de la prière de l'Angélus au Vatican. Il a proposé que les deux paroisses du Vatican commence cet élan de solidarité chrétienne.

En revanche, le premier ministre turc, Ahmed Davutoglu, a fustigé l'Europe comme «une forteresse chrétienne», vu le faible nombre de réfugiés accueillis alors que la Turquie en a accepté deux millions en provenance de Syrie et d'Irak.

À Vienne, le chancelier autrichien a appelé à un sommet européen exceptionnel «immédiatement après» la réunion des ministres de l'Intérieur des 28 prévue le 14 septembre. Vienne exige que l'Europe se dote de règles communes concernant l'octroi du statut de réfugié et plaide, comme d'autres pays dont la France, pour la création de centres d'accueil et de tri aux frontières de extérieures de l'UE.

De son côté, le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) a demandé la répartition d'au moins 200 000 demandeurs d'asile dans l'UE. La Commission européenne va proposer la semaine prochaine la répartition dans l'UE de 120 000 réfugiés.

Lors d'une manifestation pro-réfugiés de milliers de personnes à Stockholm, le premier ministre suédois Stefan Löfven s'est rallié dimanche à l'idée d'un système de quotas «permanent et obligatoire».

De même le chef du gouvernement italien Matteo Renzi lançait à Milan : «Il faut des règles, on ne peut pas accueillir tout le monde, mais rien ne nous arrêtera jamais d'essayer de sauver une vie humaine à chaque fois que c'est possible».

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