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05/09/2015 00:45 EDT | Actualisé 04/09/2016 01:12 EDT

Un drame sur les enfants-soldats ouvre à Netflix les portes de la Mostra de Venise

Cette année, le Lion d'or de la Mostra de Venise pourrait revenir à un film à peine destiné au grand écran: produit par Netflix, "Beasts of no Nation", plongée sans fard parmi des enfants-soldats en Afrique, sera disponible en téléchargement dès sa sortie en octobre.

Le film de Cary Fukunaga, qui montre cette réalité crue et violente à travers le regard d'un adolescent africain, est le premier film du prestataire américain de vidéo en ligne en lice pour l'un des prix majeurs du cinéma.

Que le film gagne ou non, le fait que Netflix ait réussi à placer sa production au coeur du plus vieux festival du monde est déjà un tournant pour une industrie tiraillée par de nouveaux modèles économiques.

Alberto Barbera, directeur de la Mostra, assure ne pas avoir hésité à inclure "Beasts of no Nation" dans la liste des 21 films en compétition officielle, faisant valoir que les services de diffusion en ligne sont en train de devenir une source de financement trop importante pour être laissés à la porte.

Les plus grands réseaux de distribution aux Etats-Unis se sont montrés moins ouverts et ont refusé de diffuser le film, estimant que sa diffusion simultanée sur internet menaçait à terme la culture des salles obscures et du grand écran.

Du fait de son sujet insoutenable, "Beast of no Nation" était de toute manière promis à une diffusion limitée aux salles d'art et d'essai, mais la question risque de se poser de manière plus aiguë à mesure que la production des distributeurs en ligne progressera.

Netflix a signé un contrat pour quatre films avec Adam Sandler et a produit une suite de "Tigre et dragon", grand succès d'Ang Lee en 2000.

Tandis qu'Amazone Prime a chargé Spike Lee -- qui avait auparavant déclaré que l'idée de regarder un film sur un écran de téléphone lui "brisait le coeur" -- de réaliser "Chiraq", une comédie musicale sur la criminalité à Chicago qui se veut digne d'un Oscar.

- Toucher le plus grand nombre -

Pour Fukunaga, qui travaillait depuis 10 ans sur un projet de film sur les enfants-soldats, Netflix est arrivé "à la manière du Parrain, avec une offre que tu ne peux pas refuser".

"Bien sûr, je voudrais toujours que les gens le voient au cinéma, mais je voudrais surtout que ce film touche le plus grand nombre possible de personnes", a-t-il expliqué à l'AFP. Dans cette optique, la base de 65 millions d'abonnés de Netflix offrait une meilleure garantie qu'une sortie en salles toujours hasardeuse.

"Et en fin de compte, c'est le consommateur qui décide. Si le public veut voir les films en salle, il faut qu'il vienne", a-t-il ajouté.

Filmé au Ghana, "Beasts of no Nation" raconte l'histoire d'Abou, un garçon sans histoires dont l'existence joyeuse au sein d'une famille aimante dans un pays d'Afrique non précisé est bouleversée quand les troupes gouvernementales en lutte contre une rébellion envahissent son village.

Sa mère et sa soeur sont envoyées dans une ville voisine, son père et son frère sont tués sous ses yeux. Lui s'échappe de justesse, avant d'être capturé dans la brousse par le groupe de rebelles de Commandant, une figure charismatique campée par Idris Elba, qui le prend sous son aile.

Ce qui reste de l'innocence d'Abou disparaît vite dans la brutalité d'un quotidien sanglant et d'une initiation qui culmine quand l'adolescent, obéissant à un ordre, exécute un étudiant à coups de machette sur la tête.

De telles scènes rendent parfois le film difficile à voir, mais les critiques ont semblé apprécier. Et "la violence décrite dans le film est loin d'être aussi violente que la réalité", a insisté Fukunaga.

am/fcc/plh

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