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05/09/2015 04:14 EDT | Actualisé 05/09/2016 01:12 EDT

Repas végétariens à la cantine: une solution pour la France laïque ?

Servir ou ne pas servir du porc dans les cantines des écoles publiques ? Le débat a rebondi en France où des maires ont refusé de banir la viande porcine des menus au nom de la laïcité tandis que d'autres proposent d'instaurer une option végétarienne.

En ce début d'année scolaire, les maires de trois communes ont supprimé les menus de substitution, proposés dès lors qu'un plat contenant du porc - viande impure pour les musulmans comme pour les juifs - était servi.

"En application du principe de laïcité", plus question de "différencier la composition des repas en fonction d'un interdit religieux qui relève de la sphère privée et familiale", ont-ils argumenté.

Dans un pays où le principe de séparation entre l'Eglise et l'Etat est inscrit dans la loi depuis 1905 mais qui accueille les principales communautés musulmane et juive d'Europe, partisans et adversaires des menus de substitution s'affrontent régulièrement depuis dix ans.

Mi-août, le député Yves Jego a tenté de trouver une issue à ce débat en proposant de rendre obligatoire un menu végétarien dans les cantines scolaires.

"Peut-on obliger un enfant catholique à manger de la viande un vendredi saint parce que rien d'autre ne lui est proposé, ou un enfant juif ou musulman à consommer du porc ?", interroge le législateur du parti centriste UDI, dans une pétition en ligne, qui a recueilli plus de 123.000 signatures à ce jour.

"Je déposerai une proposition de loi pour rendre obligatoire dans toutes les cantines un menu végétarien en alternative du menu quotidien afin de permettre à ceux qui ne veulent pas de viande ou de poisson, quelle qu'en soit la raison, de se nourrir de façon équilibrée", ajoute le député dans ce texte.

En France, le choix des menus dans les cantines est du ressort des maires des quelque 36.000 communes. En cas de préparation contenant du porc, de nombreuses écoles servent un menu de substitution - afin de répondre tacitement à certaines interdictions religieuses - mais les villes les plus petites ne sont pas toujours financièrement en mesure de le faire.

Seule Strasbourg, ville d'Alsace qui était sous domination allemande lors de la séparation de l'église et de l'Etat en 1905 et n'est donc pas assujettie à cette loi, a instauré des menus "hallal".

- Ecole laïque ou école pour tous ? -

Isabelle Maincion, en charge de la restauration scolaire au sein de l'Association des maires de France, écarte d'un revers de main un débat qu'elle juge sans fondement.

"Nous devons répondre à la réglementation qui est en vigueur aujourd'hui, c'est à dire servir des repas équilibrés", dit-elle. "Nous n'avons pas à nous préoccuper au sein de l'école - qui est laïque - de tout désir qu'il soit ou cultuel, ou philosophique".

"Le porc, on n'en sert pas si souvent que ça. Les jours où il y a du porc, les enfants ne mangent pas de porc, et les parents ré-équilibrent la ration journalière en protéine le soir, c'est aussi simple que ça".

Pas pour Francois Pupponi, maire de Sarcelles, une ville de banlieue parisienne connue pour la diversité de ses habitants et son importante communauté juive.

"Ceux qui ont des positions aussi extrêmes (...) ne comprennent pas qu'ils sont en train d'arriver à l'effet inverse de ce qu'ils recherchent", estime-t-il.

"Ils vont finir avec une école publique laïque... mais ils n'auront plus personne. Tous ceux qui sont croyants partiront et l'école publique ne sera plus le lieu du brassage, le lieu du dialogue et de l'éducation pour tous".

A Sarcelles, beaucoup d'enfants juifs fréquentent des établissements privés faute de menu kasher dans les écoles publiques, souligne François Pupponi."Et aujourd'hui, le phénomène commence avec les musulmans", dit-il.

Que penser alors des repas végétariens âprement défendus par Yves Jégo ?

Trop coûteux, difficile à équilibrer et probablement boudés par les enfants, estiment les critiques.

C'est pourtant l'option retenue par le maire de la ville de Saint-Etienne (centre-est), Gaël Perdriau, qui les a introduit depuis janvier.

Désormais, 15% des enfants optent pour le menu végétarien, souvent composé d'une salade de lentilles, d'une omelette avec riz et carottes, fromage et fruit.

"C'est une solution qui répond aux différentes questions - végétarien ou la question cultuelle - sans rentrer dans les débats que je trouve un petit peu malsains de dire +si vous n'aimez pas tel ou tel aliment vous n'avez qu'à ne pas les manger", estime le maire.

mbx/mw/ia

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