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05/09/2015 08:14 EDT | Actualisé 05/09/2016 01:12 EDT

RD Congo: craignant l'insécurité, les déplacés de Mugunga III refusent de rentrer

"Quand on a entendu parler de la fermeture des camps, on est resté: comment peut-on rentrer alors qu'il n'y a pas la sécurité ?" Comme Adolphe, de nombreux déplacés préfèrent vivoter au camp Mugunga III tant que des rébellions sévissent dans l'est de la République démocratique du Congo.

Âgé aujourd'hui de 45 ans, Adolphe était cultivateur dans le territoire verdoyant et tout en collines de Masisi quand il a fui en 2007 la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), une des nombreuses milices à l'origine de la violence qui déstabilise la riche province minière et agricole du Nord-Kivu depuis plus de vingt ans.

Il a parcouru plus de 100 kilomètres avant d'arriver à Mugunga III, à la sortie ouest de Goma, la capitale du Nord-Kivu.

Chez lui, la "guerre" continue, dit-il, citant l'activisme de groupes armés comme les FDLR, la rébellion hutu rwandaise des Forces démocratiques de libération du Rwanda, dont plusieurs chefs et combattants sont accusés d'avoir participé au génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda avant de s'exiler dans l'Est congolais.

"Il n'y a pas moyen de rentrer là-bas pour aller cultiver les champs", insiste l'homme qui s'est improvisé cordonnier et vit dans un petit abri avec sa femme et ses neuf enfants.

Son voisin Dieudonné, 50 ans, se rend parfois dans son village dans le Masisi. "Mais chaque fois, il y a des morts, des attaques pendant la nuit", affirme-t-il. Alors cet enseignant, malade, végète au camp, où il se nourrit grâce à la "quémanderie".

En novembre 2013, l'armée congolaise, appuyée par la Mission de l'ONU (Monusco), a défait au nord de Goma le Mouvement du 23 mars (M23), qui s'était constitué sur les cendres du CNDP.

Peu après, le gouverneur provincial Julien Paluku a décrété que la paix était revenue et que les camps devaient fermer à brève échéance, estimant qu'ils dissuadaient les investissements nécessaires au développement.

- Accalmie 'cyclique' -

Pour les autorités, les camps forment aussi "des poches d'insécurité et de caches d'armes".

En décembre 2014, le camp de Kiwanja - ville située à une soixantaine de kilomètres au nord de Goma et qui fut un des fiefs du M23 - a été brutalement fermé, sans consultation avec les organisations humanitaires, qui ont dénoncé cette mesure.

Depuis lors, deux sites d'accueil de déplacés ont été fermés et d'autres sont en voie de l'être. L'ONU appelle régulièrement les autorités à agir dans le respect des "règles humanitaires internationales".

Mugunga III a recueilli les déplacés des camps fermés qui ne pouvaient pas rentrer à cause de la guerre, de leur grand âge ou de leur handicap. Sa population est néanmoins passée de 12.300 personnes en mars 2014 à environ 5.000 aujourd'hui.

"Il y a eu un mouvement de retour organisé par le gouvernement [...] avec l'appui du Japon", explique Jean-Marie Masumbuko, administrateur du camp pour la Commission nationale pour les réfugiés, organe du ministère de l'Intérieur.

Cette mesure a fait grincer des dents du côté des humanitaires, pour qui elle viole le principe selon lequel tout retour doit être volontaire. D'autant que la situation sécuritaire reste fragile même dans des zones a priori pacifiées.

Lorsque l'armée est "obligée de redéployer ses éléments" sur d'autres fronts, les rebelles reprennent position, entraînant une accalmie seulement "cyclique", témoigne Vicky Prekabo, du Bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha) à Goma.

Le Nord-Kivu compte aujourd'hui 57 camps et 600.000 déplacés, qui se plaignent du manque d'eau, de soins et de nourriture: certains n'arrivent pas à trouver un petit emploi et, faute de fonds, l'aide du Programme alimentaire mondial (PAM) est réduite à la portion congrue.

Malgré tout, "c'est vraiment difficile [de rentrer] car il y a toujours la guerre", explique Patience, 40 ans, enceinte de huit mois, qui dit avoir perdu son mari dans le camp, décédé d'une maladie. "Si l'État ferme les camps, il doit décider où il va nous replacer."

Après avoir rencontré mardi à Goma la directrice adjointe d'Ocha, Kyung-wha Kang, M. Paluku a promis la création prochaine d'un "cadre de concertation entre le gouvernement et les ONG" pour "déterminer la fermeture de certains camps" dans le respect du droit humanitaire.

hab/mj/jhd

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