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05/09/2015 00:45 EDT | Actualisé 04/09/2016 01:12 EDT

La Somalie déchirée et oubliée: le photographe Mohamed Abdiwahab témoigne

"Quand je revois le petit Daoud, tout sourire, béquilles aux mains, tapant de sa jambe folle le ballon de football, je me dis que je dois continuer à témoigner, à espérer en la Somalie", déclare le photographe de l'AFP Mohamed Abdiwahab.

Ce garçon de 9 ans, sévèrement handicapé par une attaque de poliomyélite, est immortalisé dans un de ses clichés exposés à Perpignan (sud de la France), "la Somalie broyée", dans le cadre du 27e Visa pour l'Image, grand festival international de photo-journalisme.

Daoud n'est jamais absent de la pensée de ce photographe de 28 ans qui a tout appris du métier par lui-même jusqu'à devenir depuis 2011 un grand reporter d'agence en Somalie.

"Le garçon jouait au foot devant chez lui", une bicoque de bâches et de tôles, dans le camp de réfugiés de Sayyid à Mogadiscio. "Il m'a dit: 'Tu viens jouer avec moi'", juste à la veille de la Coupe du Monde 2014. "Il était plein de vie et plein d'espoir pour l'avenir, indifférent à ses difficultés physiques", évoque avec émotion Abdiwahab.

Pour lui aussi, "qui est devenu mon ami, je témoigne. Je dois montrer au monde que nous n'arrêtons pas de mourir", explique-t-il à une consoeur de l'AFP.

Déchirée par une guerre sans fin déclenchée en 1991 après le renversement du dictateur Siad Barré, la Somalie n'est guère plus "couverte", malgré des attentats meurtriers quasi quotidiens, si ce n'est par Mohammed Abdiwahab et quelques autres.

"C'est un choix de tous les moments car prendre des photos peut constituer un risque si cela ne plaît pas" aux parties en présence. Ce conflit oppose notamment un gouvernement soutenu par l'Occident et une force armée de l'Union africaine, aux islamistes shebab.

- Un quotidien misérable -

Le quotidien en Somalie, c'est la misère, le chaos, les attaques.

Un cliché d'Abdiwahab capte une mère traversant une rue, la tête tournée vers une voiture en flammes. Elle tient par la main, sa fille, grimaçante.

Plus loin, un homme s'adresse à des badauds, et, le bras tendu, désigne une autre explosion mortelle.

Ou encore, des déplacés ramassant sous un seul arbre, en plein soleil, leurs baluchons après la destruction de leurs abris de fortune.

Mais les images que le reporter préfère ce sont celles des joies ressenties malgré l'enfer: deux adolescents portent sur leur tête deux énormes poissons. L'oeil est brillant de satisfaction et la commissure des lèvres trahit la fierté.

Pour le directeur photo de l'AFP, Francis Kohn, Mohamed Abdiwahab, "encore si jeune, a un talent extraordinaire. Il a un vrai talent de photographe alors qu'il n'a été dans aucune école".

L'enfant qu'il était en pleine guerre avait déjà un rêve.

"J'ai toujours voulu être photographe. Un ami, voisin, m'a alors donné un vieil appareil. J'avais 15 ans".

"On ne m'a jamais rien enseigné. J'ai appris sur le tas", dit-il, s'excusant de ne pas "avoir été longtemps à l'école à cause de la guerre".

"Mais je suis mis à décrire à travers mon objectif ce que je voyais. Et mon ami m'a dit 'ici ça va', 'là non'". Jusqu'au jour où il s'est exclamé en regardant un de mes clichés: c'est comme cela que j'aurais dû le prendre".

Sa carrière commence alors localement. Il a 16 ans.

"Mes parents ne sont toujours pas d'accord", confie celui qui sort pour la première fois de son pays en venant à Perpignan. "Ils tremblent à chaque instant". Mohamed a assisté aux funérailles de 20 collègues et cite "une trentaine de journalistes morts" depuis qu'il a commencé à travailler pour l'AFP en 2011.

"Si tu perds ton ami, tu te dis que c'est peut-être ton tour demain".

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