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05/09/2015 01:07 EDT | Actualisé 04/09/2016 01:12 EDT

En Inde, la croissance revient mais sans l'emploi, suscitant la frustration

La croissance en Inde a atteint 7% entre avril et juin, soit l'une des plus fortes au monde, mais les récentes manifestations violentes qui ont touché l'Etat du Premier ministre Modi trahissent une frustration croissante sur le manque de retombées sur l'emploi, selon les experts.

Narendra Modi a promis relance de la croissance, des investissements étrangers et de l'emploi lors de son accession au pouvoir en mai 2014, montrant en exemple la prospérité de l'Etat du Gujarat (ouest) qu'il a dirigé pendant 13 ans comme preuve de ses compétences.

Mais l'immense foule réunie la semaine passée dans cet Etat par la caste de Patidars, une communauté aisée de propriétaires terriens et d'entrepreneurs, pour réclamer un meilleur accès aux emplois de fonctionnaires et à l'université, suscite le doute sur la réussite supposée du "modèle Gujarat".

Pour l'économiste Sunil Kumar Sinha, l'absence de solides perspectives d'emploi chez les jeunes explique largement ce mouvement de protestation.

"On a beaucoup encensé le modèle de croissance du Gujarat. Mais si c'était une telle réussite, le mouvement des Patels (Patidars) n'aurait pas dû avoir lieu", dit Sinha, économiste de l'agence de notation India Ratings and Research.

"Le gouvernement peut peut-être dire à juste titre qu'il a dopé la croissance, ou construit des routes ou fourni de l'électricité 24H/24 mais la question est : ce modèle crée-t-il assez d'emplois? Si ce n'est pas le cas, la contestation monte".

Les Patels demandent de pouvoir accéder aux quotas d'emplois et de formations réservés aux castes les plus défavorisées, un sujet sensible en Inde. La loi prévoit de tels quotas réservés aux "dalits" (les intouchables) et d'autres castes défavorisées pour contrebalancer la discrimination historique dont ils souffrent.

"Soit tout le monde, soit personne devrait avoir accès" à ces quotas, a estimé Hardik Patel, 22 ans, le jeune meneur de ce mouvement.

Certains observateurs estiment que le leader des Patels est mû par des intérêts plus politiques qu'économiques et l'accusent de jouer du ressentiment de sa communauté pour accroître sa popularité.

Mais les analystes soulignent que la frustration d'une partie de la population est réelle. L'Inde a connu une croissance à deux chiffres au début des années 2000 et veut renouer avec un rythme de 8%, nécessaire pour fournir un emploi aux millions de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail.

- Main-d'oeuvre inadaptée -

Pour Edward Rodrigues, professeur de sociologie à la Jawaharlal Nehru University de New Delhi, l'Inde n'a pas su adapter la formation de sa population active à la libéralisation de son économie dans les années 90.

"Nous n'avons jamais fait l'effort d'avoir une main-d'oeuvre formée", a-t-il dit.

"Cela a abouti à la création d'une armée d'employés pour l'Etat qui n'ont pas les compétences pour travailler dans un environnement de libre concurrence".

Le taux de chômage était de seulement 3,6% en Inde en 2013, selon la Banque mondiale, mais ce chiffre cache l'ampleur du sous-emploi, un problème endémique en Inde où les postes de fonctionnaires sont très recherchés.

Cette question a resurgi avec acuité récemment dans l'Etat du Chhattisgarh (est) où 75.000 personnes, dont des ingénieurs, ont postulé pour un des 30 postes d'homme à tout faire proposé par le gouvernement.

Les autorités, qui anticipaient 2.000 à 3.000 candidats, ont qualifié ce chiffre d'"irréel".

Par ailleurs, des millions de travailleurs du privé ont fait grève mercredi pour protester contre la faiblesse de leur salaire et les projets du gouvernement de Modi de simplifier la législation sur le travail, très complexe et touffue.

Parmi eux, des dizaines de milliers de vendeurs de rue qui estiment ne pas voir les fruits de la croissance indienne.

"La jeunesse de ce pays a soif d'ascension social, elle veut des emplois", a dit Dharmendra Kumar, président de la fédération des vendeurs de rue.

"Nous assistons à un phénomène de décroissance dans l'économie organisée. La seule option est alors pour ces gens de se lancer dans le secteur informelle, en créant leur emploi".

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