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03/09/2015 08:25 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

RDC : la parole est à la défense dans le procès Ntaganda devant la CPI

La parole a été à la défense jeudi dans le procès devant la Cour pénale internationale (CPI) de l'ancien chef de guerre congolais Bosco Ntaganda qui devait s'exprimer dans la journée pour la première fois depuis sa reddition en 2013.

"Je vais vous raconter l'autre facette du récit que nous avons entendu hier, car c'était bien un récit, Messieurs les juges : tout reste à prouver!", a déclaré l'avocat de la défense, le Canadien Stéphane Bourgon.

Bosco Ntaganda, 41 ans, est accusé de 13 crimes de guerre et cinq crimes contre l'humanité, dont des meurtres, pillages, attaques contre des civils, viols et esclavage sexuel en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo.

L'accusé était chef adjoint de l'état-major général des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), milice à prédominance Hema qui visait, selon l'accusation, les populations perçues comme appartenant aux ethnies Lendu, Bira et Nande.

Il a brièvement plaidé non coupable mercredi lors de la première journée du procès.

Devenu général dans l'armée congolaise de 2007 à 2012, Bosco Ntaganda était le fugitif le plus recherché dans la région des Grands Lacs jusqu'à ce qu'il se rende, de manière inopinée, à l'ambassade des Etats-Unis à Kigali, au Rwanda, en mars 2013, pour demander son transfert à la CPI.

Alors que les raisons de cette reddition restent obscures, l'ancien rebelle devait s'exprimer pour la première fois en fin de journée, une fois les déclarations liminaires de ses avocats terminées.

- 'Un soldat professionnel' -

La procureure Fatou Bensouda avait détaillé mercredi les accusations retenues contre M. Ntaganda, qui a gardé sa fine moustache emblématique, et notamment évoqué l'organisation "à grand échelle et systématique" de viols sur la population civile et au sein de sa propre milice.

M. Ntaganda est le premier accusé en droit pénal international qui doit répondre de viols et esclavage sexuel commis sur ses propres troupes.

"La réalité de ce qu'il s'est passé en 2002-2003 est tout autre", a ajouté M. Bourgon : "M. Ntaganda n'est pas un politicien, et ne l'a jamais été : c'est un soldat professionnel".

Affirmant que son client n'avait jamais pris de civils pour cible, il a évoqué le passé de Bosco Ntaganda au Rwanda, où il s'est battu pour mettre fin au génocide des Tutsis par les Hutus en 1994, et en RDC, où il avait rejoint la rébellion de Laurent-Désiré Kabila qui mettra fin en 1997 à la longue dictature de Mobutu Sese Seko.

Pour prouver la culpabilité de M. Ntaganda, l'accusation devrait présenter plus de 8.000 documents, dont des rapports d'experts, des extraits vidéos et des déclarations. Plus de 70 "témoins de faits" et une dizaine d'experts seront cités à comparaître.

- Images macabres -

L'accusation a notamment évoqué mercredi un civil lendu qui avait découvert en février 2003 dans un champ de bananes les corps de sa femme et de ses quatre enfants : son jeune fils avait été éviscéré et égorgé, tout comme sa femme. Sa fille, un bébé âgé de sept mois, avait la tête fracassée.

"Il ne s'agit pas du procès d'un groupe ethnique, c'est le procès d'un individu qui a profité des tensions ethniques en Ituri à des fins personnelles, pour atteindre le pouvoir et la richesse", avait affirmé la procureure.

L'un des deux avocats représentant les victimes, Dmytro Suprun, a également évoqué jeudi une jeune femme qui essayait d'échapper à une attaque en rampant. Les miliciens "l'ont rattrapée et l'ont tuée, elle et son bébé, à coups de machette", a-t-il affirmé.

Le premier témoin de l'accusation doit s'exprimer le 15 septembre.

Ces conflits, qui ont impliqué les armées d'au moins six nations africaines dans cette région riche en minerais, ont entraîné des violences inouïes sur les civils, ont causé la mort de trois millions de personnes, selon les ONG, et créé une instabilité profonde dans l'Est congolais.

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