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03/09/2015 00:45 EDT | Actualisé 02/09/2016 01:12 EDT

Guatemala : une économie en bonne forme apparente, rongée par la corruption

Son PIB est en croissance, sa monnaie forte : si le Guatemala est considéré comme l'une des économies les plus solides d'Amérique centrale, le pays est rongé par la corruption, dont le coût pour les recettes fiscales est considérable.

"L'économie du Guatemala connaît une croissance très stable, avec une hausse de 3 à 4% par an (du PIB) ces dernières années", explique Francisco de Paula Gutierrez, professeur à l'école de commerce Incae, au Costa Rica.

Ses principaux partenaires commerciaux ? Les Etats-Unis et l'Amérique centrale.

Le Guatemala exporte principalement "du café, des bananes, du sucre, des produits textiles", précise le professeur, qui salue aussi la stabilité de sa monnaie, le quetzal, alors que la plupart des monnaies latinoaméricaines ont fondu ces derniers mois.

"Mais ses indicateurs en termes de compétitivité, de développement humain, de pauvreté, sont très faibles", tempère-t-il aussitôt, l'expliquant par des recettes fiscales très basses, "autour de 10,5% du PIB", contre 34,1% en moyenne au sein de l'OCDE en 2014.

En Amérique centrale, "nous sommes dans le groupe de ceux qui ont la plus forte croissance", dit aussi Mynor Cabrera, économiste à la Fondation économique pour le développement (Fedes) au Guatemala.

Le pays compte "quatre moteurs forts : le secteur financier, les télécommunications, l'énergie et les industries d'extraction comme la mine et le pétrole", explique-t-il.

Mais lui aussi critique les faibles recettes issues des impôts : "Le Guatemala n'a pas la capacité, en termes de recettes fiscales, d'avoir des services publics de qualité".

C'est justement un scandale de corruption, au sein du service des douanes, qui a précipité la levée mardi, de l'immunité du président Otto Pérez, accusé par la justice de diriger ce réseau qui exonérait certains importateurs de taxes en l'échange de pots-de-vin.

"La corruption a mangé l'Etat", résume, désabusé, Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anticorruption Transparency International.

"Presque tous les services publics se sont effondrés", raconte-t-il, citant l'exemple des hôpitaux où "on doit demander aux gens d'acheter leurs propres fournitures, les familles doivent amener le coton, les ciseaux, car il y a le personnel mais aucun matériel, même le plus basique, pour s'occuper des patients".

Et, "dans l'éducation, on trouve des écoles construites il y a 50 ans, sans toit, sans pupitres pour tous les élèves, avec un sol en terre".

- 500 millions de dollars envolés -

Mais comment mesurer, concrètement, ce que coûte la corruption aux caisses de l'Etat ? L'Institut centraméricain d'études fiscales (Icefi) s'y est attelé il y a quelques semaines, en collaboration avec l'ONG Oxfam.

"Ce que nous avons trouvé, même si c'est très difficile de mesurer la corruption de par son côté obscur et ses multiples facettes, c'est que près de 30% du budget est vulnérable à la corruption", en raison du manque de transparence et de contrôles ou d'une législation ambiguë, explique Jonathan Menkos, directeur exécutif de l'Icefi.

Sur ce total, "si 20% se perdait effectivement en corruption - le niveau minimal observé dans le reste du monde - nous aurions une perte d'environ 4,2 milliards de quetzales, soit 500 millions de dollars" par an, ajoute-t-il.

Au final, "le coût de la corruption représente quatre fois le budget actuel du ministère public, chargé de lutter contre cette corruption", se désole-t-il.

Pour marquer le coup, l'institut a effectué des parallèles avec les dépenses de l'Etat, montrant le gâchis social que représente ce fléau dans un pays où 53,7% de la population vit sous le seuil de pauvreté selon la Banque mondiale.

Ces 500 millions de dollars évaporés, "ce sont plus ou moins les trois quarts du budget de la santé publique", "3,5 millions d'enfants sans alimentation à l'école" et "la perte d'environ 5.000 bourses en éducation".

Tout aussi grave, cet argent perdu représente "800.000 adolescents qui se retrouvent sans possibilité d'accès aux programmes de prévention de la violence, dans un pays où les jeunes sont la chair à canon du crime organisé", responsable de la majorité des 6.000 morts violentes enregistrées chaque année.

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