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03/09/2015 04:57 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

Guatemala : Otto Pérez, le général poussé à la démission par un scandale de corruption

Salué comme signataire des accords de paix mettant fin à 36 ans de guerre civile au Guatemala, le président Otto Pérez, qui a démissionné après des poursuites pour corruption, est un ancien militaire de haut rang dont la population n'a pas pardonné les écarts de conduite.

A son arrivée au pouvoir en 2012, ce conservateur à la soixantaine sportive et aux cheveux poivre et sel promettait de lutter d'une "main de fer" contre la criminalité, dans ce pays d'Amérique centrale parmi les plus violents au monde.

D'un verbe sobre mais tranchant trahissant son passé de général, il comptait mettre à profit son expérience de 34 ans au sein de l'armée, opposée à une guérilla pendant un conflit ayant ravagé le pays et fait quelque 200.000 morts et disparus entre 1960 et 1996.

Quatre ans plus tard, même si la situation sur le front de la sécurité ne s'est pas améliorée, ce n'est pas cela que lui reprochent des milliers de Guatémaltèques.

S'ils manifestent depuis des mois, c'est pour dénoncer son implication présumée dans un vaste réseau de corruption dont il serait le "numéro un" selon le parquet et une Commission de l'ONU contre l'impunité (Cicig).

"C'est le prototype de l'homme politique guatémaltèque, très apprécié des élites qui ne veulent pas que les choses changent", soupire Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anti-corruption Transparency International.

"Sa plus grande erreur a été de croire dans le régime d'impunité" qui prévalait avant et mis à mal par la Cicig, ajoute-t-il.

- 'Un homme dangereux' -

Retranché dans le palais présidentiel, l'ex-responsable des services de renseignement militaire de 64 ans a martelé pendant des semaines qu'il ne partirait pas avant la fin de son mandat, avant de céder et présenter sa démission à quelques heures d'une audience devant le juge qui pouvait entraîner sa destitution automatique.

"Il vient d'une formation Kaibil (l'élite de l'armée guatémaltèque, ndlr) et les Kaibil ne se rendent jamais", racontait récemment à l'AFP la militante indigène Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix 1992.

"C'est aussi un homme de guerre, un homme des services de renseignement, un homme dangereux", qui "peut préparer des stratégies de choc" pour faire face aux manifestations, assurait-elle.

Ses soutiens assurent que le dirigeant a une grande capacité d'écoute. Il a également surpris en soutenant la légalisation des drogues comme moyen de lutte contre le narcotrafic.

Selon ses opposants, c'est surtout dans l'art de placer des proches à des postes-clés qu'il s'est illustré, afin notamment de contrôler l'organisme de collecte des impôts.

Né à Guatemala Ciudad le 1er décembre 1950, le "Général de la Paix", surnom qu'il aime à entretenir depuis qu'il a signé au nom de l'armée les accords ayant mis fin à la guerre en 1996, a raccroché l'uniforme il y a 15 ans pour faire son entrée en politique.

Une reconversion qui a failli tourner court, l'homme ayant échappé de peu, avec sa femme et sa fille, à une tentative d'assassinat en 2001, trois jours seulement après avoir créé son parti.

Battu au deuxième tour de la présidentielle de 2007 par Alvaro Colom, Otto Pérez avait ensuite fait campagne en 2011 en jean et bras de chemise orange, la couleur de sa formation, un nouveau style lui valant le surnom de "Général en jean".

Marié, père de deux enfants, il a été le premier militaire à parvenir au sommet de l'Etat depuis le retour à la démocratie en 1985, une ascension alors perçue comme un antidote à la corruption endémique au sein des administrations.

Mardi, il est devenu le premier président de l'histoire du pays à perdre son immunité, justement pour corruption présumée.

Formé à l'Ecole des Amériques, centre géré par les Etats-Unis spécialisé dans les méthodes contre-insurrectionnelles, et déjà inculpé à plusieurs reprises pour des cas de violation des droits de l'homme pendant la guerre civile, il a toujours nié ces accusations.

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