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03/09/2015 00:58 EDT | Actualisé 02/09/2016 01:12 EDT

Guatemala : le président visé par un mandat d'arrêt pour corruption

La justice guatémaltèque a émis mercredi un mandat d'arrêt à l'encontre du président Otto Pérez, accusé de corruption et privé de son immunité, à quelques jours seulement des élections générales dans le pays.

"Le mandat d'arrêt à l'encontre du président a été autorisé" par le juge Miguel Angel Galvez, en charge du dossier, a annoncé aux journalistes Julia Barrera, porte-parole du parquet.

Plus tôt dans la journée, l'avocat du président avait toutefois déposé un écrit dans lequel le mandataire s'engage à collaborer avec la justice.

Cela lui permet de se présenter librement devant le juge, sans y être amené par la force, même s'il doit désormais le faire au plus tôt.

Le président conservateur, un général en retraite de 64 ans au pouvoir depuis 2012, avait été privé mardi de son immunité par un vote à l'unanimité du Parlement, une mesure inédite dans l'histoire du Guatemala et célébrée par une foule d'habitants.

Dès mardi soir, la justice lui avait interdit de sortir du territoire.

Et mercredi, la Cour constitutionnelle avait confirmé l'ouverture des poursuites en rejetant les recours déposés par le président pour suspendre la procédure.

Selon la loi guatémaltèque, le président peut rester à son poste même s'il perd son immunité et fait l'objet de poursuites pénales, sauf si un juge décrète son placement en détention provisoire, auquel cas il serait destitué et remplacé par son vice-président, Alejandro Maldonado.

Dans ce dossier, son ancienne vice-présidente Roxana Baldetti, démissionnaire en mai et également poursuivie, est déjà en détention provisoire.

Otto Pérez est accusé par le parquet et une commission de l'ONU contre l'impunité (Cicig) d'avoir dirigé un système de corruption au sein des douanes, via lequel des fonctionnaires touchaient des pots-de-vin pour exonérer de taxes certaines importations.

- 'Possibles manifestations violentes' -

Alors que la justice dispose d'écoutes téléphoniques où l'on entend le président converser avec des membres du réseau frauduleux, la procureure générale Thelma Aldana s'est dit convaincue mercredi que le président finirait par être condamné.

"Il y a une procédure pénale" contre le chef de l'Etat, a-t-elle expliqué à l'AFP.

"Nous irons au procès, ensuite il y aura un verdict qui, selon mon appréciation et ce que je connais du dossier, devra être une condamnation", a-t-elle indiqué.

Malgré les nombreux appels à sa démission, Otto Pérez a répété sans relâche, ces dernières semaines, qu'il ne quitterait pas son poste avant la fin de son mandat, le 14 janvier 2016.

La procédure à son encontre survient à un moment de mobilisation populaire sans précédent dans ce pays pauvre d'Amérique centrale et à quelques jours seulement des élections prévues dimanche, auxquelles M. Pérez ne se représente pas, la Constitution n'autorisant qu'un seul mandat.

Les manifestants, qui protestent de manière pacifique chaque semaine depuis la révélation du scandale, en avril, réclament non seulement le départ du président mais aussi le report du scrutin, souhaitant d'abord une vaste refonte du système politique pour le purger de la corruption endémique.

Ce contexte atypique a amené mercredi le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) au Guatemala à mettre en garde contre "de possibles manifestations violentes", promettant d'être vigilant le jour du vote.

Dimanche, quelque 7,5 millions de Guatémaltèques, sur 15,8 millions d'habitants, sont appelés aux urnes pour désigner le successeur d'Otto Pérez, ainsi que 158 députés et 338 maires.

De nombreuses ONG ont rapporté des agressions de sympathisants de partis politiques contre des manifestants rejetant les candidatures présentées, ainsi que le meurtre d'une dizaine de candidats entre mars et août.

Mardi, la militante indigène Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix 1992, a appelé au calme "face au risque de débordements" dans son pays et espéré, dans un entretien à l'AFP, "passer cette journée du 6 septembre sans tache de sang".

Le Guatemala, marqué par 36 ans de guerre civile (1960-1996), reste l'un des pays les plus violents au monde avec 6.000 morts par an, en majorité causées par le crime organisé lié au trafic de drogue.

ka/jr