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03/09/2015 17:54 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

Guatemala : Alejandro Maldonado nouveau président, Otto Pérez au tribunal

Au lendemain de la démission d'Otto Perez, accusé de corruption et traduit en justice, le Guatemala est présidé, jusqu'en janvier, par Alejandro Maldonado qui a prêté serment jeudi, dans un climat de liesse populaire à trois jours des élections.

Devant le Parlement, M. Maldonado, jusque-là vice-président, a prêté serment sur la Constitution, avant de revêtir l'écharpe nationale, blanche et bleu ciel.

"Le nouveau gouvernement doit surgir de la nécessité d'inspirer la confiance et le rassemblement citoyen", a affirmé cet avocat et notaire de 79 ans, conservateur comme M. Pérez, en annonçant un remaniement ministériel complet.

M. Maldonado était jusqu'en mai l'un des cinq membres de la Cour constitutionnelle, avant d'être appelé à la vice-présidence pour remplacer Roxana Baldetti, démissionnaire puis placée en détention provisoire dans le cadre du même dossier de corruption impliquant Otto Pérez.

Ce dernier est accusé par le parquet et une commission de l'ONU contre l'impunité (Cicig) d'avoir dirigé un système de corruption au sein des douanes via lequel des fonctionnaires touchaient des pots-de-vin pour exonérer de taxes certaines importations.

Otto Pérez, au pouvoir depuis 2012, était interrogé depuis jeudi matin par le juge Miguel Angel Galvez, qui a émis mercredi un mandat d'arrêt contre lui, précipitant sa démission.

En costume sombre et cravate rouge, l'air préoccupé, l'ex-général de 64 ans a assuré sur une radio locale qu'il "affronter(ait) avec courage (la justice), car (il n'a) rien fait de mal".

Durant l'audience, il a paru gêné, baissant les yeux quand l'accusation diffusait plusieurs enregistrements téléphoniques le mettant en cause.

Le parquet a d'ores et déjà annoncé qu'il demanderait son placement en détention provisoire.

Le procureur Antonio Morales l'a accusé de "faire partie d'une bande criminelle qui opérait depuis mai 2014 avec l'objectif de voler l'Etat". Il a estimé que le dirigeant a pu recevoir 3,7 millions de dollars en pots-de vin. Mme Baldetti est, elle, soupçonnée d'avoir touché 3,8 millions, notamment via des chèques libellés à son nom.

L'audition du président, deux jours après avoir été privé de son immunité par un vote du Parlement - mesure inédite dans l'histoire du Guatemala -, survient à trois jours seulement du premier tour des élections présidentielle, législatives et municipales de dimanche.

M. Pérez n'était pas candidat, la Constitution n'autorisant qu'un seul mandat.

Devant le tribunal, une petite foule de Guatémaltèques célébrait jeudi les derniers événements, au son de sifflets et scandant "Otto, voleur, tu vas aller à Pavon", l'une des principales prisons du Guatemala.

- Appel au calme de l'ONU -

Malgré les nombreux appels à la démission, Otto Pérez avait répété ces dernières semaines qu'il ne quitterait pas son poste avant la fin de son mandat le 14 janvier prochain.

Il a finalement cédé à une mobilisation populaire sans précédent dans ce pays pauvre d'Amérique centrale, avec des manifestations pacifiques organisées chaque semaine depuis avril, quand le scandale a éclaté.

L'une des revendications était le report du scrutin pour permettre d'abord une vaste refonte du système politique pour le purger d'une corruption endémique.

Signe d'un renversement de situation, l'humoriste Jimmy Morales, candidat pour un parti de droite et sans expérience politique, est désormais en tête des intentions de vote à la présidentielle, selon un sondage publié jeudi.

A 46 ans, il est crédité de 25% des suffrages, dépassant Manuel Baldizon (droite, 22,9%), le favori jusqu'alors, et la sociale-démocrate Sandra Torres, ex-première dame, avec 18,4%, selon l'enquête effectuée quelques jours avant la démission du président.

Les deux places pour le deuxième tour du 25 octobre devraient donc se jouer entre ces trois candidats sur les 14 inscrits.

Le contexte atypique d'ébullition populaire a poussé le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, à appeler dans un communiqué "tous les Guatémaltèques à faire en sorte que les élections se tiennent dans un environnement pacifique".

Dimanche, quelque 7,5 des 15,8 millions d'habitants sont appelés aux urnes pour désigner le nouveau chef de l'Etat, ainsi que 158 députés et 338 maires.

Le Guatemala, marqué par 36 ans de guerre civile (1960-1996), reste, au plan mondial, l'un des pays enregistrant le plus de violences liées à la criminalité avec 6.000 morts par an.

bur-ka/gg