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03/09/2015 10:39 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

Guatemala : accusé de corruption, le président cède à la pression et démissionne

Après des mois d'intense pression populaire et à quelques heures d'une probable destitution sur des soupçons de corruption, le président du Guatemala Otto Perez a finalement démissionné, bouleversant le paysage politique de ce pays à quelques jours des élections.

Le dirigeant conservateur, au pouvoir depuis 2012, fera face "la conscience tranquille" aux poursuites pénales à son encontre, dit-il dans sa lettre de démission diffusée jeudi par les médias locaux.

Otto Perez est accusé par le parquet et une commission de l'ONU contre l'impunité (Cicig) d'avoir dirigé un système de corruption au sein des douanes grâce auquel des fonctionnaires touchaient des pots-de-vin pour exonérer de taxes certaines importations.

Le Parlement a commencé jeudi à 07H00 (13H00 GMT) à se réunir pour accepter officiellement sa démission.

Puis une session d'urgence aura lieu dans l'après-midi : le vice-président, Alejandro Maldonado, prêtera alors serment, à trois jours seulement du premier tour des élections présidentielle, législatives et municipales de dimanche. M. Perez n'était pas candidat, la Constitution n'autorisant qu'un seul mandat.

M. Maldonado, avocat et notaire de 79 ans, était jusqu'en mai l'un des cinq membres de la Cour constitutionnelle, avant d'être appelé à la vice-présidence pour remplacer Roxana Baldetti, démissionnaire puis placée en détention provisoire dans le cadre du même dossier que celui dans lequel est impliqué Otto Perez.

Ce dernier devait comparaître jeudi à 08H00 (14H00 GMT) devant le juge Miguel Angel Galvez, qui a émis mercredi soir un mandat d'arrêt contre lui, précipitant sa démission.

Le parquet va demander son placement en détention provisoire, selon la porte-parole du procureur, Julia Barrera.

Otto Perez, un général à la retraite de 64 ans, avait été privé mardi de son immunité par un vote à l'unanimité du Parlement, une mesure inédite dans l'histoire du Guatemala et qui a suscité la liesse de la population.

Dès l'annonce, dans la nuit, de sa démission, des dizaines de Guatémaltèques ont accouru devant la Cour suprême, au son des sifflets et scandant "Otto, voleur, tu vas aller à Pavon", l'une des principales prisons du Guatemala.

"C'est bien que les citoyens continuent avec courage et maturité ces mouvements sociaux", a commenté la militante indigène Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix 1992, venue célébrer la décision sur la place de la Constitution, où un autre groupe était réuni jeudi matin.

- Un acteur est le favori du scrutin -

Malgré les nombreux appels à sa démission, Otto Perez avait répété sans relâche, ces dernières semaines, qu'il ne quitterait pas son poste avant la fin de son mandat le 14 janvier prochain.

Il a finalement cédé à une mobilisation populaire sans précédent dans ce pays pauvre d'Amérique centrale, avec des manifestations pacifiques organisées chaque semaine depuis avril, quand le scandale a éclaté.

Les manifestants réclament le report du scrutin, souhaitant d'abord une vaste refonte du système politique pour le purger d'une corruption endémique.

Signe d'un véritable renversement de situation, l'acteur Jimmy Morales, entré dans la vie politique à l'occasion de la campagne actuelle, est désormais en tête des intentions de vote à la présidentielle, selon un sondage publié jeudi.

M. Morales, 46 ans, est ainsi crédité de 25% des intentions de vote, dépassant Manuel Baldizon (droite, 22,9%), le favori jusqu'alors, dans une enquête réalisée auprès de 1.202 personnes par l'institut Pro Datos pour le journal Prensa Libre.

A la troisième position, on trouve la social-démocrate Sandra Torres, ex-première dame, avec 18,4%, selon l'enquête effectuée du 23 au 29 août, soit avant la démission du président.

Les deux places pour le deuxième tour du 25 octobre devraient donc se jouer entre ces trois candidats sur les 14 inscrits pour le premier tour.

Le contexte atypique d'ébullition populaire a amené mercredi le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) au Guatemala à mettre en garde contre de "possibles manifestations violentes" le jour du vote.

Dimanche, quelque 7,5 millions de Guatémaltèques, sur 15,8 millions d'habitants, sont appelés aux urnes pour désigner le nouveau chef de l'Etat, ainsi que 158 députés et 338 maires.

Le Guatemala, marqué par 36 ans de guerre civile (1960-1996), reste, au plan mondial, l'un des pays enregistrant le plus de violences liées à la criminalité avec 6.000 morts par an, en majorité causées par le crime organisé.

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