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03/09/2015 03:36 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

France: les agriculteurs en colère en démonstration de force à Paris

Les agriculteurs français, en colère face à la chute de leurs revenus, ont engagé jeudi une démonstration de force en mobilisant plus d'un millier de tracteurs à Paris pour réclamer des aides et des réformes de fond avant une réunion européenne à Bruxelles la semaine prochaine.

Peu après 09H00 (07H00), la préfecture de police de Paris recensait 1.365 tracteurs et près d'une centaine d'autocars aux abords de la capitale.

Six convois convergeaient sans provoquer l'asphyxie redoutée du trafic, moins important qu'à l'ordinaire après de multiples appels des autorités incitant la population à utiliser les transports en commun.

Les manifestants ont accroché à leurs engins des slogans destinés à interpeller les citadins: "Paysans en détresse", "La mort est dans le pré", "France, n'abandonne pas tes paysans!".

Au total, la FNSEA, premier syndicat agricole du pays, et les autres organisations parties prenantes au mouvement ont prévu de mobiliser plus de 1.500 engins. Quelque 4.000 à 5.000 agriculteurs devaient aussi rejoindre la capitale en autocar et en train.

Une fois rassemblés à la porte de Vincennes, un des principaux points d'accès à Paris, dans l'est de la capitale, les différents cortèges entendaient rejoindre la place de la Nation, un rendez-vous classique des grandes manifestations parisiennes où ils camperont toute la journée.

Cette manifestation ne sera pas un "défilé folklorique ni une parade de tracteurs (...) Les agriculteurs sont déterminés", a mis en garde Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA.

Après une série de crises qui ont frappé les productions laitière, bovine et porcine, le syndicat a appelé les paysans à crier leur désarroi dans les rues de Paris "pour éviter que l'agriculture française ne parte en liquidation".

- 'On ne lâchera rien' -

"On ne lâchera rien, je pense que les Parisiens nous soutiendront", a confié Dimitri Ducher, 29 ans, éleveur de porcs à Plouigneau, en Bretagne.

"Les prix sont bas, il y de plus en plus de normes. Les normes, il en faut mais cela coûte. Les prix ne suivent pas, on n'arrive pas à faire la soudure", explique aussi Mathieu, 20 ans, qui tient une exploitation laitière en Picardie (nord).

"Ce n'est pas notre première manif' mais ça n'a pas donné grand-chose jusqu'à présent. Là on va à Paris, il y a une réunion, si à 16H00 on est satisfait on repart, sinon on s'adaptera", menace-t-il.

Une délégation des protestataires doit se rendre dans la matinée à l'Assemblée nationale, escortée d'une dizaine de tracteurs. Puis les principaux dirigeants syndicaux seront reçus par le Premier ministre socialiste Manuel Valls.

Les agriculteurs, qui ont mené plus de 500 actions au cours de l'été en bloquant notamment plusieurs des sites touristiques les plus fréquentés de France, comme l'abbaye du Mont-Saint-Michel (ouest) ou le château de Chambord (centre), attendent un "engagement de la part des pouvoirs publics" en faveur des exploitants aux trésoreries exsangues.

En premier lieu, ils réclament un "année blanche pour les traites bancaires afin de redonner du souffle aux exploitations et de leur permettre de payer leurs fournisseurs", selon Dominique Barrau.

Le gouvernement a annoncé le 22 juillet un plan d'urgence pour les éleveurs de 600 millions d'euros, dont 100 millions d'annulations de charges et cotisations et 500 millions de reports.

Au-delà de mesures financières de court terme, le monde agricole réclame aussi une "pause" dans l'empilement réglementaire et normatif qui plombe selon eux les producteurs français au profit de leurs concurrents européens.

"Le gouvernement travaille pour apporter des réponses", a assuré le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, ajoutant que le conseil européen de l'agriculture lundi à Bruxelles permettra de les compléter.

Le contexte mondial est globalement défavorable aux producteurs français, entre l'embargo russe sur les produits agroalimentaires, la fin des quotas laitiers en Europe et le ralentissement économique de la Chine qui réduit ses achats agricoles.

Les agriculteurs dénoncent aussi la guerre des prix entre les enseignes de la grande distribution, qui tire toute la chaîne de production vers le bas.

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