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03/09/2015 08:55 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

France : les agriculteurs débarquent en force crier leur colère à Paris

"France, n'abandonne pas tes paysans !" : derrière cette bannière, parmi d'autres, des milliers d'agriculteurs français en colère ont déferlé jeudi sur Paris avec plus de 1.500 tracteurs, une démonstration de force pour appeler à secourir un secteur en profonde crise.

Les manifestants réclament au gouvernement socialiste de nouvelles aides financières face à l'étranglement de leurs exploitations et des réformes de fond, à quatre jours d'une réunion européenne à Bruxelles, lundi prochain.

Sur les engins garés autour de la place de la Nation, dans l'est de la capitale, les slogans étaient éloquents : "La mort est dans le pré", "Qui sème la misère récolte la colère", 'Nos charges nous tuent", "Convoi de la dernière chance".

En tête des protestataires figuraient de nombreux jeunes exploitants de l'ouest de la France, région très touchée par les crises laitière et porcine.

"Les Parisiens nous approuvent. Partout sur les ponts, ils nous attendaient pour nous saluer ce matin. On se sent soutenus, ça remonte le moral", a confié à l'AFP Christian, 49 ans, éleveur de l'Aveyron (sud), évoquant le taux de suicide élevé dans les campagnes, "un tous les deux jours, hommes et femmes".

La FNSEA, premier syndicat agricole français, attendait plus de 1.700 tracteurs au total ainsi que 4.000 à 5.000 manifestants venus en autocar et en train. En début d'après-midi, les autorités recensaient plus de 1.600 engins et une centaine d'autocars.

L'arrivée des convois dans la capitale n'a pas provoqué l'asphyxie redoutée du trafic, très inférieur à l'ordinaire jeudi matin après les appels des autorités à utiliser les transports en commun.

Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, espérait "pouvoir faire des annonces vers 15H00 (13H00 GMT) devant les troupes", au sortir d'une rencontre à la mi-journée avec le Premier ministre Manuel Valls.

"La mobilisation est à la hauteur de l'exaspération", a déclaré M. Beulin au quotidien Le Figaro. Cette manifestation n'est pas un "défilé folklorique, ni une parade de tracteurs (...) Les agriculteurs sont déterminés", a renchéri Dominique Barrau, le numéro deux du syndicat.

- 'On a loupé le coche' -

"J'ai un lit dans la bétaillère, tout ce qu'il faut", a déclaré Christian Ribet, un manifestant breton prêt à poursuivre la mobilisation au-delà de la journée.

"Les prix sont bas, il y a de plus en plus de normes. Les normes, il en faut, mais cela coûte. Les prix ne suivent pas", déplorait Mathieu, 20 ans, producteur laitier en Picardie (nord).

Après plus de 500 actions cet été, les agriculteurs attendent une aide des pouvoirs publics aux exploitants dont les trésoreries sont exsangues, notamment une "année blanche pour les traites bancaires" afin "de leur permettre de payer leurs fournisseurs", selon Dominique Barrau.

Le gouvernement a annoncé le 22 juillet un plan d'urgence pour les éleveurs de 600 millions d'euros d'annulations ou de reports de charges.

Les manifestants revendiquent aussi une "pause" dans l'empilement de règlements et de normes qui, assurent-ils, les handicape face à leurs concurrents européens.

Lait, porc, boeuf, céréales, sucre : les principales filières de la première puissance agricole d'Europe traversent une crise aggravée par la surproduction, la chute des cours mondiaux et la guerre des prix dans la grande distribution, qui tire leur rémunération vers le bas.

Le contexte international est défavorable, entre l'embargo russe sur les produits agroalimentaires, la fin des quotas laitiers en Europe et le ralentissement économique de la Chine, qui réduit ses achats agricoles et où la demande de lait a chuté.

Paris réclame à Bruxelles un soutien à ses producteurs laitiers et une revalorisation du prix d'intervention, mécanisme européen activé en cas d'effondrement des cours.

Pour le sociologue du monde rural François Purseigle, le malaise est toutefois plus profond. Selon lui, l'agriculture française, au modèle éclaté avec un demi-million d'exploitations, a "loupé le coche" de la mutualisation des investissements, des économies d'échelle et des attentes de la société en matière de "normalisation environnementale".

"Aujourd'hui, elle hérite d'un schéma dépassé et ceux qui en paient le prix, ce sont les exploitants", analyse cet expert.

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