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03/09/2015 06:29 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

France: les agriculteurs débarquent en force crier leur colère à Paris

"France, n'abandonne pas tes paysans!": derrière cette bannière, parmi d'autres, les agriculteurs français en colère ont engagé jeudi une démonstration de force en déployant plus d'un millier de tracteurs à Paris pour appeler à secourir un secteur en profonde crise.

Les manifestants réclament du gouvernement socialiste de nouvelles aides financières pour desserrer l'étranglement de leurs exploitations et des réformes de fond, à quatre jours d'une réunion européenne à Bruxelles lundi prochain.

Après une nuit de bivouac à proximité de la capitale, quelque 1.400 tracteurs répartis en six convois ont pénétré en milieu de matinée dans Paris. Direction: la place de la Nation, dans l'est de la ville, où ils entendent camper toute la journée.

Au son de chants celtes, leurs engins décorés de drapeaux bretons, de nombreux jeunes agriculteurs de l'ouest du pays, très touché par les crises laitière et porcine, avaient pris la tête du cortège.

Selon la FNSEA, premier syndicat agricole français, plus de 1.700 tracteurs doivent se déployer au total dans la capitale, renforcés par 4.000 à 5.000 manifestants venus en autocar et en train. La préfecture de police de Paris en recensait dans la matinée un peu moins de 1.400 ainsi que près d'une centaine d'autocars.

L'arrivée des convois n'a pas provoqué l'asphyxie redoutée du trafic, trois fois moins important qu'à l'ordinaire jeudi matin après de multiples appels des autorités pour inciter la population à utiliser les transports en commun.

Les manifestants ont accroché à leurs engins des slogans destinés à interpeller les citadins: "Paysans en détresse", "La mort est dans le pré" ou encore "Nos charges nous tuent".

Les principaux dirigeants syndicaux devaient être reçus à la mi-journée par le Premier ministre, Manuel Valls.

"La mobilisation est à la hauteur de l'exaspération", a déclaré le président de la FNSEA, Xavier Beulin, au quotidien Le Figaro. Cette manifestation n'est pas un "défilé folklorique ni une parade de tracteurs (...) Les agriculteurs sont déterminés", a mis en garde Dominique Barrau, le numéro deux du syndicat.

- 'On a loupé le coche' -

"On ne lâchera rien, je pense que les Parisiens nous soutiendront", a confié Dimitri Ducher, 29 ans, éleveur de porcs breton.

"Les prix sont bas, il y de plus en plus de normes. Les normes, il en faut mais cela coûte. Les prix ne suivent pas", explique aussi Mathieu, 20 ans, producteur laitier en Picardie (nord).

Après plus de 500 actions cet été, les agriculteurs attendent un "engagement de la part des pouvoirs publics" en faveur des exploitants aux trésoreries exsangues, notamment une "année blanche pour les traites bancaires" afin "de leur permettre de payer leurs fournisseurs", selon Dominique Barrau.

Le gouvernement a annoncé le 22 juillet un plan d'urgence pour les éleveurs de 600 millions d'euros d'annulations ou de reports de charges.

Les agriculteurs français revendiquent aussi une "pause" dans l'empilement de règlements et normes qui, selon eux, les plombe au profit de leurs concurrents européens.

Lait, porc, boeuf, céréales, sucre: toutes les principales filières de la première puissance agricole d'Europe traversent une crise aggravée par la surproduction, la chute des cours mondiaux et la guerre des prix dans la grande distribution, qui tire leur rémunération vers le bas.

Le contexte international est particulièrement défavorable, entre l'embargo russe sur les produits agroalimentaires, la fin des quotas laitiers en Europe et le ralentissement économique de la Chine, qui réduit ses achats agricoles et où la demande de lait a chuté.

Paris réclame d'ailleurs à Bruxelles un soutien à ses producteurs laitiers et une revalorisation du prix d'intervention, mécanisme européen activé en cas d'effondrement des cours.

Pour le sociologue du monde rural François Purseigle, le malaise est toutefois plus profond. Selon lui, l'agriculture française, au modèle éclaté avec un demi-million d'exploitations, a "loupé le coche" de la mutualisation des investissements, des économies d'échelle et des attentes de la société en matière de "normalisation environnementale".

"Dans une exploitation allemande, dès les années 90, l'environnement ne faisait plus problème", explique-t-il à l'AFP. "Aujourd'hui, elle hérite d'un schéma dépassé et ceux qui en paient le prix, ce sont les exploitants", analyse l'expert.

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