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03/09/2015 14:10 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

France : le gouvernement annonce des aides aux agriculteurs en détresse sans convaincre

Des milliers d'agriculteurs français ont défilé jeudi à Paris avec leurs tracteurs pour dénoncer la chute constante de leurs revenus, qui menace la survie de nombreuses exploitations, et sont repartis déçus malgré l'annonce de nouvelles mesures gouvernementales.

Venus de toute la France, avec plus de 1.500 tracteurs, ces paysans en colère ont convergé vers Paris, où ils ont déployé des bannières éloquentes: "La mort est dans le pré", "Nos charges nous tuent", "Convoi de la dernière chance".

"Le désespoir, l'humiliation, la colère nous les entendons", leur a lancé le Premier ministre Manuel Valls, en milieu de journée, en dévoilant une série de mesures destinées à apaiser le monde rural, qui a déjà multiplié les actions coups de poing ces derniers mois.

Le chef du gouvernement a notamment annoncé une rallonge de 85 millions d'euros par rapport à un plan d'urgence de 600 millions dévoilé en juillet pour les éleveurs pris à la gorge financièrement.

Il a aussi promis une "pause" dans les normes, notamment environnementales, imposées aux agriculteurs, ainsi qu'une "année blanche" en 2015 pour le remboursement des dettes bancaires des agriculteurs en difficulté qui en feront la demande.

Enfin, les aides publiques à l'investissement seront portées à "350 millions d'euros par an pendant trois ans".

Ces annonces correspondent assez précisément aux grandes revendications détaillées par le premier syndicat agricole, la FNSEA, à l'origine de la mobilisation jeudi. Son président Xavier Beulin a d'ailleurs estimé que le gouvernement avait "entendu" le message des agriculteurs.

Mais son compte-rendu d'une rencontre avec Manuel Valls, d'un podium installé sur une grande place dans l'est de Paris, a suscité les huées des manifestants, surtout des plus jeunes agriculteurs, très remontés et déçus.

"Vendu !", "Démission !", "On va mettre le feu !", ont réagi certains d'entre eux.

"On n'a rien obtenu, pas de prix, aucune garantie", s'est énervé auprès de l'AFP Christophe Le Tyrant, éleveur de porcs dans l'ouest. "On a une +année blanche+ mais ça ne résout rien, à la fin de l'année on devra bien les payer, les traites".

Malgré tout, les agriculteurs, parfois en larmes, ont progressivement levé le camp en fin d'après-midi, sur leurs tracteurs et dans des bus, dans un grand concert de klaxons.

- 'J'en pleure' -

"On a fait le job mais on n'a pas été respecté. Regardez, j'en pleure. Mais il faut rentrer maintenant" pour s'occuper des fermes après plusieurs jours d'absence, a lâché Sébastien Laouzouen, un responsable du syndicat Jeunes agriculteurs dans l'ouest, pour apaiser ses troupes.

Voix cassée et yeux rougis, Emmanuel Enaud, ne cache pas son chagrin: "Oui je pleure. On n'a rien obtenu. Rien. Des allègements de cotisations ? Qu'est-ce que ça peut faire, on n'a plus de revenus !".

Seul motif de réconfort: "on voit que les Parisiens nous approuvent. Partout sur les ponts, ils nous attendaient pour nous saluer ce matin. On se sent soutenu, ça remonte le moral", relève Christian, 49 ans, un éleveur de l'Aveyron (sud).

Selon un sondage publié jeudi, 84% des Français disent effectivement "comprendre", 65% déclarant même "soutenir", la manifestation des agriculteurs, qui a causé peu de perturbations.

Alors que des embouteillages monstres étaient redoutés, les automobilistes avaient opté pour les transports en commun.

Lait, porc, boeuf, céréales, sucre : les principales filières de la première puissance agricole d'Europe traversent une crise aggravée par la surproduction, la chute des cours mondiaux et la guerre des prix dans la grande distribution, qui tire leur rémunération vers le bas.

Le contexte international est défavorable, entre l'embargo russe sur les produits agroalimentaires, la fin des quotas laitiers en Europe et le ralentissement économique de la Chine.

Pour le sociologue du monde rural François Purseigle, le malaise est toutefois plus profond. Selon lui, l'agriculture française, au modèle éclaté avec un demi-million d'exploitations, a "loupé le coche" de la mutualisation des investissements, des économies d'échelle et des attentes de la société en matière de "normalisation environnementale".

"Aujourd'hui, elle hérite d'un schéma dépassé et ceux qui en paient le prix, ce sont les exploitants", analyse cet expert.

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