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03/09/2015 07:13 EDT

La famille du petit Syrien mort noyé Alan Kurdi tentait d'émigrer au Canada (PHOTOS/VIDÉO)

AVERTISSEMENT: CERTAINES PHOTOS PEUVENT CHOQUER

Le voyage du petit naufragé syrien échoué sur une plage de Turquie, dont la photo a fait le tour du monde mercredi, aurait pu le mener au Canada. La famille de l'enfant a effectivement tenté d'obtenir le statut de réfugié au Canada, selon sa tante, qui habite au pays, et un député canadien.

Vêtu d'un t-shirt rouge et d'un short bleu, le petit garçon de trois ans gît face contre terre, inerte sur le sable d'une plage, victime d'un double naufrage qui a coûté la vie à 12 réfugiés syriens. Originaire de Kobani, une ville de Syrie adossée à la frontière turque, Alan Kurdi s'est noyé en compagnie de son frère de cinq ans, Gulip, et de sa mère, Reham. Seul son père, Abdullah, a réussi à gagner la rive vivant.

La sœur du père de la famille décimée, Fatima, habite Coquitlam, en Colombie-Britannique, depuis plusieurs années. Elle tentait de parrainer la famille de son frère afin que celle-ci puisse la rejoindre en sol canadien.

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La femme a approché le député de la circonscription New Westminster-Coquitlam, Fin Donnelly, en mars dernier pour qu'il l'aide dans ses démarches. « Elle s'inquiétait de la situation en Syrie et elle souhaitait aider sa famille à quitter le pays », a déclaré le député du NPD au réseau CBC, mercredi.

Leur demande a toutefois été refusée en juin dernier.

Rejeté par le Canada, la famille a ainsi décidé de se tourner vers la Grèce. La famille Kurdi faisait parti d'un groupe de 23 réfugiés qui se sont embarqués, à bord deux embarcations, à Bodrum, en Turquie, dans l'espoir de gagner l'île de Kos, en Grèce. La traversée la mer Méditerranée - longue de seulement quelques kilomètres à cet endroit - est réputée très dangereuse.

Les efforts de Fatima

Le député Donnelly a traversé la Chambre des communes, en mars dernier, pour remettre la lettre de demande de parrainage en main propre au ministre Alexander. « Il a dit qu'il l'examinerait, il m'a promis de l'étudier », a confié M. Donnelly, en entrevue au réseau CBC, mercredi. « Je croyais qu'il le ferait, mais nous avons reçu des requêtes - de son personnel au mien - pour obtenir de plus amples informations sur la famille. Nous avons transmis l'information et après plus rien. »

« Malheureusement, à partir de ce moment, nous avons attendu, attendu et attendu pendant des semaines qui se sont transformées en mois, et puis rien », a-t-il poursuivi.

« La dernière nouvelle que Fatima a reçue c'est la photo que vous avez montrée, que tant de personnes ont vue à travers le monde, qui est simplement horrifiante. »

— Finn Donnelly

« Je sais que Fatima a fait tout ce qui était en son pouvoir - et nous l'avons assisté au meilleur de nos compétences pour transmettre l'information au ministre et pour obtenir l'assentiment du gouvernement canadien - pour rapatrier sa famille », ajoute le député néo-démocrate.

Les demandes privées, effectuées par des familles comme celle de Fatima, devraient être traitées en priorité, selon M. Donnelly. Mme Kurdi avait fourni des garanties bancaires et dit qu'elle avait même payé le loyer de la famille en Turquie.

« Notre bureau a poussé aussi fort qu'il a pu pour obtenir une réponse [du ministère] [...] et pour les convaincre de l'importance de réunir cette famille, poursuit M. Donnelly. Mais nous n'avons jamais obtenu de réponse, c'est la plus grande frustration avec laquelle doit maintenant vivre Fatima. »

La photo du petit Syrien mort noyé montre «l'urgence d'agir»

La photo qui émeut le monde d'un petit Syrien de trois ans mort noyé dans le naufrage d'une embarcation de migrants tentant de rejoindre la Grèce montre «l'urgence d'agir», a réagi jeudi le premier ministre français, Manuel Valls.

«Il avait un nom: Alan Kurdi. Urgence d'agir. Urgence d'une mobilisation européenne», a tweeté le chef du gouvernement, en publiant une des photos montrant un policier turc portant le cadavre de l'enfant.

D'abord diffusée sur les réseaux sociaux, la photo du cadavre du bambin en culotte courte, échoué sur la plage, gisant face contre terre, s'affiche jeudi à la une de très nombreux quotidiens européens. Elle est revanche quasiment absente dans la presse française. Seul le quotidien Le Monde, qui parait en début d'après-midi, la reproduit en une de son édition datée de vendredi.

«C'est insoutenable», a réagi pour sa part la ministre française de l'Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, s'exprimant sur la télévision iTélé.

«Et en même temps, il ne faut pas qu'on se trompe de débat comme très souvent. Plus insoutenable encore que cette image - qu'il faut à mon avis montrer, parce qu'on ne doit pas détourner le regard - est la situation de ces migrants», a estimé Mme Vallaud-Belkacem.

«Certains se demandent si c'est pertinent de montrer ce genre de photo (...) Je trouve qu'il faut le faire, bien sûr», a estimé pour sa part la ministre française.

«Parce que nous devons ouvrir les yeux, nous devons être éclairés sur la réalité de ces migrations, de cette misère, de ces situations terribles qui poussent les migrants sur les routes avec leurs enfants au risque de leur vie», a-t-elle expliqué.

Les deux bateaux ayant fait naufrage étaient partis dans la nuit de mardi à mercredi de la ville côtière turque de Bodrum à destination de l'île grecque de Kos, l'un des plus courts passages maritimes entre la Turquie et l'Europe, lorsqu'ils ont chaviré, ont expliqué les garde-côtes turcs.

Rapidement prévenus par les cris des naufragés, les sauveteurs ont repêché 12 corps sans vie parmi lesquels celui d'Alan Kurdi, âgé de 3 ans et dont le frère, Galip, 5 ans, a aussi péri dans le naufrage, selon des médias turcs.

Les photos des deux frères et du corps d'Alan sur une des plages de la station balnéaire de Bodrum ont envahi les réseaux sociaux depuis mercredi matin.

«Depuis le début de l'année, ce sont plus de 2500 migrants qui sont morts noyés en Méditerranée», a rappelé la ministre Vallaut-Belkacem.

«Oui, nous avons une responsabilité, tous collectivement, et l'Europe en ce qui nous concerne, a une responsabilité, c'est pour ça que sur cette question des migrants il faut toujours se garder des discours définitifs», a-t-elle souligné.

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