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03/09/2015 14:00 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

En achetant Transaero, Aeroflot grossit mais sans pour autant se renforcer

Joli coup ou cadeau empoisonné ? La première compagnie aérienne russe Aeroflot va sortir grossie mais pas forcément renforcée de l'achat à prix modique de sa rivale en difficulté Transaero, dicté par les pouvoirs publics pour éviter une faillite.

Ancien monopole aérien soviétique encore contrôlé à 51% par l'Etat, Aeroflot a officiellement annoncé jeudi l'achat de 75% plus une action de Transaero, au prix symbolique d'un rouble (1,3 centime d'euro), disant se plier à une "directive" du gouvernement russe et évoquant une "situation financière extrêmement difficile" de sa concurrente.

La participation aux "procédures d'assainissement" de Transaero, dont les activités opérationnelles doivent passer sous le contrôle d'Aeroflot d'ici au 7 septembre, "est sans doute la décision la plus importante et la plus significative" prise ces dernières années, s'est félicité le président du conseil d'administration d'Aeroflot, Kirill Androssov.

Cette décision doit, selon lui, aider Aeroflot à atteindre son objectif de "transporter 70 millions de passagers par an d'ici à 2025".

Elle va en effet permettre à Aeroflot de renforcer sa domination dans le ciel russe avec une part de marché dépassant 50% du trafic aérien, contre 37% actuellement, et une flotte de plus de 300 appareils, soit plus que British Airways ou Alitalia.

L'autorité de la concurrence a d'ores et déjà fait savoir qu'elle ne verrait pas d'objections majeures.

Investisseurs et analystes n'ont cependant pas caché leur scepticisme lorsque la nouvelle a pour la première fois fuité mardi du gouvernement russe.

Malgré cette promesse de grandeur, la compagnie a perdu presque 10% de sa valeur en Bourse mardi et mercredi, ne suscitant pas d'enthousiasme concernant cet achat qu'elle n'a confirmé que du bout des lèvres.

"Je pense que les dirigeants d'Aeroflot ne sautent pas de joie, car ils ont devant eux un gros travail", a reconnu le directeur de l'autorité de la concurrence Igor Artemiev. Mais "on ne pouvait pas imaginer consacrer deux à trois ans à une procédure de faillite", a-t-il expliqué, cité par les agences de presse russes.

Créée en 1991, Transaero , deuxième compagnie russe et première privée, est étranglée par ses lourdes dettes depuis que le rouble s'est effondré fin 2014, plombé par la crise ukrainienne et la chute des cours du pétrole. La faiblesse de la monnaie alourdit les coûts liés au dollar, de la location en crédit-bail des avions à la maintenance technique en passant par le remboursement des crédits.

Les prix des billets pour les liaisons internationales ont flambé pour les Russes, confrontés à une chute de leur pouvoir d'achat. Or, la compagnie est particulièrement présente sur les destinations de vacances, de l'Asie aux Caraïbes, et elle a dû brader ses billets pour remplir ses avions.

- Hausse de prix ? -

Les pouvoirs publics, après avoir accordé une aide fin 2014, ont donc décidé de mettre à contribution la compagnie nationale, plutôt que de remettre la main au porte-monnaie sans garantie de succès.

"Le gouvernement a décidé de sauver Transaero de la faillite en forçant Aeroflot à l'acheter", ont résumé les analystes de la banque russe Gazprombank. D'après ces derniers, il s'agit d'"une mauvaise nouvelle à court terme" pour la compagnie publique : Transaero souffre d'une "dette gigantesque (...), son modèle d'entreprise est inefficace dans le contexte économique actuel" et l'intégration "s'annonce coûteuse et longue".

Aeroflot, elle-même dans le rouge actuellement, va voir son endettement fortement croître. Après avoir considérablement modernisé sa flotte et son image ces dernières années, elle va aussi devoir absorber une centaine d'appareils vieillissants, surtout des Boeing long-courrier.

"Je suis certain que personne à Aeroflot n'est content de cette acquisition", a commenté sur son blog l'opposant Alexeï Navalny, ancien administrateur de la compagnie publique. "Aeroflot a une flotte relativement jeune, contrairement à Transaero. Aeroflot, bien que massive et publique, fonctionnait davantage selon les règles du marché que Transaero".

"On crée un super-monopole et (...) tout le monde va en souffrir, en premier lieu nous autres consommateurs", a-t-il dénoncé.

Pour les analystes en effet, le principal avantage à long terme de cet achat pour Aeroflot réside dans l'affaiblissement de la concurrence, de nature à permettre une hausse des prix. Mais cette possibilité, ont tempéré les analystes de la banque VTB Capital, "est limitée par la baisse du rouble et la chute du pouvoir d'achat".

gmo/mp/bds

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