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03/09/2015 11:15 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

Dans le sud-est anglais, les "Corbynistas" rêvent d'un monde meilleur

Avec ses sandales, son air de prof à la retraite, Jeremy Corbyn n'a pas vraiment l'allure d'un futur chef du principal parti d'opposition britannique. Pourtant, il y a foule à Colchester (sud-est) pour écouter le nouveau ténor de la gauche radicale.

Jeremy Corbyn, 66 ans, est l'un des quatre candidats en lice pour prendre la tête du Labour et remettre le parti sur les rails après sa lourde défaite aux législatives de mai face aux conservateurs du Premier ministre David Cameron.

L'homme tranche avec ses trois rivaux, plutôt centristes. Corbyn, c'est un peu l'anti-Tony Blair, qui avait conquis le Labour, et le pouvoir, avec un mélange de charme et d'énergie dans les années 1990.

Moins de clinquant, plus de sobriété: c'est exactement ce que les "Corbynistas" -le petit nom de ses supporteurs- apprécient chez lui.

"Pour beaucoup de laissés-pour-compte, il est une source d'inspiration", explique Simon Davidian, un étudiant de 22 ans.

La foule venue l'écouter cet après-midi à Colchester est composée d'un mélange hétéroclite de jeunes Britanniques branchés et de militants plus âgés. Leur point commun? Ils rêvent d'un Labour qui retrouverait ses racines de gauche en s'extirpant du sillon centriste creusé par Tony Blair, Premier ministre de 1997 à 2007.

Corbyn, croient-ils, peut être celui-ci qui fera du Royaume-Uni un pays plus équitable, mettra fin aux politiques d'austérité des tories, et taxera davantage les plus fortunés.

- Corbyn "l'alternative" -

"Il représente une alternative idéologique, une vision du monde basée sur l'empathie et la coopération, plutôt que la compétition et l'ambition", assure Barry Smith, une infirmière à la retraite de 72 ans qui avait claqué la porte du Labour à la suite de l'intervention britannique en Irak, avant de reprendre sa carte grâce à Corbyn.

Chemise blanche sur maillot de corps et sandales -sa signature vestimentaire-, Corbyn fait montre de prudence quant à ses chances de remporter la primaire du Labour, qui livrera son verdict le 12 septembre.

"Nous ne savons pas quel sera le résultat, et il ne s'agit pas d'être exagérément optimiste. Mais ce moment que nous vivons est passionnant", dit-il à l'AFP, avant de s'adresser à son public dans un auditorium bondé.

Fidèle à son style, Corbyn fait dans la sobriété. Pas de petites phrases, pas de prompteur, pas de grands mouvements sur l'estrade. Il reste derrière une table, manches retroussées, s'exprime avec calme.

Pas forcément l'attitude d'un homme qui pourrait occuper l'une des fonctions politiques les plus importantes du pays, puisque le prochain chef du Labour sera le candidat naturel des travaillistes pour concourir au poste de Premier ministre, lors des prochaines élections législatives en 2020.

"Rester chez soi, crier sur sa télévision, et même jeter ses chaussures dessus, ou ses journaux, ou quoi que ce soit d'autre ne changera rien", dit-il.

"Nous faut-il vraiment vivre dans une société à ce point inégalitaire? Non!", lance-t-il.

- Corbyn "le dinosaure"-

Signe de l'intérêt croissant pour le candidat dans une Europe où les idées de la gauche radicale ont davantage d'écho, le discours, salué par une standing ovation, est suivi par des journalistes venus d'Espagne, d'Allemagne et de Suède.

Mais si Corbyn surfe sur la dynamique des primaires, avec des sondages largement favorables (53% des intentions de vote selon une récente enquête YouGov), les ennuis pourraient commencer une fois en place. Le fait est là: la plupart des députés travaillistes ne le soutiennent pas.

Le comté de l'Essex, entre autres, promet d'ailleurs à Corbyn bien des difficultés s'il se retrouve en 2020 en position de briguer le 10, Downing Street.

Cette terre abrite l'un des plus fameux stéréotypes de la politique britannique: l'"Essex Man", homme de classe moyenne, modeste et travailleur, attiré dans le giron conservateur par les baisses d'impôts des années Thatcher.

Dans ce comté, certains habitants se délectent d'une éventuelle victoire de Corbyn, à l'instar de David Henley, propriétaire de restaurants de fish and chips.

"Corbyn, c'est un genre de dinosaure", dit cet homme de 49 ans attablé devant une bière dans un pub de la ville. "Ce serait génial" qu'il l'emporte, dit-il. "Ca détruirait le Labour de l'intérieur".

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