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03/09/2015 14:04 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

Crise des réfugiés : Cameron sous pression politique et médiatique pour en faire plus

David Cameron, critiqué pour son manque d'implication dans la crise des migrants, a dû assurer jeudi que le Royaume-Uni se sentait concerné, face à la pression de responsables politiques européens, de l'ONU et des médias de son propre pays.

Le Premier ministre britannique était attendu au tournant après la publication à la une de tous les quotidiens britanniques de la photo du petit Syrien mort noyé, dont le corps sans vie a été retrouvé sur une plage turque.

D'autant que les mêmes journaux reprenaient ses propos de la veille lorsqu'il avait jugé que "le plus important était d'apporter la paix et la stabilité" aux régions en guerre, plutôt que de prendre en charge "de plus en plus de réfugiés".

Jeudi, David Cameron a repris la même formule en marge d'une visite d'une usine dans le nord de l'Angleterre. Mais il a surtout assuré que le Royaume-Uni se sentait "bien concerné" par la crise, et a insisté sur son émotion personnelle.

"Quiconque a vu ces photos ne peut qu'être touché et, en tant que père, j'ai été profondément ému à la vue de ce petit garçon sur une plage en Turquie. La Grande-Bretagne est une nation avec des valeurs morales et nous allons prendre nos responsabilités morales", a-t-il martelé devant les caméras.

"Nous accueillons des milliers de réfugiés et nous continuerons à le faire, en concertation avec nos partenaires européens", a-t-il ajouté, sans faire aucune annonce concrète.

Selon le Guardian, David Cameron pourrait annoncer dans les jours qui viennent que le Royaume-Uni accueillera "plusieurs milliers" de réfugiés syriens supplémentaires.

En attendant, les critiques continuaient de pleuvoir de toutes parts.

Jeudi, le Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Nils Muiznieks, a à son tour noté que le Royaume-Uni faisait "beaucoup moins" d'efforts que d'autres, "comme l'Allemagne et la Suède qui accueillent des milliers de Syriens".

Peter Sutherland, le représentant spécial des Nations unies pour les migrations internationales, avait tenu les mêmes propos mercredi soir, tandis que le ministre italien des Affaires européennes Sandro Gozi a appelé "tous les pays à prendre davantage de responsabilités", visant en particulier le Royaume-Uni, sur les ondes de la BBC.

- Pétition -

Londres se défend de tout désintérêt quant au sort des réfugiés syriens, rappelant avoir versé 900 millions de livres (1,2 milliard d'euros) d'aide depuis 2012.

Reste que les chiffres officiels ne sont guère flatteurs. Depuis mars 2014, le Royaume-Uni n'a accueilli que 216 "personnes vulnérables" en tant que réfugiés. Et seuls 5.000 Syriens ont y obtenu l'asile au cours des quatre dernières années, alors qu'ils sont plus de quatre millions à avoir fui leur pays depuis le début de la guerre civile en 2011.

Décrié à l'extérieur, le manque d'implication du Royaume-Uni est désormais aussi dénoncé en interne, y compris dans les colonnes du Sun, le tabloïd qui défendait jusque-là une position très dure envers les migrants, qu'une éditorialiste avait même comparés à des "cafards" au coeur de l'été.

Jeudi, le quotidien le plus vendu du pays a appelé "David Cameron à aider ceux qui sont pris dans un combat entre la vie et la mort".

"Monsieur Cameron, l'été est fini... maintenant gérez la plus importante crise à laquelle l'Europe doit faire face depuis la Deuxième Guerre mondiale", a titré le journal.

Quotidien de gauche, le Guardian a évoqué, quant à lui, des responsables allemands selon lesquels les demandes de réforme de l'Union européenne faites par David Cameron ne seraient pas satisfaites s'il "n'en fait pas plus" en faveur des migrants.

Les appels à plus d'aide aux migrants sont également relayés par les candidats à la tête du parti travailliste, en pleine campagne, les Eglises anglicane et catholique ou des personnalités comme l'actrice Emma Thompson.

Parallèlement, les initiatives locales se multiplient. Une manifestation pour défendre l'accueil de migrants est prévue pour le 12 septembre à Londres. Une pétition sur le site internet du Parlement britannique, allant dans le même sens, avait pour sa part recueilli plus de 200.000 signatures jeudi après-midi.

Ayant franchi le cap des 100.000 signataires, elle contraint le Parlement, qui fait sa rentrée lundi, à étudier l'organisation d'un débat parlementaire sur le sujet.

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