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03/09/2015 11:53 EDT | Actualisé 03/09/2016 01:12 EDT

Cameroun: au moins 30 morts dans un double attentat-suicide dans l'Extrême-Nord

Au moins 30 personnes ont été tuées dans un double attentat-suicide jeudi matin à Kerawa, ville frontalière avec le Nigeria située dans l'Extrême-Nord du Cameroun en proie aux attaques répétées des islamistes nigérians du groupe Boko Haram.

Une première explosion s'est produite vers 11H00 locales (10H00 GMT) dans le marché de la ville, selon ces sources qui ont requis l'anonymat. Peu après, une "deuxième explosion a eu lieu à 200 mètres du camp militaire", a précisé un policier également sous couvert de l'anonymat.

"Au moins trente personnes ont été tuées", selon ces sources qui n'ont pu préciser le nombre de blessés.

Des premiers soins aux victimes ont été apportés par des militaires sur place mais il n'existe aucune structure de santé, pas plus que de Croix-rouge, dans cette localité d'environ 50.000 habitants, peuplée en majorité d'éleveurs musulmans.

Selon le policier, "des secours sont partis de Maroua", la capitale régionale, chef-lieu de l'Extrême-nord, située à environ 300 km.

La localité se trouve à cheval sur la frontière et représente un point de passage fréquenté entre les deux pays, notamment par les islamistes de Boko Haram qui, après avoir longtemps pu aller et venir sans crainte, continuent de s'y infiltrer.

Selon des sources sécuritaires sur place, le poste de police contrôlant la frontière a été détruit il y plusieurs mois par un obus, et une chaîne montagneuse située côté nigérian abrite des chefs de Boko Haram.

Cinq attentats-suicide, attribués aux islamistes nigérians du groupe Boko Haram ont frappé la même région au cours du mois de juillet, faisant une cinquantaine de morts.

- Opérations frontalières meurtrières -

En plus des attentats de juillet, Boko Haram a mené régulièrement en août dans cette région des opérations frontalières meurtrières de harcèlement.

Ainsi, dix personnes, dont deux soldats camerounais, ont été tuées à Blame, une localité de l'extrême-nord proche de la frontière avec le Nigeria et du lac Tchad.

Ces deux soldats faisaient partie du Bataillon d'intervention rapide (BIR), l'unité d'élite de l'armée camerounaise déployée en première ligne contre Boko Haram dans le nord du pays.

Les autorités camerounaises ont pourtant considérablement renforcé les mesures de sécurité face aux menaces de Boko Haram. Fouilles, perquisitions et parfois arrestations se sont multipliées en juillet et août, afin de prévenir le risque de nouveaux attentats.

Certes, le groupe islamiste, affilié à l'organisation Etat islamique, a perdu beaucoup de terrain et de localités ces derniers mois dans des confrontations armées avec les militaires tchadiens notamment, mais il multiplie toujours sans pitié les attaques de part et d'autres des frontières.

Ainsi, le groupe a massacré lundi des dizaines d'habitants d'un village du nord-est du Nigeria, selon des témoins. L'attaque a eu lieu lundi à Fatawe, dans l'Etat de Borno, où une centaine d'islamistes ont rassemblé les villageois, entravé puis égorgé les hommes, avant de poursuivre et massacrer la foule horrifiée fuyant la scène, selon les mêmes sources.

Une Force d'intervention conjointe multinationale (MNJTF), à laquelle doivent participer le Nigeria, le Niger, le Tchad, le Cameroun et le Bénin, a été mise en place pour mieux coordonner les efforts des différentes armées, qui agissaient jusque-là en ordre dispersé.

Et, pour la première fois, les militaires nigérians, forts d'une victoire dans la ville de Gamboru contre Boko Haram après des mois d'impuissance, sont venus saluer mercredi soir soldats camerounais et tchadiens sur un pont frontalier emblématique de la guerre contre les islamistes.

Au plan international, la France a annoncé récemment qu'elle allait proposer aux pays impliqués dans la lutte contre Boko Haram de se réunir à Paris pour envisager des actions communes. Le président nigérian Muhammadu Buhari doit se rendre prochainement à Paris pour rencontrer son homologue François Hollande.

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