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01/09/2015 13:05 EDT | Actualisé 01/09/2016 01:12 EDT

La police libanaise évacue de force les militants occupant un ministère

La police libanaise a évacué de force une partie des militants de la société civile qui ont occupé mardi le ministère de l'Environnement pour protester contre son incapacité à régler la crise des ordures, une escalade inédite d'un vaste mouvement anti-corruption.

De brèves échauffourées ont également éclaté en début de soirée à l'extérieur du ministère dans le centre-ville de Beyrouth entre la police et des centaines de personnes qui se sont rassemblées en solidarité avec les jeunes protestataires restés à l'intérieur du bâtiment.

"Nous continuerons! Révolution! Notre volonté est la plus forte!, ont scandé les manifestants devant le ministère.

La campagne citoyenne "Vous puez", qui dirige ce mouvement de protestations, a affirmé que plusieurs de ses partisans avaient été "frappés" par la police anti-émeutes durant leur évacuation forcée.

Celle-ci a coïncidé avec l'expiration à 19H00 locales (16H00 GMT) d'un ultimatum lancé par le mouvement de contestation pour obtenir la démission du ministre de l'Environnement Mohammad Machnouk et trouver une solution durable à la crise des ordures qui dure depuis un mois et demi.

Après avoir obligé les médias à quitter le bâtiment où se trouvait le ministre au moment du sit-in, "la police a commencé à évacuer les occupants du ministère", a indiqué à l'AFP un responsable des services de sécurité.

Il reste 14 militants dans le bâtiment, a affirmé une source au ministère de l'Intérieur. "Le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk a envoyé un émissaire pour négocier avec eux mais ces derniers ont affirmé qu'ils ne sortiraient que les menottes aux mains".

- Vous puez! -

Sur sa page Facebook, le mouvement citoyen a affirmé l'un de ses organisateurs, "Lucien Bourjeily et un groupe de jeunes participant au sit-in ont été frappés (durant l'évacuation) et ils sont tous injoignables".

La Croix-Rouge libanaise a affirmé avoir "soigné sur place 15 personnes évacuées du bâtiment, dont un pour suffocation et 14 pour des coups" reçus. Une 16e personne, Lucien Bourjeily, a été hospitalisée.

Lors de leur sit-in qui a duré plusieurs heures dans un couloir à côté du bureau du ministre, les protestataires avaient scandé "Dehors! Dehors! Machnouk dehors!"

"Vous puez! Vous puez!" avaient-ils crié, assis à même le sol, applaudissent et entonnent l'hymne national, ou encore "Pacifique! pacifique!" pour insister sur la non-violence du mouvement.

La campagne 'Vous puez' est à l'origine du mouvement qui a vu des dizaines de milliers de Libanais descendre dans les rues pour fustiger la corruption de la classe politique et son immobilisme face à la crise.

Une source proche du Premier ministre Tammam Salam interrogée par l'AFP a écarté l'éventualité d'une démission du ministre de l'Environnement. Ce dernier a indiqué lundi qu'il se retirerait de la commission ministérielle en charge du dossier des déchets mais qu'il n'allait pas démissionner.

Le pouvoir n'a pas encore officiellement réagi aux revendications de la société civile.

- Corruption, paralysie -

"Les ordures sont devant toutes les maisons. Qui est responsable de cette situation? C'est lui, le ministre de l'Environnement qui assume cette responsabilité!", a dénoncé le militant Marwan Maalouf.

La campagne de protestation a commencé avec la crise des ordures provoquée à la mi-juillet par la fermeture de la plus grande décharge du Liban et l'amoncellement des déchets dans les rues.

Samedi, une manifestation organisée sur l'emblématique Place des martyrs dans le centre de Beyrouth a rassemblé des dizaines de milliers personnes scandant des slogans hostiles à la prévarication de la classe politique, le plus grand rassemblement depuis le début de la crise.

Cette mobilisation illustre le ras-le-bol de la population face à la corruption endémique, au dysfonctionnement de l'État et à la paralysie des institutions politiques.

Les députés ont prolongé à deux reprises leur propre mandat depuis les élections en 2009, en raison des divisions politiques. Ils se montrent également incapables d'élire un président de la République, poste vacant depuis mai 2014.

Les protestataires réclament d'ailleurs également l'organisation de nouvelles législatives.

Le président du Parlement, Nabih Berri, en poste depuis 1992 et l'un des leaders de la classe politique conspuée par les militants, a appelé à un dialogue entre dirigeants le 9 septembre, mais les militants ont dénoncé cette initiative comme un moyen de détourner l'attention de leurs revendications.

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