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01/09/2015 14:54 EDT | Actualisé 01/09/2016 01:12 EDT

Guatemala : Otto Pérez, le "général de la paix" accusé de corruption

Salué comme signataire des accords de paix mettant fin à 36 ans de guerre civile au Guatemala, mais désormais accusé de corruption, le président Otto Pérez, au pouvoir depuis 2012, est un ancien militaire issu de l'élite de l'armée.

A son arrivée au pouvoir, cet homme à la soixantaine sportive et aux cheveux poivre et sel avait promis de lutter d'une "main de fer" contre la criminalité, dans ce pays d'Amérique centrale parmi les plus violents au monde, miné par le crime organisé.

D'un verbe sobre mais tranchant trahissant son passé de général, il comptait mettre à profit son expérience de 34 ans au sein de l'armée, opposée à une guérilla pendant un conflit civil qui a ravagé le pays et fait quelque 200.000 morts et disparus entre 1960 et 1996.

Quatre ans plus tard, même si la situation sur le front de la sécurité ne s'est pas améliorée, ce n'est pas cela que lui reprochent des milliers de Guatémaltèques.

S'ils manifestent depuis des mois, c'est pour dénoncer son implication présumée dans un vaste réseau de corruption, dont il serait le "numéro un" selon le parquet et une Commission de l'ONU contre l'impunité (Cicig).

"C'est le prototype de l'homme politique guatémaltèque, très apprécié des élites qui ne veulent pas que les choses changent", soupire Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anti-corruption Transparency International.

"Sa plus grande erreur a été de croire dans le régime d'impunité" qui prévalait avant, mis à mal par la Cicig, ajoute-t-il.

- 'Un homme dangereux' -

Retranché dans le palais présidentiel, l'ex-responsable des services de renseignement militaire de 64 ans martèle qu'il ne partira pas avant la fin de son mandat, programmée le 14 janvier prochain, alors même que son ancienne vice-présidente Roxana Baldetti - avec qui il avait créé en 2001 le Parti Patriote (droite) - est déjà en détention provisoire dans cette affaire.

"Il vient d'une formation Kaibil (l'élite de l'armée guatémaltèque, ndlr), et les Kaibil ne se rendent jamais", raconte à l'AFP la militante indigène Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix 1992.

"C'est aussi un homme de guerre, un homme des services de renseignement, un homme dangereux", qui "peut préparer des stratégies de choc" pour faire face au mouvement d'indignation populaire, prévient-elle.

Ses soutiens assurent que le dirigeant a une grande capacité d'écoute. Il avait également surpris en soutenant ces dernières années la légalisation des drogues comme moyen de lutte contre le narcotrafic.

Mais s'il s'est montré fin stratège durant son mandat, selon l'accusation, c'est surtout dans l'art de placer des proches à des postes-clés, afin de contrôler l'organisme de collecte des impôts, qu'il s'est illustré.

Né à Guatemala Ciudad le 1er décembre 1950, le "Général de la Paix", surnom qu'il aime à entretenir depuis qu'il a signé au nom de l'armée les accords ayant mis fin à la guerre en 1996, a raccroché l'uniforme il y a 15 ans pour faire son entrée en politique.

Une reconversion qui a failli tourner court : le 21 février 2001, trois jours seulement après avoir créé son parti, il sort indemne avec sa femme et sa fille d'une tentative d'assassinat d'hommes armés qui tirent sur le véhicule dans lequel ils se trouvent.

Battu au deuxième tour de la présidentielle de 2007 par Alvaro Colom, Otto Pérez avait ensuite lâché le costume pour faire campagne en 2011 en jean et bras de chemise orange, la couleur de sa formation, un nouveau style qui lui a valu le surnom de "Général en jean".

Marié et père de deux enfants, formé notamment à l'Ecole des Amériques, centre géré par les Etats-Unis et spécialisé dans les méthodes contre-insurrectionnelles, il a été le premier militaire à parvenir au sommet de l'Etat guatémaltèque depuis le retour à la démocratie en 1985, une ascension alors perçue comme un antidote à la corruption endémique au sein des administrations.

Déjà inculpé à plusieurs reprises pour des cas de violation des droits de l'homme pendant la guerre civile, il a toujours nié ces accusations.

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