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01/09/2015 19:12 EDT | Actualisé 01/09/2016 01:12 EDT

Guatemala: le président, accusé de corruption, perd son immunité

Le président du Guatemala Otto Pérez, accusé de corruption et poussé de tous bords à la démission, a été privé mardi de son immunité par un vote à l'unanimité du Parlement, dans un climat de protestation populaire inédit dans le pays.

"Nous déclarons approuvée" la levée de l'immunité du président conservateur, a annoncé le député de l'opposition Carlos Herrera, secrétaire du comité de direction du Parlement, après le vote favorable des 132 députés présents (sur 158 que compte l'assemblée).

Pour être validée, la mesure nécessitait l'appui des deux tiers des parlementaires, mais aucun de ceux présents mardi n'a voté contre.

Juste après l'annonce de cette décision historique, des centaines de manifestants se sont réunis devant le Parlement en signe de joie, tandis que de nombreux automobilistes klaxonnaient pour montrer leur satisfaction.

C'est la première fois dans l'histoire du Guatemala qu'un président perd sa protection judiciaire, ouvrant la voie à des poursuites à son encontre.

Le général en retraite de 64 ans, au pouvoir depuis 2012, est accusé par le parquet et une commission de l'ONU contre l'impunité (Cicig) d'avoir dirigé un système de corruption au sein des douanes, via lequel des fonctionnaires touchaient des pots-de-vin pour exonérer de taxes certaines importations.

Son ancienne vice-présidente Roxana Baldetti est elle déjà en détention provisoire dans ce dossier.

"Je peux vous le dire: je n'ai pas reçu un centime de cette structure frauduleuse", affirmait encore lundi Otto Pérez, se disant "complètement tranquille".

Mi-août, une précédente demande de levée d'immunité, avant les accusations du parquet et de la Cicig, avait échoué, ne remportant pas le nombre de votes nécessaires.

Mais face à la colère grandissante de la population, les parlementaires, qui sont nombreux à jouer leur siège lors des élections générales prévues dimanche, ont cette fois appuyé la procédure.

Le président a déposé lundi un recours devant la Cour constitutionnelle pour bloquer la procédure contre lui, avant une décision attendue d'ici jeudi.

- 'Risque de débordements' -

Samedi, plusieurs milliers de Guatémaltèques avaient encore crié leur indignation, exigeant le départ du président.

Des manifestations pacifiques sont organisées chaque semaine depuis avril, quand avait été révélé ce scandale de corruption auquel s'ajoutent d'autres affaires mises au jour depuis.

Mardi, des mouvements paysans et indigènes ont également bloqué des routes en signe de protestation.

Les manifestants réclament le report des élections, auxquelles M. Pérez, en exercice jusqu'au 14 janvier 2016, ne se représente pas, la Constitution n'autorisant qu'un seul mandat.

Mardi, la militante indigène Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix 1992, a appelé au calme "face au risque de débordements", critiquant les "manoeuvres du général Otto Pérez Molina" pour faire s'affronter la société guatémaltèque", selon elle, en mobilisant des groupes le soutenant pour perturber les manifestations.

"Je lance un appel à la société guatémaltèque à ne pas céder à la provocation, à rejeter la violence", a-t-elle clamé dans un communiqué.

Le vaste scandale de corruption a accaparé la campagne électorale du pays centraméricain, contrairement aux précédentes, plus centrées sur la violence, qui fait chaque année 6.000 morts, en majorité liés au crime organisé, dans un pays de 15,8 millions d'habitants miné par le trafic de drogue et la pauvreté.

Pour Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anticorruption Transparency International, le mécontentement populaire est "réellement inhabituel, historique (...), c'est comme une cocotte-minute qui a explosé".

"C'est un processus d'accumulation et cela éclate car les gens sont fatigués, épuisés par les mafias qui ont pris en otage l'Etat et ses institutions pour faire des affaires", explique-t-il.

Cette année déjà, les Guatémaltèques avaient vu revenir dans le pays l'ancien président Alfonso Portillo (2000-2004), qui a passé cinq ans en prison au Guatemala et aux Etats-Unis pour blanchiment d'argent.

Plusieurs institutions publiques, dont la Cour des comptes, ainsi que le patronat, exigent la démission de M. Pérez, ce que ce dernier refuse.

"Le président est en train de gagner du temps, mais il est dans une situation très compliquée actuellement et selon moi, il n'ira pas jusqu'au 14 janvier, il sortira avant", estime José Carlos Sanabria, analyste politique de l'Association de recherche et d'études sociales (Asies).

ka/mf

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