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01/09/2015 10:59 EDT | Actualisé 01/09/2016 01:12 EDT

Escalade dans la crise des ordures au Liban, un ministère occupé

Les militants de la société civile au Liban ont intensifié leur mouvement contre la classe politique, en occupant mardi le ministère de l'Environnement pour obtenir la démission du ministre sur fond de vastes manifestations anti-corruption.

Cette escalade inédite intervient avant l'expiration du délai fixé pour 19H00 locales (16H00 GMT) par la campagne citoyenne "Vous puez" afin d'obtenir la démission du ministre Mohammad Machnouk et trouver une solution durable à la crise des ordures qui dure depuis un mois et demi.

La police anti-émeute est entrée dans l'immeuble sans intervenir immédiatement, ont constaté les correspondants de l'AFP sur place. Ses membres ont toutefois repoussé des jeunes qui tentaient de pénétrer dans l'immeuble quitté par la plupart des fonctionnaires.

La police a ensuite obligé la plupart des médias à quitter le bâtiment, selon des images retransmises par les télévisions.

"Dehors! Dehors! Machnouk dehors!" ont scandé les militants qui se sont installés dans un couloir proche du bureau du ministre, qui s'y trouvait encore plus de quatre heures après le début du sit-in.

"Vous puez! Vous puez!" ont-ils encore crié, ou encore "Pacifique! pacifique!" pour insister sur la non-violence du mouvement.

Des militants sont assis à même le sol, applaudissent et entonnent l'hymne national, d'autres brandissent des drapeaux libanais aux fenêtres du ministère, situé dans le centre-ville de Beyrouth.

Un militant à l'intérieur du bâtiment s'est évanoui, les autres ont appelé la Croix-Rouge à intervenir et à faire entrer de l'eau et de la nourriture dans l'étage où la chaleur pesante se faisait sentir.

- 'Descendez dans la rue'

Des policiers se trouvaient en bas de l'immeuble ainsi que plusieurs dizaines de jeunes rassemblés à l'appel du mouvement "Vous puez", à l'origine de la campagne qui a vu des dizaines de milliers de Libanais descendre dans les rues pour fustiger la corruption de la classe politique et son immobilisme face à la crise.

Dans l'après-midi, la campagne a lancé un appel aux Libanais sur sa page Facebook "pour descendre en masse dans la rue" et se diriger vers le centre-ville.

"Le gouvernement a ignoré les revendications du peuple libanais", a-t-elle souligné.

Un des organisateurs de la campagne, Lucien Bourjeily, a affirmé à l'AFP que les jeunes "ne quitteraient pas les lieux avant la démission de M. Machnouk" et qu'ils avaient décidé d'agir avant l'expiration du délai "pour l'élément de surprise".

Aucune négociation n'était en cours entre le ministre et les militants.

Une source proche du Premier ministre Tammam Salam interrogée par l'AFP a écarté l'éventualité d'une démission.

"Il faut que les manifestants attendent deux ou trois jours pour connaître les propositions d'un comité ad hoc mis en place" pour se pencher sur la question des ordures, a indiqué cette source.

M. Machnouk avait indiqué lundi qu'il allait se retirer de la commission ministérielle en charge du dossier des déchets mais qu'il n'allait pas démissionner.

- 'Ordures dans toutes les maisons' -

"Les ordures sont devant toutes les maisons. Qui est responsable de cette situation? C'est lui, le ministre de l'Environnement qui assume cette responsabilité!", s'est exclamé le militant Marwan Maalouf.

La campagne de protestation a commencé avec la crise des ordures provoquée à la mi-juillet par la fermeture de la plus grande décharge du Liban et l'amoncellement des déchets dans les rues.

Samedi, une manifestation organisée sur l'emblématique Place des martyrs dans le centre de Beyrouth a rassemblé des dizaines de milliers personnes scandant des slogans hostiles à la prévarication de la classe politique le plus grand rassemblement depuis le début de la crise.

Cette mobilisation illustre le ras-le-bol de la population face à la corruption endémique, au dysfonctionnement de l'État et à la paralysie des institutions politiques.

"Ce Parlement, c'est de l'ordure, c'est le Parlement qui s'est auto-prorogé!", ont encore scandé les militants occupant le ministère.

Les députés ont prolongé à deux reprises leur propre mandat depuis les élections en 2009, en raison des divisions politiques, ce que les militants qualifient d'"illégitime". Ils se montrent également incapables d'élire un président de la République, poste vacant depuis mai 2014.

En plus du règlement de la question du traitement des déchets, les protestataires réclament l'organisation de nouvelles législatives.

Le pouvoir n'a pas encore officiellement réagi aux revendications de la société civile.

Le président du Parlement, Nabih Berri, en poste depuis 1992 un des leaders de la classe politique conspuée par les militants a appelé à un dialogue entre dirigeants le 9 septembre, mais les militants ont dénoncé cette initiative comme un moyen de détourner l'attention de leurs revendications.

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