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01/09/2015 08:58 EDT | Actualisé 01/09/2016 01:12 EDT

Escalade dans la crise des ordures au Liban, le ministère de l'Environnement occupé

Les militants de la société civile au Liban ont intensifié leur mouvement contre la classe politique, en occupant mardi le ministère de l'Environnement pour obtenir la démission du ministre sur fond de vastes manifestations anti-corruption.

Cette escalade inédite au Liban intervient quelques heures avant l'expiration du délai fixé par la campagne citoyenne pour obtenir la démission du ministre Mohammad Machnouk et trouver une solution durable à la crise des ordures qui dure depuis un mois et demi.

Les militants avaient fixé un ultimatum au ministre, qui expire mardi à 19H00 (16H00 GMT).

"Dehors! Dehors! Machnouk dehors!" ont scandé les militants qui se sont installés dans le bâtiment, dans un couloir proche du bureau du ministre, qui s'y trouve encore, selon l'Agence nationale d'information (ANI).

"Vous puez! Vous puez!", ont-ils encore crié, reprenant le nom du principal collectif de la société civile à l'origine du mouvement.

"Pacifique! pacifique!", ont-ils ajouté pour insister sur la non-violence des protestations.

Des militants sont assis à même le sol, applaudissent et entonnent l'hymne national, d'autres brandissent des drapeaux libanais aux fenêtres du ministère, situé dans le centre-ville de Beyrouth.

Quatre policiers ont tenté de les convaincre en vain de quitter les lieux.

D'autres policiers se trouvent en bas de l'immeuble, où se sont également rassemblés de dizaines de jeunes à l'appel du mouvement "Vous puez", à l'origine de la campagne qui a vu des dizaines de milliers de Libanais descendre dans les rues pour conspuer la corruption de la classe politique et son immobilisme face à la crise des ordures.

La police anti-émeute est arrivée devant l'immeuble, ont constaté les correspondants de l'AFP sur place, mais aucun incident n'était à déplorer et la plupart des fonctionnaires ont quitté l'immeuble sans problème.

- Élément de surprise -

Un des organisateurs de la campagne, Lucien Bourjeily, a affirmé à l'AFP que les jeunes "ne quitteraient pas les lieux avant la démission de M. Machnouk" et qu'ils avaient décidé d'agir avant l'expiration du délai "pour l'élément de surprise. Ils ne s'attendaient pas à ce qu'on agisse maintenant".

"S'ils répondent à nos revendications avant l'expiration du délai, nous nous retirerons", a-t-il ajouté.

Aucune négociation n'était en cours entre le ministre et les militants.

M. Machnouk avait indiqué lundi qu'il allait se retirer de la commission ministérielle en charge du dossier des déchets mais qu'il n'allait pas démissionner, provoquant la fureur des militants.

"Les ordures sont devant toutes les maisons. Qui est responsable de cette situation? C'est lui, le ministre de l'Environnement qui assume cette responsabilité!", s'est exclamé Marwan Maalouf, un autre organisateur de "Vous puez", présent parmi les jeunes au ministère.

La campagne de protestation a commencé avec la crise des ordures provoquée à la mi-juillet par la fermeture de la plus grande décharge du Liban et l'amoncellement des déchets dans les rues.

Samedi, une manifestation organisée sur l'emblématique Place des martyrs dans le centre de Beyrouth a rassemblé des dizaines de milliers personnes scandant des slogans hostiles à la prévarication de la classe politique le plus grand rassemblement depuis le début de la crise.

Cette mobilisation illustre le ras-le-bol de la population face à la corruption endémique, au dysfonctionnement de l'État et à la paralysie des institutions politiques.

"Ce Parlement, c'est de l'ordure, c'est le Parlement qui s'est auto-prorogé!", ont encore scandé les militants occupant le ministère.

Les députés ont prolongé à deux reprises leur propre mandat depuis les élections en 2009, en raison des divisions politiques, ce que les militants qualifient d'"illégitime". Ils se montrent également incapables d'élire un président de la République, poste vacant depuis mai 2014.

En plus du règlement de la question du traitement des déchets, les protestataires réclament l'organisation de nouvelles législatives.

Le pouvoir n'a pas encore officiellement réagi aux revendications de la société civile.

Le président du Parlement, Nabih Berri, un des leaders de la classe politique conspuée par les militants a appelé à un dialogue entre dirigeants le 9 septembre, mais les militants ont dénoncé cette initiative comme un moyen de détourner l'attention de leurs revendications.

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