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01/09/2015 06:55 EDT | Actualisé 01/09/2016 01:12 EDT

Depuis bientôt 40 ans, les gardiens de but bluffés par la "panenka"

"Si je l'avais raté, je serais aujourd'hui ouvrier tourneur avec une quarantaine d'années d'ancienneté", sourit sous sa moustache Antonin Panenka, créateur il y a bientôt 40 ans du célèbre penalty piqué qui porte son nom.

C'est l'un des rares gestes du foot pour lequel un nom propre est devenu un terme générique (avec la Madjer, talonnade de l'international algérien Rabah Madjer). Le monde occidental a découvert ce penalty en feuille morte en finale de l'Euro-1976, le 20 juin à Belgrade, lors de la séance de tirs au but entre la Tchécoslovaquie et l'Allemagne.

Quatre Tchécoslovaques et trois Allemands réussissent, puis Uli Hoeness échoue. Panenka prend un long élan, le gardien Sepp Maier plonge sur sa gauche alors que le ballon, mollement tiré, tombe lentement dans les filets, en plein centre du but. La Tchécoslovaquie est championne d'Europe face à l'Allemagne du "Kaiser" Beckenbauer, grâce à ce geste de génie (2-2 a.p., 5-3 t.a.b.).

Mais la vraie naissance de la "panenka" précède de loin cette grande première en mondovision, puisque son créateur y pensait depuis déjà un an.

"Il faut certes avoir une certaine dose de courage mais en premier lieu, il faut s'y entraîner méticuleusement, sinon ce serait trop risqué. Je peaufinais ce geste pendant des mois avant l'Euro-76", souligne le Tchèque âgé de 66 ans, interrogé par l'AFP.

L'idée est venue à l'esprit du meneur de jeu du modeste Bohemians Prague presque par hasard.

- Bière ou chocolat -

"On s'entraînait régulièrement avec notre gardien Zdenek Hruska. On pariait une petite somme d'argent, une bière ou une tablette de chocolat à chaque penalty. Comme Zdenek réussissait souvent à repousser mes tirs, ça devenait assez coûteux pour moi", raconte Panenka.

"Il plongeait systématiquement à droite ou à gauche, j'ai donc feinté avant de tirer mollement au centre et il n'avait plus aucune chance. Le seul ennui, c'est que j'ai commencé à prendre du poids, grâce à tous ces chocolats et ces bières gagnés", sourit-il.

A l'insu du monde occidental, derrière le Rideau de fer, Panenka met petit à petit son invention en application. D'abord lors des rencontres amicales, puis en championnat national, lors d'un face-à-face avec le gardien de but de l'équipe nationale Ivo Viktor, du Dukla Prague.

Puis arrive le 20 juin 1976. Panenka inscrit son nom dans les annales -et le vocabulaire même- du foot.

Selon le "roi" Pelé, "seul un fou ou un génie" aurait pu oser un geste tellement inattendu, dans un moment aussi crucial que le tir au but décisif en finale d'un Euro.

"Je ne me considère décidément pas comme un fou", assure Panenka, qui a aussitôt été baptisé "poète du football" par un journaliste du magazine France Football.

- Nombreux adeptes -

Après l'Euro-1976, le Tchèque trompe encore de cette même manière le portier français Dominique Dropsy, en avril 1979 lors d'un match de qualification pour l'Euro-1980.

En phase finale de cet Euro puis au Mondial-1982, il tire et transforme encore un autre tir au but et deux penalties, mais de façon tout à fait conventionnelle: d'une frappe vers un côté.

"Me connaissant déjà, les portiers ne bougeaient plus lors de mes penalties", explique Panenka qui a également endossé le maillot du Rapid Vienne après celui du Bohemians Prague, et qui totalise 59 sélections pour 17 buts.

Aujourd'hui, président du Bohemians, son club fétiche, et de la Fondation des anciens joueurs internationaux tchèques, Panenka ne se lasse pas de regarder les nombreux adeptes de son invention, dans tous les championnats du monde. Des suiveurs qui prennent d'ailleurs le risque d'un bon savon de leur entraîneur et d'un procès en arrogance si leur tentative échoue!

"Je suis très content que mon idée ne soit pas morte", se félicite-t-il.

En plaisantant, Panenka ne regrette qu'une chose: l'impossibilité d'avoir les droits d'auteur de sa célèbre invention. "Si c'était le cas, je ne serais pas ici avec vous, mais quelque part à Hawaii, sirotant mon cocktail sur une chaise longue, au bord de l'océan. Je serais bien riche!"

jma/via/pr/mam

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