DIVERTISSEMENT
01/09/2015 04:21 EDT | Actualisé 01/09/2015 04:27 EDT

La bataille de la radio matinale à Montréal

Radio-Canada / Coralie Mensa

Le matin, deux Montréalais francophones sur trois écoutent au moins une minute de radio. Dans le deuxième marché radiophonique au pays après Toronto, la concurrence est féroce et l'auditeur est précieux.

L'émission du matin fait partie d'un rituel : elle est enracinée dans les pratiques culturelles et dans la préparation matinale de la majorité. « Quand on dit que la force principale de la radio est d'accompagner les gens, c'est exactement ce qu'elle fait le matin », explique le professeur en communication à l'Université d'Ottawa, Pierre C. Bélanger.

Ce dernier souligne que la première émission du jour se distingue de celle du retour du fait que les auditeurs sont déjà au courant des principales nouvelles.

« Le matin, on s'informe sur ce qui s'est passé pendant qu'on dormait, alors que la Terre continuait de tourner. Il faut donc que les animateurs aient un timbre de voix et une personnalité qui leur conviennent. »

— Pierre C. Bélanger, professeur en communication à l'Université d'Ottawa

Qu'attend-on de l'émission du matin? « Cette capacité et ce devoir de nous résumer ce qui s'est passé à l'international et de préparer la table pour ce qui s'en vient. Ça doit contribuer à rendre les gens plus intelligents », pense le professeur.

Visage bien connu du petit écran, Dominic Arpin prend les commandes cet automne de l'émission matinale d'Énergie. « C'est l'émission que j'avais le plus envie de faire, car c'est toi la locomotive en termes d'information, pas de cotes d'écoute. J'aime ça être le premier à informer les gens, pas celui qui répète la nouvelle. Être le premier contact pour les gens, c'est excitant. »

Part d'écoute francophone à Montréal du lundi au vendredi, de 6 h à 9 h (printemps 2015) :

Puisqu'il faut se lever (98,5) : 35,9 %

C'est pas trop tôt (95,1) : 16,8 %

Le matin, tout est possible! (8 sem.) / Parti pour l'été (5 sem.) (6 h-8 h 30) + Rythme au travail (8 h 30-9 h) (Rythme FM) : 10,9 %

Rouge café (6 h-8 h 30) + Ma musique au travail (8 h 30-9 h) (Rouge FM) : 8,9 %

NRJ le matin (NRJ) : 7,1 %

Source : Numeris

98,5 et Radio-Canada, une rivalité naturelle

À Montréal, l'offre est, de façon générale, bien différente d'une station à l'autre. Les animateurs doivent donc concevoir leur émission et en adapter le ton en fonction du public à qui ils s'adressent.

Information, détente, divertissement; tout dépend de nos envies. Chaque émission a sa fonction, son rôle dans l'écosystème radiophonique.

En fait, dans un marché comme celui de Montréal, où deux propriétaires privés possèdent la majorité des stations, Pierre C. Bélanger explique que ces dernières se concurrencent par paires. Il compare la guerre des émissions du matin avec celle que se livrent les chaînes de restauration rapide Burger King et McDonald's.

« Le 98,5 FM a réussi à venir jouer dans les plates-bandes de Radio-Canada, qui a un public semblable au sien. Paul Arcand est un colosse des médias. Il est très dynamique et a un parler franc et direct; il est moins poli que les animateurs de Radio-Canada », pense Pierre C. Bélanger.

Il précise qu'il n'existe pas de recette générale pour assurer la réussite d'une émission et qu'il faut plutôt y aller par groupe d'âge, selon les auditeurs visés.

« Énergie sait à qui elle s'adresse. Chacun va chercher son public. J'ai des jeunes filles de 20-22 ans qui n'écoutent pas la même chose que moi. Elles ne veulent pas entendre le ministre Barrette pendant 10 minutes. »

— Pierre C. Bélanger, professeur en communication à l'Université d'Ottawa

Évidemment, l'irritant est la publicité. « Il y en a énormément. C'est un mal nécessaire, et ICI Radio-Canada Première a l'avantage de ne pas en avoir », ajoute le professeur.

Convaincre les auditeurs de changer de poste

Créer une émission de radio comme celle du matin n'est pas simple. Il s'agit en Amérique du Nord d'un créneau à la fois lucratif et complexe, où les habitudes des auditeurs sont très difficiles à changer.

« C'est frappant de constater que c'est un moment crucial pour plein de gens. C'est particulier avec la radio, un média fondé sur des habitudes. On écoute la télé à la pièce, mais pas la radio. On a donc besoin d'une routine, de familiarité, de repères. Celui qui arrive avec une nouveauté a un défi », explique Marie-Claude Ducas, journaliste pigiste et chroniqueuse médias au Journal de Montréal.

La directrice générale d'ICI Radio-Canada Première en sait quelque chose. Avec le départ de Marie-France Bazzo à la fin de l'hiver, Patricia Pleszczynska a eu la lourde tâche de nommer un deuxième « morning man » en trois ans.

« Trouver la recette est extrêmement complexe. Il faut un équilibre entre le ton, l'approche, les sujets, la fréquence, la cadence, entre les différentes heures, la planification des sujets, une capacité à préparer ce qui se passe dans la journée. Il faut un ton plus personnel. »

— Patricia Pleszczynska, directrice générale d'ICI Radio-Canada Première

Installé derrière le micro depuis moins de deux semaines, Alain Gravel estime que l'équipe qui entoure l'animateur joue également un rôle primordial. « Il faut qu'il y ait une chimie et que les auditeurs sentent qu'on est heureux d'être là. Tu ne peux pas tromper les gens quand tu es en ondes 3 h 30 tous les matins », soutient le nouvel animateur de Gravel le matin.

Dans une industrie où l'on croit qu'attirer un auditeur le matin est un gage de fidélité pour le reste de la journée, les émissions du matin sont vues comme une locomotive. Après tout, le taux d'écoute de celles-ci se comparent à celui des émissions de fin de journée. Et c'est le samedi, en fin d'avant-midi, qu'on écoute le plus la radio.

L'importance des émissions du matin est-elle surestimée? « Il y a un décrochage durant le transport, puis à partir de 9 h quand les gens arrivent au travail. Les répercussions des émissions du matin sont mitigées à cause de ces facteurs », souligne Pierre C. Bélanger.

Malgré tout, Patricia Pleszczynska pense que ce créneau est de première importance, car il agit comme premier point de contact avec l'auditeur. « C'est ce qui détermine la relation qui se crée, un moment charnière et de confiance. »

Les femmes y sont absentes

Si quelques femmes ont animé l'émission du matin à l'extérieur de Montréal, dans la métropole, Marie-France Bazzo a été la première à s'y frotter du côté des stations généralistes.

« Ce fut un grand test et ça n'a pas été concluant. Le public ne semble pas exprimer le souhait qu'une femme prenne les rênes d'une émission. Sinon, c'est certain que ça se ferait. Mais j'ai confiance avec l'évolution de la société », lance Pierre C. Bélanger.

« L'auditoire des stations parlées est majoritairement masculin. Les hommes ne sont pas encore prêts à avoir une voix féminine qui leur dit quoi faire. Et ce n'est pas si évident que ça soit un atout pour atteindre l'auditoire féminin. »

— Marie-Claude Ducas, chroniqueuse médias au Journal de Montréal

Malgré plusieurs demandes, l'animateur Paul Arcand ainsi que le directeur de la programmation du 98,5 FM n'ont pas souhaité participer à ce reportage.

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