POLITIQUE
30/08/2015 08:32 EDT | Actualisé 30/08/2015 11:11 EDT

Pourquoi le NPD est orange et autres mystères des couleurs politiques (PHOTOS)

Daphnée Hacker-B.

«Le ciel est bleu, l’enfer est rouge». Cette célèbre phrase servait de slogan à l’Union nationale de Maurice Duplessis, en référence au bleu de son parti et au rouge du Parti libéral. Bien plus qu’un simple symbole historique, les couleurs politiques représentent un capital précieux pour les partis, qui cherchent par tous les moyens à s’attirer la sympathie –parfois inconsciente- des électeurs.

Aussi banal que cela puisse paraître, la couleur d’un parti peut avoir un impact sur le choix électoral. «Près de 70 % de nos actions sont inconscientes. Il est certain que les couleurs politiques peuvent jouer sur notre décision», avance Arnaud Granata, rédacteur en chef d’Infopresse. Le Huffington Post Québec a demandé à cet expert de l’image et au spécialiste des nouvelles technologies et des médias, Bruno Guglielminetti, d’analyser la signification des couleurs arborées par les principaux partis fédéraux. Contexte historique en bonus…

1. L’orange du Nouveau parti démocratique (NPD)

«Ce n’est pas la couleur que le NPD aurait dû avoir», déclare M. Guglielminetti. Au moment de sa création, en 1961, le parti était orphelin de couleur. Le Parti libéral du Canada s’était approprié le rouge, une couleur liée ailleurs dans le monde à l’idéologie communiste et socialiste. «Le rouge étant pris, ils se sont tournés vers l’orange, qui est davantage utilisée par les démocrates chrétiens ou les partis populistes… C’est ce qui se rapprochait le plus de leur idéologie», explique-t-il.

Le porte-parole du NPD, Marc-André Viau, rappelle pour sa part que le parti a été créé après la réorganisation de la Fédération du Commonwealth coopératif (en anglais CCF), qui venait de la Saskatchewan et arborait à l'origine les couleurs jaunes et vertes, à l'image des prairies. «Le parti CCF a utilisé quelquefois l'orange et le NPD l'a adopté, afin d'avoir une suite logique dans les couleurs», dit-il.

En publicité, l’orange n’est pas une couleur très utilisée pour stimuler la vente, «elle est audacieuse, certes, mais pas très passe-partout», note le spécialiste de publicité Arnaud Granata. Outre le fait qu’elle rappelle l’automne et les citrouilles, la couleur orange évoque des émotions de dynamisme, de confiance et de créativité. «Pour cette campagne, l’orange sert bien le parti, qui cherche à convaincre les électeurs qu’il a le dynamisme nécessaire pour apporter du changement et remplacer le Parti conservateur», dit-il.

2. Le rouge du Parti libéral du Canada (PLC)

Le PLC tient ses couleurs du défunt Parti rouge, fondé à la fin du 19e siècle par Louis-Joseph Papineau, vu comme un «radical réformiste anticlérical». L’effondrement du parti a poussé ses membres modérés à créer le Parti libéral du Canada, en 1867, rappelle M. Guglielminetti. Le rouge est resté, poursuit-il, bien que le nouveau parti n’adhère pas à l’idéologie socialiste associée à cette couleur.

Le rouge est une couleur franche qui attire l’œil, très populaire dans le monde publicitaire parce qu’elle peut exprimer diverses émotions, remarque Arnaud Granata. Selon l’expert, elle évoque à la fois la force, la supériorité, l’autorité et la sensualité. Le mélange du rouge et du noir, comme l’ont fait les libéraux sur les affiches électorales, donne un «ton inquiétant, dramatique», qui a fait l’objet de beaucoup railleries.

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M. Granata estime au contraire que le choix du PLC est judicieux. «C’est un look très différent de ce à quoi on s’attend d’une affiche électorale, ça se démarque et surtout, ça fait parler!», lance-t-il. Pour sa part, Bruno Guglielminetti renchérit : «Je trouve ça beau graphiquement, ça attire l’attention et il y a du mystère. C’est très habile.»

3. Le bleu du Parti conservateur du Canada et du Bloc québécois

Le bleu foncé du PCC tient ses origines du drapeau britannique. «C’est une tradition à travers le monde, tous les partis conservateurs ont cette couleur», fait valoir M. Guglielminetti. Le bleu légèrement plus clair du drapeau québécois, repris par le Parti québécois et le Bloc québécois, s’inspire davantage des armoiries françaises. À l’œil, les deux tons de couleur se ressemblent…

Couleur neutre qui est appréciée de toutes les générations, le bleu inspire selon Arnaud Granata la sagesse, la sérénité et la sécurité. «Du côté du Bloc québécois, le bleu est plus lumineux, il symbolise davantage l’espoir et l’ouverture», dit-il.

4. Le vert du Parti vert du Canada

Pas besoin de se creuser les méninges pour comprendre le choix du vert… pour le Parti vert du Canada, qui a vu le jour en 1983. Cette couleur est le choix classique des mouvements écologistes qui créent des partis politiques, confirme Bruno Guglielminetti. Symbole de la nature, de l’avancement et de la progression, le spécialiste estime que le vert sert bien la cause du parti d’Elizabeth May, qui cherche à faire sa place sur l’échiquier politique en courtisant ceux qui ont l’avenir de la planète à cœur.

Des slogans très clichés

À l’exception du slogan du Bloc québécois (Qui prend pays prend parti), tous les autres sont très «clichés», observe Arnaud Granata. De celui du Parti conservateur (Un leadership qui a fait ses preuves pour une économie plus forte), à ceux presque semblables du NPD (Ensemble pour le changement) et du PLC (Il est temps de changer ensemble), M. Granata s’avoue peu impressionné. «Les slogans en politique c’est rendu très banal, ça se ressemble et ça ne veut pas dire grand chose.» L’image est bien plus importante, tout comme la communication active sur les réseaux sociaux, analyse-t-il.

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