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Élections fédérales 2015: Le NPD demeure favori malgré une certaine instabilité dans les sondages

Bien que la dernière vague de sondages reflète dans l’ensemble une situation stable, les résultats de certaines de ces enquêtes d’opinion diffèrent quant à la position des libéraux, classés deuxièmes ou troisièmes. Une fois établie une moyenne, cependant, nous constatons que les chances de voir Justin Trudeau devenir premier ministre ne se sont pas vraiment améliorées et que le NPD demeure clairement favori.

Dans chacun des sept plus récents sondages nationaux, le NPD domine (sauf dans celui de Nanos, donnant aux conservateurs une légère avance). Toutefois, Thomas Mulcair dispose d’un avantage de seulement quatre points sur les conservateurs, selon Ipsos, mais de 17 points si l’on en croit les données de Forum (40 % contre 23 %). En même temps, les libéraux sont troisièmes dans cinq de ces sondages et deuxièmes dans les autres (Ipsos et Forum).

Le consensus actuel, selon ces enquêtes d’opinion, est que les néo-démocrates demeurent en tête, tandis que les conservateurs et les libéraux se disputent la deuxième place. Néanmoins, les données diffèrent grandement d’une étude à l’autre. Et pas seulement à l’échelle nationale. Si vous jetez un coup d’oeil au tableau provincial, vous pouvez constater des variations encore plus prononcées (ce qui est normal, compte tenu de la taille des échantillons).

Avant de transformer ces données en projections de sièges, parlons de la possibilité que les libéraux finissent en deuxième place. Comme mentionné précédemment, seuls deux sondages donnent un résultat de la sorte. Et les chiffres de l’un d’eux (celui de Forum) sont tellement éloignés de la moyenne que cette firme met le doigt sur quelque chose qui échappe à tout le monde ou est à côté de la plaque. De façon plus générale, n’oublions pas les marges d’erreur. Tout dépendant de la taille des échantillons, elles se situent entre 1 et 3 %. Avec trois partis si proches l’un de l’autre, nous devrions nous attendre à ce que les variations d’échantillonnage donnent lieu à des différences dans l’ordre occupé par les trois principaux partis. Autrement dit, il n’est pas bizarre ou faux (ou même inattendu) d’avoir les libéraux deuxièmes dans certains sondages. Ce qui compte est la moyenne, et jusqu’à présent, nous ne constatons aucun changement majeur depuis le début de la campagne. Nous observons une faible tendance à la hausse chez les libéraux de même qu’un léger recul du côté des conservateurs. Cela veut-il dire que la bataille n’est plus pour la première place entre le NPD et les conservateurs, mais pour le deuxième rang entre les conservateurs et les libéraux? Ce n’est certainement pas le cas en ce moment.

Les projections les plus à jour se trouvent ci-dessous. Elles reposent sur les résultats d’élections passées de même que sur les données des sondages actuels de façon à prédire le gagnant dans les 338 circonscriptions. Elles incluent les impacts régionaux et de titularisation. Les intervalles de confiance et les chances de l’emporter sont obtenus au moyen de 5000 simulations tenant compte de l’incertitude des résultats des sondages de même que de la distribution des voix et du système électoral. En d’autres termes, ces simulations visent à inclure chaque scénario possible, compte tenu des informations dont nous disposons actuellement.

  • Parti conservateur 30,7 % 121 (104-139) 16,3 % de chances de remporter le plus de sièges
  • Parti libéral 26,6 % 86 (73-99) 0,1 % de chances de remporter le plus de sièges
  • Nouveau Parti démocratique 34,2 % 130 (121-145) 83,6 % de chances de remporter le plus de sièges
  • Parti vert 4,1 % 1 (1-1) 0 % de chances de remporter le plus de sièges
  • Bloc québécois 3,5 % 0 (0-4) 0 % de chances de remporter le plus de sièges

Dans l’ensemble, la situation n’a pas changé de façon spectaculaire (voire pas du tout) par rapport à la semaine dernière. Le NPD demeure en avance et les conservateurs continuent de lutter afin de demeurer au pouvoir. Les libéraux sont stables. Rappelons-nous que seulement deux des sept sondages leur accordent la deuxième place. Et le système électoral ne leur est pas vraiment favorable en ce moment. Et si l’on constate une légère tendance à la hausse en faveur des libéraux, son impact est atténué ou annulé par une tendance similaire du côté du NPD. Il en résulte des chances de victoire relativement stables pour les trois formations. Chez les libéraux, en particulier, les probabilités demeurent bien en deçà de 1 %, et nous sommes loin de nous retrouver avec un autre Trudeau dans le fauteuil du premier ministre.

Cette stabilité se constate également au niveau des provinces. Il n’est toujours pas certain que le Québec procurera facilement plus de 50 sièges au NPD, tandis que l’Ontario continue d’être divisé de façon à peu près égale entre les trois partis. L’Alberta demeure bleue (il ne faut donc pas s’attendre à d’importants gains du NPD dans cette province. Au mieux, Thomas Mulcair peut espérer quelques victoires à Edmonton). La lutte semble cependant devenir un peu plus serrée au Canada atlantique, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour Trudeau puisqu’il s’agit de la seule région où il est susceptible le remporter le plus de sièges. N’oubliez pas que lorsqu’il est question de mettre la main sur une majorité de sièges aux Communes, dominer dans une région peut aider énormément. Les néo-démocrates ont le Québec (et possiblement la Colombie-Britannique), les conservateurs ont l’Alberta et, dans une moindre mesure, les Prairies.

Parmi nos 5000 simulations, il y en a une donnant au NPD une victoire majoritaire. Bien qu’un tel scénario extrême soit intéressant, ne nous y trompons pas: aucun parti n’est actuellement en position d’obtenir une majorité. Les néo-démocrates sont les plus proches de la majorité, mais ils doivent pour cela accroître leur avance (bien sûr, si Forum a raison, Mulcair gagnera facilement plus de 169 sièges). Selon le plus récent sondage Angus-Reid, un NPD minoritaire est le résultat que favorisent seulement 11 % des électeurs. D’autre part, 12 % souhaitent un gouvernement conservateur minoritaire, 24 % une majorité pour les conservateurs, 25 % un NPD majoritaire, et 29 % une coalition entre le NPD et les libéraux. Le résultat actuellement le plus probable est donc celui que souhaitent le moins les électeurs. Il semble évident que ceux-ci préféreraient éviter un autre gouvernement minoritaire, avec l’instabilité que cela implique. Si rien ne change, on peut se demander si certains électeurs conservateurs et libéraux ne seront pas tentés de se tourner, d’ici au 19 octobre, vers le parti le plus susceptible de former un gouvernement majoritaire. À ce petit jeu, le NPD est clairement favori en ce moment, avec son avance. De plus, les deuxièmes choix montrent habituellement que plus d’électeurs libéraux ont le NPD comme deuxième choix que le contraire (par exemple, Innovative indique que 52 % des électeurs libéraux font du NPD leur deuxième choix, mais que «seulement» 45 % des électeurs néo-démocrates choisiraient les libéraux, une tendance similaire à celle observée dans les autres sondages). Il semble donc qu’il serait légèrement plus facile d’obtenir un transfert du Parti libéral au NPD que l’opposé.

Enfin, on compte actuellement 102 circonscriptions où le gagnant est prévu avec une certitude de 100 %. Le modèle utilisé a jusqu’à présent été sans faille dans de tels cas. Parmi les 102 circonscriptions en question, 52 sont pour le NPD (principalement au Québec), 37 sont pour les conservateurs et seulement 12 pour les libéraux. La dernière est favorable à Elizabeth May, du Parti vert. Encore une fois, nous constatons l’avance dont profite le NPD, en particulier sur les libéraux.

En conclusion, ne vous laissez pas berner par les échantillons ou les variations statistiques des sondages. Si nous établissons une moyenne, nous constatons une situation relativement stable avec un NPD clairement en tête. S’il y a des tendances lors de cette campagne, il s’agit d’un léger recul pour Stephen Harper et son parti ainsi que de petites hausses pour les libéraux. Mais cela n’a pas (encore) valu d’importants gains aux libéraux en matière de sièges. Cela ne veut pas dire que Stephen Harper ne devrait pas s’inquiéter, cette campagne ne lui ayant pas été favorable jusqu’à présent.

Information au sujet des nouveaux sondages mentionnés dans cet article:

1. Le sondage de Forum a été mené les 23 et 24 août auprès de 1440 personnes contactées au téléphone. Les marges d’erreur sont de 3 %, 19 fois sur 20. La question posée: «Une élection fédérale aura lieu le 19 octobre. Pour quel parti êtes-vous le plus susceptible de voter lors de cette élection?»

2. Le sondage d’Ipsos a été mené entre les 24 et 26 août auprès de 1000 répondants du panel en ligne Ipsos. Un échantillon de cette taille présente des marges d’erreur de 3 %, 19 fois sur 20. La question posée: «De la façon dont vous vous sentez en ce moment, si une élection fédérale avait lieu demain, lequel des partis suivants seriez-vous, vous-mêmes, le plus susceptible d’appuyer?»

3. Le sondage Angus-Reid a été mené entre les 19 et 24 août auprès de 6226 répondants du panel en ligne Angus-Reid. Un échantillon de cette taille présente des marges d’erreur de 1,2 %, 19 fois sur 20. La question posée: «Si une élection fédérale avait lieu demain, pour lequel des partis suivants voteriez-vous?»

Bryan Breguet a un baccalauréat en sciences et économie de la politique et une maîtrise en sciences et économie de l’Université de Montréal. Il a fondé en 2010 TooCloseToCall.ca où il fournit des analyses et projections électorales. Il a collaboré avec le National Post, Le Journal de Montréal et l’Actualité.

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