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Les Denis Drolet : 15 ans et toujours fringants

Les Denis Drolet ont 15 ans. Bien sûr, leurs interprètes, Sébastien Dubé et Vincent Léonard, sont sortis de l’adolescence depuis belle lurette ; mais c’est en 2000 que le duo a été diplômé de l’École nationale de l’humour, que Guy A.Lepage l’a remarqué et pris sous son aile pour le propulser et que ces deux drôles d’hurluberlus aux cheveux longs et vêtus de brun sont nés médiatiquement et dans l’œil du public.

À leurs débuts, plusieurs fronçaient les sourcils devant les pitreries absurdes et, pour certains, incompréhensibles du tandem, qui ressemblaient à rien de ce qu’on avait déjà vu ou entendu. Or, les Denis Drolet sont peu à peu parvenus à se tailler une place bien à eux dans le paysage culturel québécois. On sait maintenant, quand on les voit se pointer quelque part, qu’on aura droit à un moment purement décalé, où on ne verra venir aucun gag.

Et les chenapans continuent de se réinventer et de nous dérouter. Ils ont brillé comme jamais au dernier Festival Juste pour rire, invitant notamment les gens à chanter avec eux lors d’un grand karaoké extérieur et animant un «téléthon de la varice» au gala de Guy Nantel, qui portait sur… l’avarice. Béatrice Picard, Jasmin Roy et Luc DeLarochellière, guitare au cou et revisitant son succès Si fragile avec des paroles loufoques, les ont suivis dans cette folie.

Au printemps dernier, ils proposaient le livre de leur troisième et plus récent spectacle, Comme du monde. Mais, puisqu’ils ne font jamais rien «comme du monde», les Denis ne se sont pas contentés de simplement offrir l’intégral de leurs textes ; Vincent a illustré ceux-ci de comiques petits dessins noir et blanc, et chaque page est agrémentée de précisions ou de pensées «Denis Drolesques». Répliques inédites, photos d’archives, sketch surprise et même un interlude musical (?!) complètent la petite bible à la couverture… brune, il va sans dire.

Puis, ce soir, dès 21h, ils prendront le contrôle de Canal D avec l’émission spéciale Canal DD, où ils s’improviseront, pendant une heure, directeurs de la programmation de la chaîne et réinventeront quelques-uns de ses titres les plus populaires dans des capsules qu’on devine déjà très farfelues. Un tueur si poche, Denis l’exterminateur, L’affaire des enchères… La grille de Canal D n’aura jamais paru aussi hilarante. Jean-François Chagnon, des Appendices, réalise Canal DD.

Le meilleur est à venir

Et, vous savez quoi? Le meilleur reste encore à venir. Ce sont les Denis eux-mêmes qui nous le promettent. Cinéma, dessin animé, comédie musicale, parodies sur d’autres réseaux de télévision, l’imagination de nos hommes en brun est sans limites.

«Les gros projets des Denis ne sont pas encore faits», juge Vincent Léonard.

«On est tous les deux des maniaques de dessins animés et on travaille fort depuis des années à en concevoir un, explique-t-il ensuite. On a toujours considéré que les Denis sont des bonhommes issus de dessins animés. Ils ont tellement l’air cartoon, ils ont des traits de caractère très exagérés, ils sont des caricatures, ils ont quelque chose de très «bande dessinée». Présentement, on travaille fort là-dessus et on zyeute déjà du côté international. Il y a de petits espoirs de ce côté-là, mais c’est de longue haleine. On n’a jamais vu les Denis dans leur univers à eux, à la télévision.»

«On les voit très bien au cinéma. Si on avait une avenue pour faire une comédie de duo - c’est un classique, il y en a toujours eu -, on aimerait aller là. Ou alors, une comédie musicale. À l’adolescence, on a joué Les Misérables, Grease et Carmen, et on a une grande culture de ce côté-là. On se dit qu’il faudrait transposer notre monde, avec des histoires absurdes, des personnages flyés et des mélodies autour des Denis, un peu comme les gars de South Park l’ont fait. Ça nous passe par la tête de temps en temps, mais ce serait une très grosse production», détaille encore Vincent Léonard.

Bref, les Denis se plaisent à surgir là où on ne les attend pas, à distiller ça et là des touches de brun dans des paysages roses ou bleus. Et, au fil des ans, ils ont séduit de nouveaux adeptes. D’abord très orienté vers les cégépiens et les universitaires, leur style s’est peaufiné et a fini par toucher une plus vaste cible. Désormais, les Denis Drolet font un tabac en région et beaucoup de personnes âgées se sont attachées à eux.

«On a toujours cru qu’il fallait attendre la bonne chose au bon moment, avec les Denis Drolet. Au début, c’était plus dur, dans la formule des galas, entre deux numéros de stand up. On arrivait et on présentait des choses complètement débiles, qui ne cadraient pas avec le reste. Avec le temps, on s’est ajustés, et les gens ont découvert les gars derrière les Denis», expose Vincent Léonard, qui évoque que le quatrième spectacle des Denis ira encore plus loin dans l’absurde. «Ce sera les Denis à la puissance 1000, on va être en mauve avec des moustaches!», s’amuse-t-il.

Deux frères

Mais, au fait, qui sont-ils, ces Denis Drolet, qui s’obstinent constamment, mais ne semblent pas être capables de faire un pas sans l’autre? Dans leur dernier spectacle, Comme du monde, un segment – évidemment déjanté - laissait planer une ambiguïté sexuelle entre les deux gaillards. Mais ne nous méprenons pas. Le bagage des Denis Drolet, vaguement façonné à partir de la trame de fond du roman Le grand cahier, d’Agota Kristof, dans lequel deux gamins apprivoisent le monde à leur façon en tentant diverses expériences, est très bien défini et s’appuie sur une démarche de création très claire.

«Ce sont des frères, lance Vincent Léonard. Et le Denis à palettes est plus vieux que le Denis barbu. Ils n’ont pas eu de père, ou à peu près pas. Peut-être qu’il y avait un gars louche qui traînait dans la maison quand ils étaient jeunes, mais ils n’ont pas eu d’éducation. On se dit qu’ils se sont fait une idée sur la vie selon leurs propres moyens. Il y a une profondeur aux Denis qu’on ne veut pas trop mettre de l’avant, mais qui nous permet, à nous, de développer les personnages, en sachant d’où ils viennent.»

Ceux qui estiment que les Denis Drolet font et disent n’importe quoi ne connaissent assurément pas le rythme de travail de Vincent Léonard et Sébastien Dubé.

«Quand on écrit, c’est à peu près interminable, avoue Vincent. Il y a au moins huit ou neuf versions de textes avant qu’on se lève debout et qu’on essaie de le mettre en scène. Et, là aussi, ça change encore. Mais c’est très inspirant. On peut faire des numéros touchants sur des thèmes comme la mort, et tout de suite après, aller dans le déconnage qui ne se base sur absolument rien. On ne se bâdre pas des conventions et on pense que c’est riche à explorer encore et encore.»

N’oublions pas Just-to-buy-my-love, le fidèle complice des Denis, qui rôde toujours aux alentours, sans toutefois faire d’eux un trio. Celui qui l’incarne, Marc-André Fleury, n’a pas de formation en jeu ou en humour, et fait plutôt carrière comme préposé aux bénéficiaires dans une résidence pour personnes âgées. Les trois amis se sont rencontrés en deuxième année du primaire et, si la lumière des projecteurs n’attire pas Marc-André outre mesure, ce dernier prend quand même plaisir à se greffer aux prestations des Denis.

«Just-to-buy est comme une mascotte, indique Vincent Léonard. On s’aperçoit qu’il peut teinter l’univers des Denis, mais c’est impossible qu’il soit toujours là. Il a un langage inventé, mais il ne parle pas vraiment, il bouge, il danse. Il est là pour pimenter un peu.»

Canal DD, ce samedi, 29 août, à 21h, à Canal D. En rediffusion dimanche, le 30 août, à 18h ; mardi, le 2 septembre, à 23h ; vendredi, le 4 septembre, à 12h, et samedi, le 5 septembre, à 20h.

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