POLITIQUE
29/08/2015 08:09 EDT | Actualisé 29/08/2015 08:35 EDT

Le mouvement souverainiste est bouffé par le virus du nationalisme identitaire, dit la candidate du NPD Maria Mourani (VIDÉO)

Si elle admet que la lutte contre sa rivale libérale Mélanie Joly sera féroce dans Ahuntsic-Cartierville, Maria Mourani est confiante. Sa place est au Nouveau parti démocratique, comme la place du Québec est, selon l’ex-bloquiste, au sein du Canada. Elle ne manque pas d’écorcher au passage le parti de Gilles Duceppe, l’accusant d’être cloîtré dans une vision «étroite, identitaire et anti tout le monde». Entrevue.

Journée ensoleillée au parc Louisbourg dans Cartierville. Des dizaines de jeunes âgés de 12 à 17 ans affrontent les policiers du quartier pour un ultime match du «Mondial de soccer», un évènement annuel organisé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Maria Mourani arrive sur le terrain et fait quelques passes de ballon avec les jeunes qui s'échauffent. «Je ne manque jamais cet évènement, c’est beau de voir comment le sport peut créer des rapprochements», dit-elle tout sourire au Huffington Post Québec.

Ce sourire ne l’accompagnait pas, il y tout juste deux ans, quand elle a été expulsée du caucus du Bloc québécois pour ses propos contre le projet de charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois. «Tout ça» fait maintenant partie du passé, «la page est tournée», affirme celle qui a adopté entre temps l’idéologie fédéraliste-néodémocrate de Thomas Mulcair.

Mais les cicatrices semblent encore fraîches quand on demande à Mme Mourani d’expliquer à nouveau pourquoi elle a cessé d’être souverainiste. «Je ne pouvais plus adhérer à un parti qui est prêt à écraser des gens pour gagner des votes! lance-t-elle en haussant le ton. Le mouvement souverainiste est bouffé par un virus, celui du nationalisme identitaire. Ce virus était déjà présent, mais [avant] il était contrôlé».

Continuant sur un long monologue, les sourcils froncés par l’émotion, elle explique que depuis 2007, le Bloc s’est «enfoncé» dans une «vision peureuse, étroite et anti tout le monde». Arrivée de la Côte d’Ivoire en 1969, l’ex-bloquiste se dit choquée d’avoir entendu des collègues parler «du facteur immigrant» pour expliquer la baisse de popularité du mouvement souverainiste. «Moi j’ai toujours eu, comme mon père, une vision de la souveraineté comme celle d’un projet qui devait intégrer toute la société québécoise», se désole-t-elle. La sociologue de formation estime que le fondateur du Parti québécois, René Lévesque, avait comme elle «une sainte horreur des gens radicaux» qui craignent que les gens venus de l’extérieur diluent la force indépendantiste.

L’appel amical de Mulcair

Maria Mourani répète être en paix avec son choix, qu’après une réflexion de plus d’un an et demi, elle a compris que la séparation du Québec n’est pas la solution. «J’adhère complètement à la vision du NPD, comme quoi le Québec peut avoir une place privilégiée au sein du Canada», fait-elle valoir.

Le programme national de garderie, le pouvoir fédéral de dépenser, un partenariat Ottawa-Québec plus étroit… Autant de points dans la plateforme néodémocrate qui ont séduit Maria Mourani. «Mais ce qui est venu me chercher, c’est surtout le chef», confie-t-elle.

Au lendemain du difficile point de presse durant lequel elle confirmait son exclusion du Bloc, le 13 septembre 2013, le chef du NPD l’appelle sur son téléphone cellulaire. Ce n’était pas pour la recruter, insiste-t-elle. «Il m’a dit : ‘‘Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là, je comprends ça, je l’ai vécu’’ [faisant référence au moment où il a quitté le Parti libéral du Québec en 2007]».

Tandis qu’elle se faisait courtiser par le Parti libéral du Canada quelques mois plus tard, Mme Mourani a gardé en tête cet appel du néodémocrate. «Ce qui fait la grandeur des politiciens, c’est l’humain qu’ils sont», souligne-t-elle. Les qualités du chef l’ayant séduite, elle a finalement décidé de joindre les rangs du NPD en décembre dernier.

Aucune crainte sur la «cote de popularité» de Joly

Le redécoupage de la circonscription fédérale d’Ahuntsic-Cartierville pourrait, selon certains observateurs, disperser l’avantage du vote personnel dont bénéficie la candidate sortante, qui est en poste depuis neuf ans. Les nouvelles sections de vote, moins bloquistes et plus libérales, pourraient aider la candidate libérale Mélanie Joly à gagner ce qui a longtemps été un château fort du PLC.

La nouvelle rivale libérale laisse Maria Mourani de marbre. Certes, l’ex-prétendante à la mairie de Montréal est connue du public, mais les gens du secteur ont peu d’intérêt pour «la cote de popularité» des candidats, affirme-t-elle. «Ce qui compte c’est ce que tu fais pour les gens».

Se rendant à la rencontre d’électeurs potentiels pour leur serrer la main, Mme Mourani avoue que la bataille pour la circonscription qui n’a jamais été néodémocrate sera féroce. «Ça va être très difficile, très serré. Mais je ne suis pas inquiète», conclut-elle.

Ministre de la Sécurité publique?

Criminologue de formation et auteure du livre La face cachée des gangs de rue, Maria Mourani a travaillé dans plusieurs organisations liées à la sécurité publique, notamment comme agente de libération conditionnelle pour Service correctionnel Canada. Elle admet que son «dada» touche les questions de sécurité ainsi que les enjeux liés à la prostitution. Si le NPD remporte les élections, souhaiterait-elle être nommée à la tête du ministère de la Sécurité publique? «Je n’ai aucune attente! Mais c’est sûr que ça fait des années que je travaille dans ce domaine… Mais je peux ne même pas avoir de ministère, je n’ai aucune attente. Ma job de députée me suffit. Si on me demande d’en faire plus, je dis merci, si on m’en demande pas plus, je dis merci aussi!», répond-elle.

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