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23/08/2015 12:45 EDT | Actualisé 23/08/2015 12:45 EDT

Le tireur présumé du TGV nie toute action terroriste

ASSOCIATED PRESS
French police officers patrol at Gare du Nord train station in Paris, France, Saturday, Aug. 22, 2015. A gunman prepared to open fire with an automatic weapon on a high-speed train traveling from Amsterdam to Paris on Friday, wounding several people before being subdued by passengers, officials said. (AP Photo/Binta)

Les experts de l'antiterrorisme poursuivaient dimanche leur enquête sur le profil d'Ayoub El Khazzani, le Marocain lourdement armé maîtrisé par des passagers dans un train Amsterdam-Paris, qui nie toute velléité jihadiste et évoque une tentative de braquage.

Deux enquêtes étaient en cours, l'une menée par le parquet antiterroriste de Paris, dont la compétence est nationale, et l'autre par le parquet fédéral belge. 

Selon l'avocate qui l'a assisté aux premières heures de sa garde à vue à Arras (nord de la France)vendredi, avant qu'il soit transféré dans les locaux de l'antiterrorisme français en banlieue parisienne, le Marocain de 25 ans était "médusé du caractère terroriste attribué à son action".

Le jeune homme, "très maigre" et "très hagard", dit avoir trouvé la kalachnikov dont il était armé dans une valise cachée dans un jardin public près de la gare de Bruxelles-midi, où il dort avec d'autres sans-abris, et avoir voulu s'en servir pour détrousser les passagers du Thalys "pour pouvoir se nourrir", a raconté Me Sophie David sur la chaîne BFMTV. Il dément même tout coup de feu à bord du train.

La défense d'Ayoub El Khazzani, dont la garde à vue peut durer jusqu'à mardi soir, n'a pas convaincu les enquêteurs.

Son profil d'islamiste radical, repéré par les services de renseignements de quatre pays européens (Espagne, France, Allemagne, Belgique), oriente bien les enquêteurs vers la piste d'une attaque terroriste qui aurait pu conduire à un bain de sang, si trois jeunes Américains en vacances en Europe et un père de famille britannique n'étaient pas intervenus pour le désarmer. Un passager français de 28 ans avait auparavant tenté, mais en vain, de désarmer Ayoub El Khazzani.

Le jeune Marocain était en effet lourdement armé: un fusil d’assaut kalachnikov, neuf chargeurs garnis, un pistolet automatique Luger et un cutter.

Dans la bagarre, l'un des Américains, Spencer Stone, première classe dans l'armée de l'air américaine, grand gaillard de 23 ans au crâne rasé, a été blessé au cutter à la main, et un autre passager, un Franco-américain vivant près de Paris, a reçu une balle.

Spencer Stone et ses amis Alek Skarlatos et Anthony Sadler (respectivement 22 et 23 ans) ont réussi à neutraliser le Marocain à peine plus âgé qu'eux, aidés d'un sexagénaire britannique, Chris Norman. Tous ont été salués en héros et seront reçus lundi à la présidence française, ainsi que le passager français qui préfère rester anonyme.

L'acteur français Jean-Hugues Anglade, présent dans la rame du suspect, a quant à lui maintenu dimanche ses accusations d'"abandon" du personnel du train à l'égard des passagers terrorisés, qualifiant de "contre-vérité" les propos de la direction de Thalys assurant que les agents ferroviaires avaient bien agi.

Marginalité

D'après les premiers éléments de l'enquête, Ayoub El Khazzani, dont l'identité a été confirmée grâce à ses empreintes digitales, "vivait en Belgique, est monté dans un train en Belgique avec des armes sans doute acquises en Belgique. Et il avait des papiers délivrés en Espagne", a résumé une source proche du dossier.

Selon un enquêteur français, le jeune homme a vécu d'emplois précaires et baigné dans la petite délinquance et la marginalité, à la limite de la rue. 

El Khazzani a vécu sept ans en Espagne, de 2007 à mars 2014. Il y avait débarqué à 18 ans, d'abord à Madrid puis à Algesiras, en Andalousie, où il s'est fait remarquer par des discours durs légitimant le jihad. Le jeune homme, décrit comme fluet et de taille moyenne, a été détenu une fois pour "trafic de drogues" selon une source des services antiterroristes espagnols.

Il avait été repéré par les services de renseignement espagnols qui l'avaient signalé à leurs confrères français. Ce signalement a conduit les services de renseignements français à émettre une fiche "S" (pour sûreté de l'Etat) à son encontre, ce qui a permis de localiser El Khazzani en Allemagne, le 10 mai dernier, alors qu'il prenait un vol pour la Turquie.

Selon les renseignements espagnols, l'homme serait parti de France en Syrie, ce que l'intéressé a nié lors de sa garde à vue, et serait ensuite revenu en France.

Les enquêteurs belges s'interrogent par ailleurs sur ses liens éventuels avec des islamistes de la ville de Verviers, l'un des principaux foyers de radicalisation en Belgique.

Huit mois après les attentats sanglants contre le journal satirique Charlie hebdo et dans un supermarché cacher de Paris, et après plusieurs projets d'attaques jihadistes déjoués depuis janvier, la menace terroriste en France reste très élevée, a rappelé le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.