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21/08/2015 12:41 EDT | Actualisé 21/08/2016 05:12 EDT

Brésil - Policiers suspects d'un massacre à Rio: les habitants réclament justice (VIDÉO)

Une mère qui a perdu son fils unique tué par balles, un jeune ayant échappé au même sort: dans une favela de São Paulo plane encore le cauchemar de cette nuit violente où il y a une semaine, 18 personnes ont été exécutées.

Les habitants de la favela Munhoz Junior tremblent encore au souvenir des coups de feu qui ont claqué dans la nuit du jeudi 13, et dont les auteurs présumés sont des policiers, assoiffés de vengeance.

En sortant dans la rue, au milieu des cris et des pleurs, ils ont vu huit corps dans une mare de sang sur la terre battue d'un petit bar.

Ils ont couru prévenir les parents des victimes, toutes connues dans ce quartier pauvre d'Osasco, en banlieue de la mégapole du Brésil.

"Quand on m'a dit qu'on lui avait tiré dessus, je ne comprenais rien. Je suis descendue en courant et là, je l'ai vu étendu par terre. Ils ont tué mon fils unique", raconte à l'AFP Zilda de Paula, 62 ans.

Fernando de Paula, 34 ans, est mort avec sept autres clients dans un bar où il buvait une bière. Des hommes cagoulés et armés ont fait irruption dans le bar, leur ont ordonné de se plaquer contre le mur les bras en l'air et les ont fusillés, selon les images des caméras de sécurité.

"J'aurais pu être un des ces morts. Ce jour là je suis parti un peu plus tôt et en 10 minutes j'ai perdu huit amis", raconte Anderson da Silva, 35 ans, chômeur et habitué de ce bar.

Les 10 autres meurtres ont été perpétrés dans d'autres endroits d'Osasco et de la commune voisine de Barueri, en l'espace de deux heures.

Proches parents et amis ont organisé jeudi soir une cérémonie religieuse à la mémoire des victimes. Des prêtres, un pasteur évangélique et un représentant du Candomblé (rite afro-brésilien) ont célébré le rituel près du bar, dans une rue mal éclairée.

- 'On a peur' -

"Dieu est la vie, pas la mort. Ne l'oublions pas et que cela ne se reproduise jamais dans notre banlieue", déclare le prêtre mexicain Martin Islas, qui travaille depuis 20 ans au Brésil au service des pauvres.

"Nous voulons que justice soit faite, de l'éducation et du travail, et aussi la paix", ajoute-t-il au milieu des applaudissements.

Lais, une étudiante de 20 ans, veut parler mais sous couvert de l'anonymat.

"Nous avons peur mais si personne ne parle, cela ne changera jamais. Cela s'est déjà produit avant, nous savons que lorsqu'un policier est tué, cela peut arriver", dit-elle.

La principale hypothèse avancée par les autorités de São Paulo est que les meurtres ont été commis en représailles à ceux d'un policier et d'un garde municipal. Le parquet de São Paulo aurait identifié au moins 10 suspects.

Des experts en violence rappellent que la police militarisée (PM, chargée du maintien de l'ordre au Brésil) est celle qui tue le plus, héritière des méthodes brutales de la dictature (1964-85).

En 2014, 700 personnes sont mortes au cours d'opérations policières, selon les chiffres officiels qui ne tiennent pas compte des massacres pratiqués par "les groupes d'extermination".

Formés par des policiers et anciens policiers qui tuent à titre de représailles, ils sont rarement jugés, soulignent ces analystes.

"Et nous sommes abandonnés face à ces actions délibérées de vengeance", déclare Carlos Silva, un militant engagé en faveur des jeunes de banlieue qui participe à la cérémonie religieuse.

Avant la fin de la cérémonie, les habitants de Munhoz Junior clament d'une seule voix : "Justice, justice !".

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