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21/08/2015 04:28 EDT | Actualisé 21/08/2016 01:12 EDT

Mark Karpelès, un geek français à la personnalité trouble détenu au Japon

Mark Karpelès, jeune ex-patron français d'une plateforme de bitcoins soupçonné de fraude et en détention au Japon, est une personnalité mystérieuse apparaissant tantôt sous les traits d'un génie fragile et innocent, tantôt d'un flambeur provocateur sans vergogne.

"Je rejetais un peu les autres, donc au début j'avais vaguement essayé de discuter mais quand j'étais en sixième je discutais de physique quantique et je n'ai pas trouvé beaucoup de monde avec qui en parler, donc c'était un peu compliqué". C'est un jeune homme de 22 ans au visage rond et à la barbe de quelques jours qui répond ainsi en 2007 d'un ton maladroit dans une émission de Canal Plus consacrée aux geeks: passionnés de jeux de rôle, fanatiques de mangas, drogués d'informatique.

Avec de grands yeux sombres pleins d'admiration, il parle de sa mère, qui l'a "lancé là-dedans", sous-entendu dans la programmation. "C'est un peu spécial avec ma mère vu qu'à l'heure d'aujourd'hui elle est sur internet, qu'elle joue à des jeux, elle crée des serveurs de jeux, elle a une activité assez geek", dit-il devant son ordinateur dans une petite pièce un peu fouillis.

Des ordinateurs qu'il ne quitte pas. "Il m'est même arrivé (...) de passer plusieurs jours d'affilée devant l'ordinateur sans bouger en mangeant des choses qui étaient à portée de main. J'ai dû passer peut-être cinq, six mois sans mettre le pied dehors", confesse-t-il.

Deux ans plus tard, ce Français né le 1er juin 1985 à Dijon, s'installe à Tokyo où il crée une société de développement internet. Lorsqu'on lui demande ce qui l'a attiré dans ce pays, il ne parle pas des mangas, jeux, dessins animés, ni de tout un monde d'excentricité.

- 'Principes éthiques' -

"Eh bien, j'aime le niveau de vie que nous avons au Japon. J'ai oublié mon ordinateur portable sur un banc dans un parc à plusieurs reprises et chaque fois quelqu'un me l'a rapporté", dit-il dans une interview accordée au site d'information américain Daily Beast, publiée en septembre 2014. "Au Japon, la réciprocité est importante. C'est bien", se félicite-t-il.

En 2006 déjà, il prêchait l'honnêteté sur son blog cité par le site bitcoin.fr. S'insurgeant contre le phishing utilisé pour s'introduire dans les systèmes informatiques et escroquer leurs utilisateurs: "cela est complètement contraire à mes principes éthiques".

Quatre ans plus tard, le tribunal de grande instance de Paris le condamne en son absence à un an d'emprisonnement pour "accès frauduleux dans un système de traitement automatisé de données" et "modification frauduleuse de données", en plus de dommages et intérêts à son ex-employeur Stéphane Portha, patron de la société de jeux en ligne Linux Cyberjoueur. "20 ans au moment des faits", précise le jugement.

En 2011, il achète la majorité de MtGox, plateforme d'échange de bitcoins basée à Tokyo, qui revendiquera deux ans plus tard la gestion de 80% des transactions dans cette monnaie virtuelle. Mais elle stoppe ses transactions en février 2014: 850.000 bitcoins pour une valeur de près de 350 millions d'euros ont disparu.

Mark Karpelès est alors dépeint dans toute la presse comme "un génie" autodidacte qui n'est pas allé au-delà du baccalauréat, au "QI supérieur à la moyenne". Jusqu'à l'absurde: il aurait appris le japonais "en trente jours seulement", écrivent certains en France. "Escroc" ou "incompétent", s'interroge-t-on aussi alors. Ses clients laissent éclater leur colère.

C'est un homme corpulent, le cheveu long plutôt gras, le visage épais en partie caché par une casquette de baseball, moulé dans un T-shirt de marque bleu à l'inscription provocatrice "Effortless French" (Français sans effort) qui apparaît sur les écrans de télévision au Japon le 1er août dernier. Il est emmené par la police qui le soupçonne d'avoir falsifié des données informatiques pour créer artificiellement quelque 910.000 euros.

Les médias japonais évoquent aussi sa possible implication dans la disparition des bitcoins, précisant qu'il nie toutes les accusations. Selon la presse tabloïd nippone, il vit dans un appartement au dernier étage d'une tour luxueuse, loué 1,4 million de yens (10.400 euros) par mois.

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