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21/08/2015 13:14 EDT | Actualisé 21/08/2016 01:12 EDT

Le SFPQ et le gouvernement ne s'entendent pas sur les services essentiels

QUÉBEC — Le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) accuse le gouvernement de «mettre du sable dans l'engrenage» et de lui tendre un «piège à cons» pour retarder la tenue d'une grève dans les prochains mois.

Les deux parties se sont affrontées devant la Commission des relations du travail, à Québec, vendredi, sur la façon d'assurer les services essentiels en cas de conflit de travail. Actuellement, les négociations se poursuivent mais un gouffre sépare les parties.

Des ententes ont été convenues entre le syndicat et les ministères et organismes sur la prestation des services essentiels, mais le Conseil du trésor, qui chapeaute le tout pour la partie patronale, est arrivé ensuite avec ses propres exigences pour une entente générale. Or, tant qu'il n'y a pas d'entente, il ne peut y avoir de grève.

Le Conseil du trésor prétend que le gouvernement n'a pas les numéros de téléphone des employés. Il exige donc que le syndicat appelle lui-même ses membres dans tout le Québec pour les affecter à la prestation des services essentiels à la population pendant une grève.

Mais le SFPQ soutient pour sa part qu'il n'a pas le personnel requis pour effectuer cette tâche, avec seulement 32 permanents au siège social, et qu'il n'a pas les numéros de ses membres. Selon le syndicat, les 3300 cadres et 600 hauts-dirigeants du gouvernement sont les mieux placés pour contacter le personnel nécessaire, comme cela s'est fait en 2005.

«Cela n'a pas de sens, a plaidé l'avocat du syndicat, Denis Bradet. Le syndicat ne voit pas comment il va réussir la commande (de gérer le personnel dans tout le Québec au cours d'une grève éventuelle). Il y a des risques énormes d'erreurs, de problèmes.» 

À ses yeux, le Conseil du trésor cherche à utiliser les services essentiels comme un moyen pour rendre l'exercice du droit de grève plus difficile, et prendre le syndicat en défaut en cas d'erreur, pour ensuite le poursuivre pour outrage au tribunal.

«C'est mettre un peu de sable dans l'engrenage, parce qu'une fois que les services essentiels sont conclus, on a le droit à la grève», a résumé la vice-présidente du SFPQ, Maryse Rousseau, dans un point de presse, avant la reprise de l'audience en matinée.

«Si j'étais l'employeur, je ferais tout pour retarder les choses», a-t-elle ajouté.

Elle n'arrive pas à gober la version de l'employeur qui prétend qu'il n'a pas accès aux numéros de téléphone des employés dans sa grande banque de données informatiques.

«Je ne peux pas croire ça», a-t-elle dit.

Remettre au syndicat l'obligation de contacter ses membres pour les besoins en services essentiels en temps de grève entraîne un fardeau insurmontable pour l'organisation syndicale qui n'a pas cette expertise, a-t-elle fait valoir.

«On me met dans une situation où je en serai pas en mesure de remplir cette obligation, et après ça je m'expose à une poursuite. Comment je m'en sors? C'est un piège à cons», a-t-elle dit.

Le Conseil du trésor devait faire entendre sa plaidoirie en après-midi.

Patrice Bergeron, La Presse Canadienne